lundi 29 juin 2009

Le génie

Quelle place accordez-vous aux chaussures, sinon quelques étagères par-ci, et d'autres par là ?

Il fut un temps où j'achetais des chaussures comme d'autres des magazines féminins ou des grilles de Sudoku. Hop, je passais mon pied dedans, regardais le look et zou, adoptées. C'était, bien évidemment le temps où je pleurais pour avoir des enfants, et qu'on se le dise, nombreux furent les achats dits "compulsifs" à cette époque.

Aujourd'hui, j'ai nettement freiné mes envies de chaussures. Et lorsque par hasard, j'ai le temps de m'attarder devant une vitrine pleine de godasses, mes choix sont légèrement orientés vers des chaussures confortables, capables de supporter ma carcasse une grosse quinzaine d'heures sans broncher.

Depuis 2 ans, voire même 3, je fais la même tête d'ahurie devant ces chaussures dont je ne comprends ni le look, ni les couleurs, à savoir :

Je revois mes parents hurler devant les couleurs flashy de mes Converse d'adolescente, et je me dis que vraiment, ils ont eu du bol que les Crocks n'existaient pas à l'époque. L'effet de mode m'aurait sûrement convaincu, et cela nous aurait coûté des soirées de négociation à la con. N'empêche...

N'empêche que voilà, toutes les personnes que j'ai rencontrées qui les ont essayées, les ont adoptées et n'en disent que du bien, et toutes m'encouragent à oublier cette vision atroce de la "famille crocks", le père en bleu, la mère en orange, la fillette en rose, et le loupiot en vert. Même le bébé a les siennes, des jaunes. Manque le Scénic et le clébard et nous voilà devant le portrait de la famille idéale.

Clichés, préjugés, foutaises Blaise !

Oui, mais quand même, quel génie ce Monsieur Crocks de transformer un bout de plastique en sabot à succès tant et si bien que des familles entières passent le cap ! Même Birkenstock n'avait connu pareil effet !

Soit. Jusqu'à présent, ce ne fut pas vraiment dur de résister. Mais le beau temps est de la partie et MM2 déteste marcher sur l'herbe à pieds nus, même si elle adooore le carrelage (souvenez-vous, elle approche les 3 ans, sa vie n'est qu'une piètre injustice, une montagne d'incohérences, des tonnes de contradictions les plus horribles les unes que les autres). Et donc, depuis quelques jours, alors que je savoure un moment de répit comme je n'ai plus eu depuis ... des lustres, je suis régulièrement interrompue par une courgette qui réclame de l'aide pour mettre ses sandales.

Sans compter MM1, qui, certes autonome, met un temps infini pour tester le premier trou de sa sandale sur son "pied-menu-comme-celui-de-Cendrillon", puis le deuxième, pour enfin reprendre le premier.

Alors, l'idée des Crocks fait son chemin. Pour les filles du moins. Au moins, je peux espérer la paix en vacances, non ? Enfin, niveau panards, hein, parce que pour la paix totale, j'me suis gourée de feuilleton, argh.

Alors, votre avis sur ces chaussures fines, élégantes et stylisées ?

lundi 22 juin 2009

La complainte du lundi, du mardi, du mercredi...

Mon amour, mon trésor,

Même pas en rêve j’imagine combien ta vie est compliquée. Deuzan-édemi et on brime ta créativité, ma chérie, mais quelle tristesse.

C’est sûr, toi, tu rêverais de passer tes journées avec moi, et aller faire un tour à l’école comme on irait faire un tour au supermarché, ou au parc. Tu trouverais bien de faire tout plein d’activités avec moi, comme ces foutus morceaux de maïs à mouiller et à coller les uns ou autres, sauf que toi, tu préfères les coller à ton t-shirt, cépagrave, comme tu le dis si bien.

C’est comme ton talent artistique, un truc de fou, dessiner sur le canapé, sur les murs, sur les portes des meubles de cuisine, c’est vraiment désolant de devoir mettre hors de portée les feutres, la pâte à modeler, les crayons, les ciseaux. Parce que oui, tu seras peut-être couturière, enfin, celle qui découpe les tissus, tu as un don, c’est sûr !

