jeudi 29 janvier 2009

Peu importe qu'Il existe ou non...

Je baisse la tête comme eux, je ferme les yeux, je ne les vois plus, mais je les entends réciter, en coeur, cette prière :

"Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté ..."

Je ne dis rien, je suis à la fois mal à l'aise, et en admiration devant l'unisson de leurs voix. J'écoute attentivement, et essaie d'intégrer les mots, leurs sons, leur portée.

***

Je vais partir, je range mes affaires et fais une dernière fois le tour de leur appartement. Je ne dois rien oublier, ils sont bien trop pauvres pour me renvoyer l'oubli par la poste. Alors, je fais attention.

Elle s'approche de moi et me tend un cadeau, emballé dans une feuille de journal. Une icône. Le symbole est immense, je connais l'importance de l'objet dans sa foi, dans son coeur, dans ses tripes. Je ne sais qu'en faire, ni où la mettre, elle me renvoie sans cesse vers cette magnifique icône qui a orné un coin du salon de mon enfance, seule représentation religieuse de la maison d'ailleurs.

J'ai longtemps gardé cette icône visible, lui conférant un statut particulier.

***

Je les vois dès que je ferme les yeux, ces 2 soeurs qui récitent à voix basse, à peine audible, le Shema Israel, pour se dire leur amour, pour partager leur peine, pour être ensemble, à l'unisson, dans les mots, dans l'intention.

Je les vois et j'ai envie de pleurer, tant l'émotion est perceptible, tant elles ne forment plus qu'un, tant les énergies communiquent, se rééquilibrent.

***

Il est mort de vieillesse. Une belle mort. Il ne s'est pas réveillé. Certes, il ne leur a pas dit au revoir, il pensait les embrasser ce week-end. Mais eux seront là, ils viendront tous, le saluer, et assister à la Prière des morts, exécutée pour tous les défunts musulmans, à quelques exceptions près.

Je suis passée par hasard devant cette maison et je les ai vus, les hommes devant le défunt, les femmes derrière, ensemble pour cet adieu.

***

Elle me téléphonait tous les jours, et s'enquerrait de mes activités du lendemain. Si j'avais un examen à présenter, quelle que soit sa difficulté, elle allumait une bougie et joignait ses mains tout en fermant les yeux. Elle priait. On entendait juste ses lèvres bouger et son souffle. Elle priait pour moi, pour ma réussite.

Ma grand-mère n'a jamais douté un seul instant de la nécessité de sa prière, il était évident que ça allait m'aider. Ce qui m'aidait, c'était le sourire dans sa voix à l'annonce du résultat.

***

J'ai certes grandi avec une magnifique icône dans mon salon, mais dans un univers hostile à la religion. Mes parents ne m'ont pas baptisée, me laissant le libre choix de ma religion, si tant est que j'éprouve le besoin de m'en trouver une.

J'ai longtemps cherché ma religion, et je ne l'ai pas trouvée, et ne la trouverai sans doute jamais. Ce qui me fascine dans la religion, c'est justement l'héritage familial, la transmission d'une culture, de codes, de fêtes, de symboles et d'images.

J'aurais aimé fermer les yeux et me laisser envahir par l'intensité des mots que je dirais, parce que ces mots auraient été mille fois prononcés par mon père, par ma mère, par mes grands-parents, parce que j'aurais pu entendre leur voix, et celle de ceux qui sont partis trop tôt.

J'aurais aimé avoir un héritage à transmettre, riche en symboles, en couleurs, en goûts, à mes enfants. Un héritage imposé, comme un repère ultime contre la solitude, le chagrin, la douleur.

Loin des drames, des guerres, des violences, de l'aveuglement fanatique, je veux juste évoquer le sentiment religieux, dénué de pouvoir, mais rempli d'amour et de partage.

mardi 27 janvier 2009

La question qui ne vient pas

MM1 en voiture :

- M'man, il est écrit quoi sur le panneau, lààààààà ? Et làààààà ? Naaannnn, pas çui-lààààà, l'aut' lààà. Et ça, m'man, c'est quoââââââââââââ çaaaaa? Ca sert à quoââââââââââ çaaaaa?

