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Pyélonéphrite

MM2 pleurait à chaudes larmes ce soir dans la voiture. Elle criait le prénom de sa soeur sur le ton de la plainte, et de fait, lorsque je lui ai demandé de me dire pourquoi elle avait tant de chagrin, elle a oté sa tutute de la bouche et m'a répondu, entre deux sanglots :

- en fait, MM1 est à l'hôpital et moi, j'ai plus de grande soeur ...

Et moi, Mémère Cendrillon, 35 balais au compteur, j'ai chialé comme une gamine au volant de ma voiture, en espérant que cette boule qui s'est logée à l'instant même où j'ai compris qu'MM1 ne rentrerait pas à la maison parce qu'une vilaine infection s'était logée dans son rein, disparaisse avec les larmes.

Mais il n'en fut rien. La boule est revenue, juste après. De voir MM2 gérer la situation à sa manière, craignant l'abandon. De voir MM1 terrorisée à l'idée de devoir faire pipi, tordue en 2 de douleur quand enfin, elle ose y aller.

Bye bye Gisela

Elle était restée cloîtrée chez elle alors que la foule arpentait les rues depuis 2 jours maintenant. Elle avait opté pour la télévision, d'où elle suivait, minute après minute, tous les programmes, dans toutes les langues, qui commentaient l'événement.

Pourtant, il était enfin arrivé ce jour béni qu'elle avait tant rêvé. Mais le mur qu'elle avait construit autour de son coeur était bien plus solide que celui qui avait brisé son adolescence, et il faudrait bien plus que quelques coups de pioche pour en venir à bout.

Elle avait laissé "de l'autre côté" un garçon à peine plus âgé qu'elle à l'heure des amours adolescentes qui ont le goût de l'absolu et des toujours, ou des jamais. Et ce fut brutalement jamais qui l'emporta, lorsqu'un paternel, de sa voix autoritaire et d'un regard qui ne laissa aucun doute quant à ses intentions, interdit toute tentative de communication entre ces deux-là.

Jour après jour, elle s'était emmurée, et le son de sa voix se fit si rare qu'on avait oublié qu'elle avait tendance à naziller, surtout l'été. Pourtant, personne ne s'inquiéta vraiment, elle maniait 4 langues étrangères avec une facilité déconcertante, et finit même par faire de ce don son métier.

Ce qu'elle avait caché pendant toutes ces années de captivité, c'est l'aversion qu'elle avait ressenti, presque instantanément, pour son pays, et pour sa langue. Surtout sa langue. Alors, elle s'était mise à en chercher une autre, et elle s'était surprise à penser en langue étrangère. 

Alors quand la presse avait titré en gras "la chute du mur", elle avait vendu le peu qu'elle possédait et avait pris congé, comme une étrangère qui enfin, pouvait rentrer chez elle. Elle avait logé un mois à l'hôtel, non loin de là où elle habitait et avait décidé de son avenir, elle qui s'était battue contre tous et contre elle-même pour ne pas se créer d'attache.

Elle avait atterri à Bruxelles où elle avait rapidement trouvé du travail. Jamais elle n'avait essayé de recontacter celui qui avait fait chavirer son coeur de jeune fille, l'imaginant marié et père de famille, heureux et serein, alors qu'elle se sentait encore étourdie de cette nouvelle vie qu'elle s'était aménagée.

Ses nouveaux amis la connaissaient peu, elle parlait parfois de ses voyages qu'elle avait menés "de l'intérieur", plongée dans des manuscrits de bibliothèque, et écoutait surtout les autres parler. Elle était fascinée par les accents divers de son pays d'adoption et s'entraînait à tous les imiter. Elle voulait qu'on ne puisse identifier ses racines, et avait francisé son prénom, même s'il semblait un peu passé de mode. Elle s'arrangeait pour que le "a" final de son prénom soit mal écrit et qu'on puisse facilement le confondre avec un "e", et s'était offert le droit de rajouter un accent grave sur le "e" avant le "l". 

Et quand on lui demandait d'où elle venait, elle donnait toujours le nom du quartier où elle avait élu domicile, comme si elle avait toujours fait partie des meubles. Si on insistait, elle répondait qu'elle était née dans un cimetière, histoire d'enterrer la discussion une fois pour toutes.

Princesse fille de camionneuse

Imaginez 2 secondes, chers lecteurs, un repas de famille, avec son organisation bancale, dîner reporté moultes fois, avec le caractère peu commode de l'une et la susceptibilité de l'autre, avec des regards en coin qui en disent long, et des minuscules phrases à peine chuchotées mais assassines quand même.

Imaginez à présent MM1, bientôt 5 ans, qui dispose d'un vocabulaire relativement étendu, qui aime jongler avec les nuances et les subtilités du langage, qui arrive en plein milieu d'une conversation entre adultes,  qui attend patiemment qu'un silence se glisse dans la conversation et qui me regarde, droit dans les yeux et qui d'une voix claire et intelligible prononce :

"Maman, hein oui que un c-o-n-n-a-r-d, c'est un monsieur qui roule très mal en voiture ?"