Ta vie est compliquée parce que tu as tout le temps ta mère sur le dos. C’est dingue, à peine elle te tourne le dos pour aller pisser que resurgit ta pensée créative. Tiens, vlà un chouette pot de crème, je vais l’ouvrir et me l’étaler sur les jambes. C’est hyper important de s’hydrater les jambes avec de la crème-à-cul-bien grasse. Merci, ma chérie, d’avoir épargné mon nouveau tube Dior, merci, t’es un amour, tu le sais.

Puis je comprends pas pourquoi on te contrarie tout le temps. Pourquoi d’abord t’aurais pas le droit de mettre tes bottes en caoutchouc pour aller à l’école. Avec une jupe, c’est très seyant. Et pourquoi devrais-tu mettre des chaussons sur le carrelage froid alors que tu tousses, tu aimes avoir les pieds froids, peu importe ce que disent les Chinois.

Et puis toi, ce que tu aimes, c’est changer d’avis. C’est miam les brocolis le lundi, c’est dégueu le mardi, et t’en reveux le mercredi. Le poisson, c’est du poulet, et gare à celui qui n’est pas d’accord avec toi. Et quand t’es pas d’accord avec le menu, c’est à 2 mains que tu prends le contenu de ton assiette pour le balancer par terre.

T’es une championne, ma fille, pour adresser un regard noir à quiconque ose te tenir tête, même pas peur de crier très fort pour chasser celui qui t’embête, même pas peur de lui coller une mandale, ou lui asséner un coup de griffe, cé-pa-toua-le-cef-d’abord.

Terrible Two ou Fucking Three, tu le diras au petit monstre à l’intérieur de ton petit corps si craquant qu’on n’en peut plus, que c’est bon, on a remis en cause tous nos principes de bons parents, qu’on a pleuré, sué et peut-être même perdu, qu’on n’a rien fait pour mériter « ça », et que l’opposition, c’est bien aussi quand ça s’arrête.

Et j’allais oublier, le spray nasal bio-écolo-homéo à 12 € le flacon, t’éviteras de t’asperger les orteils avec, même si, j’entends bien, cé-tré-rigolo.

mardi 16 juin 2009

Carte d'identité, la suite.

Le gouvernement belge, disais-je l'autre jour, a donc eu une idée simplement sublime, juste avant les vacances d'été : recommander la carte d'identité électronique pour les petits.

Les photos d'identité enfin faites, direction la commune, guichet population.

Commune de ma ville : un site web, des services proches du citoyen, de l'aide etc. Enfin, c'est tout relatif, hein, parce que les horaires d'ouverture, c'est quand même 8h45 - 11h45 du lundi au vendredi et une permanence le jeudi soir 17 à 19h et ô miracle, le samedi matin, de 10 à 12.

Vu l'horreur absolue que j'ai de me faire remarquer en public, je fuis direct les horaires dangereux, style entre 17 et 19h. Depuis la naissance de MM1, 17-20 est le créneau péniblissime, alors c'est pas pour partager ça avec des regards bourrés d'incompréhension et de jugements divers.

Reste le samedi matin, créneau idéal. Première tentative : portes closes. Le pont de l'Ascension. Han han. Trop con moi, pas pensé que "au service du citoyen" ne rime pas avec "esclavagisme du samedi".

Deuxième tentative : samedi matin, portes closes. Pas de motif invoqué. Fermé, c'est tout. Très proche des besoins des gens, là, c'est sûr.

Troisième essai : j'ai pas besoin de pousser la porte pour voir que c'est ouvert; le monde attend dehors. J'ai envie de faire demi-tour, mais le temps presse, les délais sont courts avant les départs en vacances, je dois rester. Avec les filles, parce que les enfants doivent être présents lors de la demande de la carte d'identité. 

Je prends alors une énorme inspiration, et je m'abaisse à la hauteur des filles. Je leur explique dans quel merdier on se trouve, à poireauter 1 heure au moins pour ces cartes d'identité (tu te souviens, MM2, de la crisette chez le photographe ?)