MM2 en voiture :

- Maaaaaaman, l'est où la lune ? ché quoâââââ ça ??? Oooohhh camion poubelles maman !

Il faut une certaine dose de concentration pour avancer dans les embouteillages et les travaux. Il faut un cerveau entraîné pour jongler entre les questions de l'une et celles de l'autre, pour garder les yeux sur la route et sur les panneaux de circulation.

Elles ont les yeux partout, et je peine à suivre. Le matin, comme le soir.

Mais je m'interroge. Tous les jours, je passe devant des vitrines de prostituées, déjà évoquées sur ce blog. Tous les jours, je lance un rapide regard vers ces femmes, de plus en plus jeunes, de plus en plus décharnées, de plus en plus aguichantes. Et tous les jours, je croise très fort les doigts pour que mes filles ne me posent pas la question fatidique : "Mamaaaaannnn, pourquoi les madames, elles ..." parce que dans ma tête, je n'ai toujours pas trouvé les mots, les bons mots, les mots justes pour leur expliquer pourquoi des femmes se retrouvent assises là.

Des mots qui parleraient de respect, d'amour, de compassion.
Des mots qui évoqueraient la misère, l'argent, l'abandon.

Je ne les trouve pas. Mon esprit zappe les images, et j'entends ce papa de la pub qui réagit enfin, alors que sa fille lui demande 15 fois "c'est quoi cette bouteille de lait, papa ?", et qu'elle décide de changer de question pour le faire réagir "papa, comment on fait les bébés... ?".

Le moment venu, je ne pourrai pas changer de sujet aussi simplement. Parce que j'essaie de toujours répondre à leurs questions.

Mais franchement, je ne peux pas croire qu'elles ne les ont pas vues, ces femmes.
Alors, pourquoi ? Pourquoi ne disent-elles rien ?
OK, ça m'arrange peut-être, mais ça m'intrigue.
Des idées ?

samedi 24 janvier 2009

Le tourbillon

Cet hiver aime à nous rappeler que l'hiver est la saison de tous les dangers : après avoir connu le froid il y a quelques jours (- 22 °C dans mon coin), la neige qui s'est accrochée des jours et des jours, c'est au tour de la tempête, qui s'abat, fort heureusement, loin de nous cette fois-ci.

La tempête a toujours représenté une grosse crainte pour moi. Je me souviens de 1999 avec un pincement au coeur, tellement j'ai eu peur. Le ciel était bas, il faisait nuit en plein jour et par la fenêtre, le jour avait pris une couleur indéfinissable, entre gris et vert. Je revois des branches voler, les voitures tanguer, et je voulais que tout cela cesse, craignant de voir le toit de notre maison s'envoler, ou un arbre de la forêt toute proche nous atterrir dessus.

Lorsque la tempête est moins virulente, j'aime être chez moi, sentir la chaleur du foyer, compter les miens pour m'assurer que tous sont à l'abri, et écouter le bruit de la pluie et du vent qui cognent les fenêtres. J'aime l'idée que la maisonnée est un peu coincée, pour un temps indéterminé, avec un spectacle naturel à disposition.

La tempête, elle opère aussi dans la vie. Certains, certaines, en ont traversé, des tempêtes cette dernière année, s'armant de courage pour vaincre une maladie terrible, acceptant la douleur, l'isolement, s'accrochant au moindre résultat de bilan sanguin, regardant leur cheveux tomber, leur corps se décharner, avec un seul espoir : se relever.

Il faut croire que certaines tempêtes dévastent tout, rasent des rues, des villages, réduisent des milliers de souvenirs à néant, mais permettent à des familles de continuer, malgré tout, à se serrer très fort les uns contre les autres, et de reconstruire, une fois les larmes séchées, un abri, un foyer, et de se souvenir, ensemble.