Pour tout autre sujet, je n'aurais pas hésité une seconde à m'offusquer en public : "mais sapristi, chère enfant, quel est ce langage ? qui donc t'apprend des insanités pareilles ?", mais ce jour-là, présentement, le Prince a oté tout doute à notre entourage, balançant son alibi de choc : "c'est pas moi, je suis à moto !"

Grmmmmmfffffff.

"Oui, ma chérie, en quelques sortes. Sauf que tu ne peux pas répéter tout ce que dit Maman au volant" (surtout devant Elle, et Elle, et Lui, et tu évites aussi ta maîtresse, OK ?)

Moment de tendresse

J'ai cru que j'allais arrêter le blog, faute de matière pour l'alimenter.

En effet, depuis qu'une prise de sang a révélé des intolérances alimentaires dans le petit corps de MM2 tout le temps malade, et qu'on la mise au régime draconien, sans protéines de lait de vache, sans gluten et sans banane, on a perdu notre petit diable.

La métamorphose est spectaculaire, elle accepte sans rechigner ses aliments, explique à qui veut l'entendre qu'elle est "allèchique" et me demande même si y'a de la banane dans les chips au sel.

Elle dort enfin des nuits entières, ne nous appelle plus que 2 fois par jour pour aller l'aider aux toilettes, ne se roule plus par terre quand on lui dit "non" et se contente d'un "OK" limite mécanique, qu'on lui demande de répéter une fois sur deux, des fois qu'on n'aurait pas bien entendu qu'elle ait capitulé, ce à quoi elle réplique toujours par un "OK, j'ai dit !" d'un air un peu exaspéré...

Un gosse normal, quoi, limite sage, qui rend la vie de ses parents belle, douce et agréable. Je me suis demandée ce qu'allait devenir la rubrique Histoires de courgettes sans les frasques de la cadette. Et je me suis prise à rêver de l'ennui absolu, de la zénitude profonde, de la méditation bienfaisante.

MM2, c'est aussi 12 kilos 500 de tendresse inouïe. Aucune barrière, aucune pudeur, elle a le sens du contact et a besoin de toucher pour aimer, plus que de parler.

Ainsi, par une douce après-midi où j'étais plongée dans Millenium I (oui, je sais, j'ai juste 2 ans de retard), MM2 se tenait dans mon dos, oeuvrant pour me distraire et m'attirer à son jeu de pâte à modeler. Je n'eus aucun remords à l'éconduire, remettant à plus tard ma participation à son jeu et l'invitant à me préparer, pour de faux, vous vous en doutez, une tasse de café de princesse, ainsi qu'un délicieux goûter de liliputien.

Mais MM2 n'en avait que faire de mes propositions. Elle continuait à masser mes épaules en me sussurant des mots d'amour, qui allaient du "je t'aime maman" au "tu es la plus gentille des mamans", en passant par "je vais te faire pleins de câlins, de massages, maman chérie".

Maman moderne habituée à faire 10 choses en même temps, je n'eus aucun mal à répondre à ses marques de tendresse tout en gardant un oeil captivé dans l'histoire de la disparition de Harriet.

Que d'égards, mais que d'égards, de mots doux et remplis d'amour, quels délicieux moments de tendresse infinie brusquement interrompue par la phrase qui rend le tout caduque :

- Et moi aussi, maman, je suis gentille, hein oui, maman ? 
- Oui, mon amour, tu es super gentille !
- Alors, je peux avoir un bonbon ?

Elle a gagné, j'ai fermé le bouquin, et j'ai fait des saucisses en pâte à modeler.

Anesthésiées...

J'ai beau avoir une tête relativement bien faite, j'ai beau avoir l'habitude de peser le pour comme le contre, j'ai beau défendre mes principes quand je les trouve honorables et les revoir quand ils se heurtent à l'incohérence, j'ai beau penser être une femme forte, mon coeur de maman est mis à mal ces derniers jours.

MM1 doit se faire opérer. 
Des millions d'enfants subissent 1000 fois plus grave dans des conditions bien moins favorables.
Et les chirurgiens pratiquent ce genre d'interventions tous les jours, les yeux presque fermés.

Je ne m'inquiète pas de l'acte en lui-même. Je suis convaincue que tout se déroulera bien et qu'on gèrera les douleurs post-opératoires, tout cela ne me fait pas peur.

Je suis juste terrorisée de prendre la décision.
Réminiscence de vieux démons.

J'ai 20 ans et je me balade de cabinet de chirugien en consultation de spécialiste, un protocole en main. J'ai fait confiance au docteur qui a mis au monde mes petits frères et subi une chirurgie sauvage et essuyé un diagnostic inexact qui allait laisser des traces dans ma chair, dans mon coeur, dans mon âme et surtout, qui allait profondément modifier mon métabolisme.

A l'heure où les copines s'éclataient de sortie en soirée, j'arpentais les rues, rongée par la culpabilité d'avoir si facilement accepté un diagnostic, sans le vérifier, sans me poser la moindre question, sans le remettre en cause.