La foule est dense, et ne mesurant pas 1,85 m, j'ai pas vu (argghhhh je les déteste) que les cartes d'identité, c'était pas au guichet population, mais ailleurs. Une gentille dame (merci merci merci) a vite compris que j'allais tomber raide entre MM1 qui voulait que je lui explique le concept d'identité et MM2 qui cherchait un moyen radical pour foutre le souc :

- Mamaaaaannnnn, je dois faire cacaaaaaa.
- Nan, c'est pas vrai. Tu as l'impression ma chérie, mais c'est juste pas possible, tu comprends. (Hors de question que je me fasse chouraver mon tour, alors serre les fesses, mon trésor, et moi, je serre les dents, ok ?)

1 heure d'attente plus tard. Elles ont chaud, elles ont soif, elles n'en peuvent plus et moi non plus. C'est à nous, alors je retrouve le sourire et décompte les minutes jusqu'à la libération. Nous entrons dans une pièce où 3 dames travaillent comme des bêtes à demander des cartes d'identité pour des enfants. Ca défile. Et, précise mon interlocutrice, elles ne sont pas aidées par le système informatique qui plante régulièrement. Yapluka croiser pour qu'il tienne encore quelques minutes alors.

MM1 a trouvé un siège et observe tout ce qui se passe, elle voudrait bien me poser 57 questions mais sent bien que c'est pas vraiment le moment. MM2, quant à elle, a découvert sur le bureau de la dame, une petite coccinelle en terre glaise, vraisemblablement confectionnée par des blanches mains minuscules et innocentes et qui symbolise sûrement l'amour d'un enfant pour sa grand-mère ou marraine ou que sais-je.

J'essaie tant bien que mal que MM2 repose l'objet, pas parce que je ne voulais pas qu'elle y touche, mais parce que je connais sa délicatesse. La délicieuse coccinelle a donc heurté le sol et je ne sais par quel miracle, est restée intacte. Par sécurité, j'ai supplié la dame de planquer sa coccinelle. MM2 a l'air d'un ange, c'est ça, et moi, j'ai l'air de quoi ?

J'ai eu tord. J'aurais dû lui laisser la coccinelle, parce qu'elle a vite trouvé mieux : débrancher les câbles des PC. Grâce aux yeux que je me suis fait greffer dans le dos, j'ai pu la récupérer "à temps", elle avait juste viré la souris.

Je hais la commune de ma ville.
Je déteste attendre avec mes enfants dans les pieds.
Je rêve d'un rétablissement des frontières que je puisse au moins profiter de l'occasion pour montrer ces cartes d'identité qui m'auront coûté 6 euros et une tonne d'énergie.

samedi 13 juin 2009

La table

D'une grande solidité, pieds réglables, avec possibilité de cacher des câbles électriques, garantie 10 ans. C'est ce qui est décrit à la page 364 du catalogue de mobilier de bureau. Cette table est installée dans une salle de réunion, où finalement, on s'est décidé d'installer un ordinateur et des armoires, avec des dossiers, parce qu'on y reçoit aussi des patients, faute de place dans les salles de consultation, prévues pour un médecin et un patient. Mais parfois, le face-à-face se prolonge en réunion.

La table est nette, rectangulaire. Quatre personnes sont assises autour, deux de chaque côté. Un ordinateur portable est posé dessus, de façon à ce que tout le monde puisse voir l'écran. Deux blouses blanches et deux tee-shirts bariolés. Ce sont les médecins qui ont souhaité rencontrer ce couple, et de fait, ils se sont assis dos au mur, laissant la place près de la porte à leurs "invités". 

Elle approche la quarantaine, elle a quatre enfants, et il y a un peu plus de 4 mois, elle a découvert qu'elle était enceinte. Bien sûr, elle est fatiguée, bien sûr, il a gueulé, bien sûr, ce n'est pas raisonnable, mais enceinte, elle est heureuse. Elle se sent bien, se sent belle, et surtout, s'énerve moins. 

Lui, il vient d'avoir quarante ans et bosse la nuit, le jour, le week-end afin de nourrir sa grande famille. 3 enfants, il trouvait ça bien. 4, il n'a trop rien dit, mais 5, c'était une autre histoire. Et depuis qu'elle était rentrée seule de sa première échographie, gênée, apeurée, et super heureuse (mais ça, elle l'avait caché) en lui annonçant qu'elle attendait des jumeaux, il était stressé comme jamais il ne l'avait été, comme si tout cela était de très mauvais augure.