Et puis, il faut accepter que d'autres tempêtes sont plus fortes, et vous écrasent une dernière fois, alors que vous vous remettiez à peine debout de la rafale précédente, vous projetant dans une réalité sans nom, vous assénant la mort comme unique récompense à votre courage, à votre combat, à votre ténacité. Il est des familles qui attendaient le soleil depuis des mois, et qui attendront encore longtemps.

mardi 20 janvier 2009

Nichons au balcon

Depuis que je suis maman, il y a eu des tas de moments difficiles. Que ce soit les nuits blanches, les pleurs de décharge pendant des heures le soir, reflux et oesophagites, un début d'allaitement foireux, et j'en passe.

Depuis 4 ans, il y a un truc que je redoute plus que tout, c'est de tomber malade en même temps que mes filles. Nous retrouver toutes les 3 avec de la fièvre, moi comateuse, et elles gnangnantes à souhait.

Et ben, ce jour est arrivé. Saleté de grippe à la con.

Il a fallu ouvrir les yeux, trouver l'énergie, braver le froid polaire que la hausse de la température provoque, habiller les filles qui se sont levées en pleurnichant, les rouges rouges, les yeux vitreux, et démarrer la voiture pour franchir la grosse centaine de mètres qui nous sépare du cabinet du toubib et constater, malgré une grosse demie heure d'avance sur le début des consultations, que 3 autres malades attendaient déjà.

Le propre de la grippe, c'est la contagion, hein. Mais le coma touche partiellement les facultés de raisonnement. Bref. En 10 minutes, la salle d'attente était noire de malades en tous genres. MM1 et MM2 se disputaient la place sur mes genoux, dans le genre chouinchouin qui mérite d'être récompensé aux Oscars. Ne me rappelez pas que j'ai 2 genoux, j'ai 38.5 et je hais cette journée.

Au bout de 45 minutes, on est entrées.

MM1, sage comme à l'accoutumée, a bien ouvert la bouche, a tiré la langue, a laissé le docteur mettre l'otoscope dans ses oreilles, mais n'a pas prétendu tousser quand il fallait. M'enfin, c'était pas mal.

Pendant ce temps, MM2 démontait le cabinet, tout neuf, du docteur. Les mains plongées dans sa trousse, elle était à 2 doigts de griffonner une ordonnance. Ensuite, elle s'est attaquée au matériel de prise de sang, et moi, l'oeil vitreux, entre coup de sang et prise de catch, j'ai eu une soudaine envie de la téléporter sur Mars.

J'ai choisi la prise de catch pour l'amener sur la table d'auscultation. Le docteur était fort sollicité, son téléphone portable n'arrêtait pas de sonner, la grippe, encore elle. Dès que le toubib disait "allô", MM2 se mettait à hurler un charabia que mon oreille entraînée avait bien reconnu : "Pandi-Panda, petit ourson de Chine", version 2009. Merci Chantal Goya ! Evidemment, l'air s'est vite transformé en cris stridents de désespoir quand il a fallu ouvrir la bouche et toucher à ses oreilles.

Puis, enfin, vint mon tour. J'ai bien sûr oublié de dire la moitié de ce que je voulais dire au docteur, à cause des 2 tigresses qui se disputaient le poupon de la salle d'attente, en voulant lui enfoncer des cones jetables dans les yeux, même que le docteur a eu peur de voir son poupon défiguré et l'a confisqué (bien joué, docteur !)

MM2 n'aura pas mis longtemps à trouver une nouvelle activité : les stores. Alors que ceux-ci occultaient parfaitement la fenêtre, la miss trouva hyper rigolo de les ouvrir, puis de les fermer, et encore les ouvrir, puisqu'un ouvrier communal lui faisait des signes qui la faisaient beaucoup rire.