Blessée par la confiance aveugle que ma mère avait en son médecin, poignardée par son déni de voir la gravité de mon état, ma vie a pris un tournant déterminant à cette époque. Son médecin, sa fille. C'est lui qui avait le plus de crédit à ses yeux.

Aujourd'hui, face au médecin qui va s'occuper de MM1, j'ai du mal à oublier la jeune fille de 20 ans qui cherchait une main tendue dans la tempête, et je me sens carrément inconsistante face à l'urgence de la situation. Mon enfant souffre, et je reste là, tétanisée, le coeur en miettes, à me battre contre vents et marées pour chasser les souvenirs, la rancune, la peur, la solitude.

Jamais je ne me serais imaginée si démunie, si désarmée, si partagée, moi qui pensais avoir réglé mes comptes avec mes vieux démons...

Leçon de pitié

Toi qui aimes les zanimaux, clique sur un autre onglet de ton navigateur parce que ce qui va suivre risque de ne pas te plaire, même que tu pourrais tirer des conclusions hâtives, genre, chez Cendrillon, on maltraite les compagnons à 4 pattes.

Rassure-toi, ce n'est pas le cas. Mais y'a les copains des zanimaux et les moins copains : MM2 fait partie des moins copains.

Et donc, ce matin, MM2 coursait LeChat avec un balais pour enfant, qu'elle adore utiliser pour coiffer sa soeur, y planquer de la pâte à modeler, et ... pour se défendre de tout, comme de rien.

LeChat, dont l'instinct lui rappela vite fait bien fait de se planquer fissa, se faufila dans la véranda, grâce à un procédé dont seul Le Prince a le secret et qu'il serait bien trop long à vous décrire ici.

MM2 avait perdu. Mais c'était sans compter sur son imagination débordante. Elle se servait de son balais modèle réduit comme d'une épée qu'elle brandit en direction du chat en l'activant comme si elle donnait des coups de couteau, et me regarda fièrement :

- "J'ai tué le chat"
- "Tu as tué le chat ???" (l'air mi-horrifié, mi-amusé - oui, je fais équipe avec les "moins copains")

MM2 lève alors l'index à hauteur de sa joue, et me dit très sérieusement :
- "Oui, et par les fesses !"

Tant qu'elle ne les dissèque pas, on est sauvé.

Les has been, la princesse et le savoir

MM1 adore l'école, tant et si bien que lorsqu'elle est malade toute une semaine, le temps nous paraît atrocement long et les paroles du docteur bien sévères... Ce qui est sûr, c'est qu'entre les copines, l'amoureux et le travail en classe, elle ne voit pas le temps passer. Et lorsque j'arrive à la garderie pour la reprendre, ce sont des pleurs qui m'accueillent un jour sur deux, parce que rentrer à la maison, c'est "super nul" !

MM1 est en 3e maternelle, et d'ici une petite année, c'est l'entrée à l'école primaire, l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, du calcul. Y'a pas à dire, les gamins d'aujourd'hui sont en demande, ils veulent écrire leur nom "en attaché" alors qu'ils ne savent toujours pas faire leurs lacets.

Ainsi, MM1 se prend hyper au sérieux dès qu'elle fait un dessin (et elle en fait des dessins ...) et le signe de son prénom qu'elle écrit entre 2 lignes tracées à la règle, "parce que tu comprends, maman, maintenant, en 3e maternelle, on doit faire comme ça, on n'est plus les petits, on est les grands !"

Haha, huhu, hannnnn. 

MM1 a un L dans son prénom et ne prétend pas le faire dépasser de la ligne, ce qui fait le confondre avec le E juste à côté. Livres écrits en cursives à l'appui, j'ai vainement tenté de lui expliquer qu'un L était une boucle qui montait au ciel alors que le E était une boucle qui restait au sol. 

"Même pas vrai, t'y connais rien, d'abord ! Madame me l'a expliqué comme ça et elle a dit que c'était bien écrit comme ça ! C'est elle d'abord qui sait comment on écrit, c'est pas toi, toi tu connais rien !"

 ... et de déchirer rageusement l'endroit où j'avais daigné poser mon crayon.

Le lendemain matin, j'ai pris sur moi d'aller trouver la sublimissime maîtresse de MM1 et de m'excuser de ma condition insignifiante de mère et d'adulte inculte aux yeux de ma fille et lui ai gentiment, mais résolument demandé de réexpliquer à ma progéniture comment écrire son prénom correctement (et de lui rappeler au passage les règles de base du respect, de la politesse et de la patience ...)

Bref. Mon petit doigt me dit que ça va être coton les devoirs l'année prochaine,
et que si le proverbe "les coordonniers sont les plus mal chaussés" s'applique vraiment, je vais faire des heures sup' volontairement et déléguer ce genre de joyeusetés au Prince.

Mais de qui tient-elle ce caractère de cochon, hein, de qui, pardi !!!