Grossesse à risque avait dit le gynéco dès qu'il avait vu les 2 petits coeurs battre et gesticuler. Vu l'âge de sa patiente, vu le contexte, il avait souhaité la revoir assez vite. Assez vite pour lui faire part de ses doutes, de ses craintes et de l'envoyer à l'hôpital justement, où elle avait subi une série d'examens, mais n'avait visiblement pas tout compris. Enfin, elle n'avait pas cerné l'inquiétude du personnel médical, elle ne gardait que la phrase de son mari en tête "j'veux pas d'handicapés, t'as compris !"

Dans cette salle de réunion, les médecins s'étaient mis à parler, leur montrant tous les clichés de tous les examens subis, et les recoupant avec les résultats des examens sanguins et génétiques. L'un avait la main sur la souris, l'autre la tête dans des documents, et à tour de rôle, ils parlaient, racontaient la vie future des jumeaux, très atteints, mais l'un moins que l'autre quand même.

Ils évoquaient les multiples opérations, les corsets, la rééducation, le côté pratique, mais surtout, ils parlaient du pari immense qu'ils devaient prendre sur l'avenir. Ponctué de termes techniques, médicaux et savants, leur discours ressemblait à un cours de médecine orthopédique et neurologique.

Elle pleurait, silencieusement, et ne parvenait pas à regarder ces deux hommes dans les yeux. Des larmes coulaient et elle les tamponnaient à l'aide d'un mouchoir en papier trempé. Elle avait si peur qu'elle n'osait ni se moucher, ni renifler. Elle se bornait à essuyer tout ce qui coulait, d'un geste machinal.

Lui cherchait le moment de les interrompre. Ca le gonflait royalement tout ce laïus auquel il ne pigeait rien. Il avait dit pas d'handicapés, alors c'était clair, ça réglait pleins de problèmes, du coup. Elle pleurait, normal, mais ça allait lui passer, comme le reste.

Il y avait une mouche ce jour-là qui rôdait dans le local. Elle s'était posée dans un coin et filmait la scène pour la télévision. Les parents avaient donné leur accord, ils avaient trouvé ça bien de passer à la télé bientôt, peu importe le sujet, peu importe leur souffrance, ça leur donnait presque du courage.

La mouche ne pensait pas, elle enregistrait. Il lui manquait un cerveau pour trouver insupportable l'atmosphère glaciale qui se dégageait de cette rencontre. Il lui manquait une âme pour qu'on cesse d'oublier cette femme, pas très cultivée, mais bonne mère de famille, à qui on ne propose ni un mouchoir propre et sec, ni de s'exprimer, à qui on débite de la science parce que c'est la loi, et que c'est très important, la loi et la conscience du devoir accompli. Elle est trop conne cette mouche pour ne pas avoir fait "pause" ou carrément "stop" sur la caméra.

La rencontre a duré longtemps et la décision, c'est lui qui l'a prise. Ils sont partis à Carrefour faire les courses de la quinzaine, il doit repartir bosser dans 3 heures. Elle ne pleure plus, ça sert à rien, la date est fixée. 

La table n'a rien dit. Elle est solide, elle en a vus d'autres, des médecins, et des parents pleurer. Elle en a sentis, des mouchoirs humides, des mains moîtes, des larmes essuyées d'un revers de la main, elle en a sentis, des poings furieux contre l'injustice, le hasard, ou contre la génétique. Elle est garantie 10 ans, mais tiendra bien plus longtemps. C'est sûr.

mardi 9 juin 2009

La carte d'identité électronique pour les enfants

Le gouvernement belge vient d'avoir une idée génialissime, à savoir recommander la carte d'identité électronique pour les moins de 12 ans, à grands coups de pub, jusque dans les écoles, même dans les cartables. Autant dire que toi, parent qui refuse ladite carte d'identité, t'es un vrai bon parent inconscient de la sécurité intergalactique de la prunelle de tes yeux.

Etape numéro 1 : la photo d'identité, sur fond blanc, format identité, c'est pas la peine de bidouiller une photo toi même contre le frigo, ça passe pas, t'es obligé d'aller voir le photographe qui t'en fait 4 alors que t'en as besoin que d'une et qui te fait payer 7,50 € les 4 moches photos de ta progéniture. A multiplier par le nombre de prunelles de tes yeux, of course.