Tiens donc, Mémère en soutif en arrière plan, ça l'faisait ptêt marrer, c'con-là.

9h15, direction la pharmacie. 1 présentoir par terre (MM2 toujours) plus loin, je hais toujours la journée.
9h45, retour maison. J'ai l'impression qu'il est minuit. Quand il faut, il faut, hein...

dimanche 18 janvier 2009

Le babyspeck ou le pot (part II)

C'est ce gras de bébé qui se colle un peu partout sur un tout petit lorsqu'il grossit bien, faisant de ses petites mains des mimines toutes potelées, faisant de ses jambes, de ses bras, des rondelles de peau pleine de plis plutôt désorganisés, et de son entrejambe, des petits coussins de graisse toute douce.

C'est aussi des joues dodues que l'on voudrait croquer tellement leur rebondi est brillant et fleure bon le bébé câlin. Et un cou plissé, des épaules rebondies, et des pieds, mon dieu, des pieds, qu'il est impossible de ne pas chatouiller de bisous en faisant semblant de les croquer tout cru, tellement ils sont parfaits et notre besoin de papouiller immense.

Évidemment, on papouille de la même façon un bébé "maigrichon", avec la même dose d'amour, avec les mêmes bisous et on trouve leurs pieds tout aussi parfaits et doux.
Mais avec du babyspeck, c'est encore meilleur.

MM2 a donc adopté le pot. Attention, elle accepte sa présence dans la pièce, refuse de mettre une couche, n'adore pas trop la culotte et passe ses journées "cul nu", avec de longues chaussettes qui montent jusqu'aux cuisses, et des chaussons par-dessus. Elle a un look d'enfer.

Elle fait pipi dans le pot lorsqu'il y a une récompense à la clé, elle n'a vraisemblablement pas oublié l'épisode précédent, la bougre. Mais elle a tout capté, c'est sûr. Ce week-end grippal chez Mémère aura au moins permis une bonne avancée de ce côté-là, entre deux suppos et trois sirops, Mémère a eu le coeur tout fondu de voir les petites fesses encore toutes rebondies de babyspeck de MM2, courant à droite, puis à gauche. C'est que bientôt, le babyspeck disparaîtra, laissant place à plus de muscle sans doute.
Ca sent la fin du bébé, la fin des chatouilles et du croquage de pied, des guilis dans le cou. Mémère, il est temps d'en profiter !

jeudi 15 janvier 2009

La boîte de secours

Il est des soirs où l'énergie dont je dispose est tellement insignifiante que l'idée même de préparer un vrai repas relève de l'exploit. J'ai beau profiter du trajet en voiture pour scanner en détail, et de mémoire, le contenu du frigo et du congélateur, il arrive que des interférences brouillent toute possibilité de trouver un menu bon, rapide et apprécié de tous.

A côtés de ces soirs sans imagination, faute de carburant, il y a les soirées marathon, où rendez-vous chez le toubib succède à "faire le taxi pour belle-maman", avec un arrêt à la pharmacie, pour ajouter la pointe de sel qui manquait à la journée 100 à l'heure qui vient d'entamer sa 2e partie.

Depuis que j'ai accepté de laisser mon cerveau au repos dans un cas comme dans l'autre, j'essaie de trouver le menu rapide, tellement rapide qu'un enfant de 6 ans pourrait se le préparer tout seul. La condition étant que ce menu ne nécessite qu'un minimum de vaisselle et d'ustensiles, tant il est résumable en un seul mot : plan B.

J'ai tenté la pizza congelée, idéale pour les soirs sans énergie : pas de vaisselle et rapide, mais faire chauffer 3 pizzas l'un après l'autre fait qu'on ne mange pas ensemble (ben oui, en plus on n'a pas les mêmes goûts), et que le repas s'éternise en cuissons successives. De plus, les filles et moi ne mangeons pas les croûtes, et du coup, elles s'attaquent à ma pizza après avoir fini la leur. Et là, je dis stop. Mon cerveau a besoin de carburant, laissez-moi m'encrasser les veines de cholestérol et d'acides gras trans, c'est bon, je veux pas partager ma pizza, les filles, vous m'entendez ! Sauf que la pizza, c'est pas bon mais pas bon du tout pour moi. Et je ferais mieux de la partager avec les filles au lieu de me plaindre de baigner dans une marée sucrée qui m'ankylose davantage.

On a testé les cartons de soupe. Idéal, mais cela nécessite d'avoir au moins du pain pour que cela soit agréable, et qui dit soirée mal commencée, veut dire à coup sûr "plus de pain".

Alors, l'autre jour, en me baladant dans mon supermarché de 7 rayons maximum, je regardais un monsieur s'accroupir pour remplir son caddie de boîtes dont je ne distinguais pas bien le contenu. M'étant approchée, je pus constater qu'il s'agissait de ... raviolis. Cela devait faire 15 ans que je n'avais plus mangé de raviolis en boîte, et je me souvins alors de repas familiaux pris sur le pouce et ma foi ... le souvenir ne fut pas si dégueulasse.

Hop, le voilà, mon plat de secours, mon plan B, mon repas minute : la boîte de raviolis. Embarquée. Et rangée dès qu'elle eut atteint la maison.

Ce soir fut une soirée marathon, et la préparation ne pouvait pas excéder 5 minutes. De plus, MM1 a la grippe et remange des miettes depuis aujourd'hui, je me suis dis que cela allait lui faire plaisir. Mais quelle nouille je fais parfois, vraiment.

MM2 a suçoté un ravioli, l'a recraché. Puis en a pris un 2e, des fois qu'il aurait un autre goût, mais pareil, il a atterri dans l'assiette, tout propre. Après quoi, elle a repoussé l'assiette en déclarant "veux pas, c'est pas bon". MM1 a un style plus "princesse", elle m'a signifié qu'elle avait goûté, qu'elle n'avait pas faim, vu le méchant vilain terrible virus qui avait attaqué son petit corps qui n'avait du coup plus faim du tout pour terminer l'assiette. Enfin, elle a terminé par un "c'est pas bon" poli.

Alors j'ai goûté. Et franchement, c'était dégueu. Pas l'ombre d'une chance pour que je mange ça. Plus du tout le même goût que dans mes souvenirs. Infâme, comme sur la photo.

Bref. Préparation : 3 minutes. Repas : 3 minutes. Résultat : ventre vide.

Vous l'aurez compris, je cherche des idées. Mais je cherche du bon, du mangeable, et ne me sortez pas Maître Picard, ce couillon refuse de s'exporter.

lundi 12 janvier 2009

Telle la tortue qui porte sa maison

Il était tard, très tard. Elle est montée se coucher, a éteint la maisonnée, et a poussé doucement la porte de la chambre des enfants. Elle a remonté les couettes, les a bordés un peu, a posé sa main sur leur front, et caressé leur visage avec son pouce. Elle aurait bien voulu les embrasser, mais elle savait leur sommeil fragile, et ne voulait pas courir le risque de voir des yeux s'ouvrir alors qu'elle rêvait juste de fermer les siens.

Elle referma la porte sans faire de bruit et se dirigea vers sa chambre, où il dormait déjà. Elle se déshabilla et enfila une nuisette et un gilet, la nuit était fraîche et la fatigue la rendait frileuse. Son regard s'attarda sur cet homme qu'elle avait épousé il y a quelques années maintenant, et elle sembla captivée par les mouvements qu'il faisait en dormant. Au lieu de se coucher et de se lover tout contre lui, ce qui aurait eu pour effet de le réveiller et de calmer sa danse inconsciente, elle s'accroupit à ses côtés et le regarda.