Et le vieux photo-maton, l'unique survivant de la ville ... kaput, en panne, depuis des lustres. A croire que le photographe s'arrange pour qu'il soit tout le temps hors service.

Un samedi matin du mois de mai, Mémère a donc pris son courage à 2 mains et a emmené ses deux courgettes chez le photographe, après avoir passé de longues minutes à leur expliquer qu'on allait pas chez le toubib, mais juste faire une photo pour la super carte d'identité électronique, toussa parce qu'on a la chance de partir en vacances cette année.

C'est MM1 qui a montré son plus beau sourire un peu forcé au photographe en premier, toute fière de fermer les yeux tellement elle souriait. On a donc dû recommencer, parce que c'est écrit noir sur blanc, une photo avec les yeux fermés n'est pas acceptée. En ligne donc, MM1 sur le tabouret, le photographe, et Mémère, derrière le photographe qui faisait des grands signes et qui criait "Ouistiti Kawasakiiii". Oui, les clients qui me suivaient rigolaient, mais ils ont vite déchanté.

Mission accomplie pour MM1. Au tour de la petite. Elle qui faisait la maligne en regardant sa soeur a décrété d'emblée que la photo serait avec sa chère mère ou ne serait pas. Il a donc fallu négocier. Ce fut douloureux, surtout devant tous ces braves gens qui attendaient pour exactement les mêmes raisons que moi, et qui commençaient à drôlement s'impatienter. Au bout de 15 minutes de palabres, le photographe a réussi à la choper, seule, sur une photo. J'ai pas fait la difficile, même si donner la tronche de ma fille dans cet état fend le coeur, ça lui donne ce côté rebelle qui lui va à ravir. MM2 fait donc la gueule sur sa photo d'identité, et pas qu'un peu.

Ce jour-là, j'ai pas osé tenter le service population de la commune, de peur d'y croiser l'une ou l'autre personne rencontrée chez le photographe juste avant. 

Je vous garde la suite de la commande de la carte d'identité pour un jour prochain. Une fois n'est pas coutume, je vous livre une photo desdites photos d'identité.

mardi 2 juin 2009

Demain, pour moi.

Demain, amis lecteurs, vous ne me lirez pas parce que je ne vous raconterai pas comment MM1 et MM2 ont pleuré toute la soirée, en constatant que leur mère, au lieu de souffler 35 bougies d'anniversaire sur un bon gâteau acheté chez le meilleur boulanger du coin, brillera par son absence.

Non, je ne fêterai pas mes 35 balais seule devant un Sauternes, encore moins accompagnée devant du foie gras. La journée s'annonce terriblement banale, un réveil pourri grâce à mes filles adorées qui décidément, sont bien comme leur mère, à détester le réveil, sauf que là, j'suis payée pour arriver à l'heure aussi, accessoirement. Ensuite, je vais recevoir des gens en entretien et je vais halluciner devant des CV, des récits de vie, devant des silences, voire des amnésies, je vais questionner sans heurter au début, puis finir par trancher, et parfois dire aussi des trucs pas très sympas, mais c'est comme ça. 

Là où ma journée va bifurquer, c'est après le boulot, quand au lieu de rentrer, je vais prendre la direction opposée pour 40 minutes chez l'ostéopathe. Il ne le sait pas encore, mais il va devoir faire des miracles, tellement j'ai mal partout. Je vais même pas lui dire où ça fait mal, tellement la zone est large, et c'est pas peu dire. L'angoisse pour lui... 

Je vais d'abord accepter qu'il y regarde de plus près, style en appuyant vraiment là où ça fait mal, puis je vais me coucher, fermer les yeux, et là, va falloir lutter pour pas m'endormir, parce que les massages crâniens, je sais pas pour vous, mais moi, ça me fait dormir en quelques secondes. Ma hantise absolue étant de sombrer sur le dos, et de ronfloter un peu, histoire d'atteindre le summum de la glamouritude. Pour pas sombrer, souvent je parle, sauf que quand je parle, je ne me détends pas de la même manière.

Mais comme demain, c'est mon anniversaire, je fais c'que j'veux. Et comme j'aurai supporté le lever pénible des courgettes, je pense que je vais me désister le soir, telle une vraie mère indigne.