Son sommeil agité évoquait en elle tant de choses, elle le vit combattre les pires démons, ceux que l'enfant enterre bien profondément quand il comprend qu'il ne fera jamais le poids, elle l'imagina s'épuiser pour regagner le rivage alors qu'une force terrible tente de l'emmener au fond de l'océan, il se démène pour trouver un bout de bois ou de tôle pour flotter, pour se reposer. Elle penche sa tête et souffre avec lui lorsqu'il crie, elle se sent soulagée lorsque sa respiration se calme.

La lutte semble intense, et elle a mal pour lui. Elle pourrait le réveiller, lui montrer la nuit calme et paisible qui se dessine dehors, mais elle n'en fait rien. Elle remonte sa couette, et pose sa main sur sa joue, sur ses lèvres comme si ce geste tendre pouvait lui donner de la force, à lui, pour continuer sa bataille. Elle se coucha sur le bord du lit, et lui tourna le dos. Elle le laissa seul face à ses démons, consciente que lui seul devait les affronter et les réduire en cendres.

Elle avait le coeur lourd, et serré, mais elle sombra dans un sommeil profond, gorgé de soleil et de jours meilleurs.

jeudi 8 janvier 2009

Mémère glacée

L’autre soir, en rejoignant dans le lit conjugal le Prince, qui s’était couché de bonne heure, je me suis dit que décidément, il y avait les Frileux d’un côté et le reste du monde de l'autre.

Voir une partie de son dos même pas couverte dépasser de sa couette (oui, nous faisons couette-à-part) m’a fait tressaillir, et croyez-moi, ce n’était pas d’envie, mais de froid.

J’ai alors baissé mon regard et analysé, à minuit passé, mon accoutrement … de guerre.
La superposition de couches dépasse l’entendement, et le mercure étant largement passé sous la barre des - 10 °C et frôlant même la barre des – 20, le déguisement se prolonge même jusqu’aux pieds, affublés d’horribles chaussettes de ski, mais ô combien douces et chaudes.

Mon cou reste la partie de mon corps que je dénude le moins possible. Je tremble rien qu’en voyant ma collègue se découvrir le matin, laissant le haut de sa poitrine à découvert, comme en plein été. Je vis avec des écharpes presque 24 heures sur 24, et ce, de septembre à mi-mai.

Je suis frileuse, j’ai mal au corps quand il fait froid, j’ai les extrémités qui vont limite tomber. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les miss, qui, si elles ne sont pas frileuses, se voient emmaillotées dans moultes couches, comme si nous partions en expédition dans le grand Nord. Elles subissent ma frilosité, et j’ai froid pour elles. J’y pense même en journée. Je m’en fiche de savoir si elles ont mangé, mais par contre, je leur demande 10 fois si elles n’ont pas eu froid.

La frileuse que je suis déteste se coucher dans des draps froids l’hiver. Je paierais cher pour avoir un matelas intelligent qui sache exactement réchauffer ma place juste avant que je m’y installe. Juste ma place, hein, faudrait même pas suggérer l’idée au Prince, sans quoi, il ferait lit-à-part, pour sûr !

L’handicapée du froid que je suis est tout bonnement incapable de se rendre à son cours d’aquagym le mardi soir, tellement l’idée de plonger dans l’eau froide est insupportable. Je la regarde, la prof, plonger d’un coup d’un seul dans l’eau et ça y est, je fais une attaque. Même sautiller, courir dans l’eau ne me réchauffe pas, c’en est frustrant.

Le Prince pourrait évoquer ce souvenir de vacances prises un peu sauvagement, entre deux ras-le-bol professionnels, en Turquie fin mai d’une année dont j’ai oublié le chiffre, où il faisait 26 °C la journée, où tous se délectaient dans la piscine de l’hôtel, et où Mémère n’a pas pu quitter son gros pull réservé pour les soirées encore un peu fraîches… Les soirées, Mémère se transformait en glaçon et ne rêvait que d’une chose, retrouver la chaleur de son lit.

Les paysages enneigés sont certes magnifiques. J’aime les regarder, mais de loin, voire même, à la télé, ou sur carte postale. J'aime voir ces arbres blancs qui restent blancs et qui rendent le paysage idyllique, j'aime voir le vent qui soulève la neige le long des routes et dessiner dans les champs des vagues douces et désorganisées. J'aime voir tout ça quand j'ai chaud, parce que quand le thermomètre de ma voiture affiche - 17 °C, je ne rêve que d'une chose : les Seychelles, 32 °C, les pieds dans l'eau, un cocktail dans la main, un bouquin dans l'autre.

mardi 6 janvier 2009

Le pot (Part I)

MM2 manifeste une grande envie d'aller à l'école, elle adore y accompagner sa soeur et même si elle se montre timide envers les autres enfants, elle fait des bisous au personnel enseignant, et se montre très intéressée par tous les jeux, par tous les bricolages, par toutes les couleurs qui ornent les murs.

Parallèlement à cette prochaine entrée à l'école maternelle, le petit pot fait maintenant partie du quotidien. MM2 aime s'y asseoir, et faire comme sa soeur, préparer un petit coupon de papier et souvent raconter sa vie. Sauf que le pot reste définitivement vide. Depuis quelques jours, on essaie quand même de transformer l'objet de jeu en objet d'apprentissage de la propreté.

- Dis, chérie, on va faire pipi ?
- Oui.
- Sur le pot.
- Nan, pas pipi pot.
- Ben si, pipi sur le pot.
- Nan, pas pipi pot.
- Mais si. Regarde, on enlève la couche ...
- Nan, ma tout' seule !
- Ben vas-y, enlève ta couche toute seule alors.
- Ma tout' seule ! (Elle s'assied sur le pot). Vala, finiiii.
- T'as fini ? Mais tu t'es à peine assise, t'as pas eu le temps de faire pipi, là. Tu sais quoi ? Si tu fais pipi, maman te donne un bonbon, d'accord ?
- Accord. Elle se rassied et mon dieu, elle prend l'air tellement inspiré que l'idiote qu'est sa mère pense même qu'elle fait pipi.
- Valààààà, fini pipi !
- Il est où le pipi ?
- Il est làààààà, me dit-elle est mettant le doigt au fond du petit pot.
- Ben non, y'a pas de pipi au fond du pot.
- Mais si.
- Mais non.
- Mais si.
- Mais non.
- Mais siiii, regarde, maman, il est lààààà.
- Non, chérie, y'a pas de pipi.
- Siiiiii, et maintenant, un bonbon !!!

Dieu que cette gamine est perfide, mon petit doigt me dit qu'on n'est pas au bout de nos peines, et que l'école va lui faire de l'oeil encore un peu.

lundi 5 janvier 2009

D'une main quelques mots sur un écran

Depuis que le portable (GSM) existe et est devenu l'allié, ou l'esclave, d'une grande majorité de terriens, il est né un sport qui me laisse toujours autant perplexe : la communication par SMS.

Alors oui, je l'avoue, quand je regarde ma collègue Stéphanie parler boulot tout en rédigeant un SMS à la vitesse de l'éclair, sans même regarder ni le clavier, ni l'écran, je suis admirative.

Le SMS, pour moi, n'a que peu d'intérêt, je lui préfère nettement le coup de fil. Le dialogue, la communication, l'échange me semblent plus proche de ce que je suis. Mais je reconnais largement son utilité. Parfois, il arrive qu'on ait un truc à dire sans pour autant avoir envie d'échanger.

Je peux dire à mon Prince que je l'aime, comme ça, sans avoir besoin ni d'entendre sa voix, ni d'échanger à ce sujet. Je peux lui demander de ne pas oublier de prendre du pain, sans faire sonner son téléphone en pleine réunion. Je peux aussi lire le résultat positif, ou négatif, de tel examen, de telle compétition.

Depuis que le GSM fait partie de nos vies, il est coutume de s'envoyer des SMS pour annoncer la naissance d'un enfant, ou pour souhaiter le meilleur de la crème pour la nouvelle année. Depuis, il paraît qu'on se quitte aussi via SMS.

Nous sommes le 5 janvier et mon GSM tout beau, tout neuf, contient pas loin d'une vingtaine de SMS tous très sympathiques nous promettant la santé, le bonheur, la joie et même des sous, ce qui, il faut aussi que je l'avoue, fait partie de mon "top three" en matière de souhaits éternels.

Je suis une nouille en SMS. Je suis la reine de la désactivation du dictionnaire T9, et ce stupide engin rechigne à faire apparaître des mots pourtant très français. Le temps que je vérifie 2 ou 3 trucs, et hop, voilà mon message effacé. Je suis maudite du SMS. Il me faut pas loin de 45 minutes de râleries intenses pour créer le message et autant de temps pour sélectionner les destinaires dans mon carnet d'adresses, sans compter ceux qui m'ont envoyé leurs voeux sans signer leur message, et sans penser que je n'avais peut-être pas leur numéro dans la mémoire du téléphone.

Nan. Idéalement, je voudrais leur téléphoner, à chacun d'entre eux, et par là même, découvrir en composant le numéro des messages non signés, mes interlocuteurs. Leur souhaiter de vive voix mes voeux tout en prenant de leurs nouvelles et en donnant des nôtres. Passer du temps à entretenir le lien, celui qui fait que l'amitié ne se réduit pas à quelques mots tapés sur un clavier, mais celui qui se tisse au fil du temps, des saisons, des années qui passent. Parfois bien sûr, il faut le dépoussiérer, on le voudrait plus net, plus riche, plus construit, mais on est tous tributaire de cette vie à 100 à l'heure, qui nous fait reporter sans cesse au lendemain ce qu'on a pourtant envie de faire aujourd'hui.

C'est ce que je m'apprête à faire, une fois de plus ce soir. Les SMS attendront, les voeux aussi. Il paraît qu'on a jusqu'au 31 janvier, alors...

Et vous, SMSeur, SMSeuse ?

vendredi 2 janvier 2009

L'an neuf

Ca y est, on est en 2009.

D'ordinaire, je préfère les années paires, tout simplement parce que mes plus belles rencontres ont toujours eu lieu des années paires. Mais 2009 fait exception.

D'abord parce que j'aime le graphisme de 2009, tout aussi "rond" que 2008 mais graphiquement plus dans la continuité, un peu comme le montre cette photo :

Le neuf ferme l'année, l'englobe, le dernier endroit où l'on pose le stylo est à l'intérieur du chiffre. Non pas que je veuille absolument écrire 2009 sans relever la pointe du stylo, mais j'aime assez que les lettres, les chiffres se touchent.

Le clavier, s'il permet un confort sans précédent pour l'écriture, puisque j'écris du fin fond de mon lit, du canapé ou dans le train, offre aussi la rapidité et la clarté puisque j'efface et je réécris autant de fois que je le désire les mots, les phrases, les paragraphes. Je m'imagine mal publier un blog rédigé de ma main, non pas sur un clavier mais au stylo, et vous infliger mes ratures, mes pattes de mouches, mes lettres collées, mes abréviations dont j'ai vraiment du mal à me défaire. N'empêche, j'adore voir l'écriture des gens, j'adore regarder quelqu'un écrire, sans qu'il ou elle le sache, j'aime regarder le stylo noircir le papier, l'ombre, le bruit, le temps passé, la concentration, le regard... J'aime l'objet, le stylo, à bille, mais surtout la plume.

"9" c'est aussi "neuf" en lettres, ou "nouveau".

"9" c'est aussi une durée magique : la femme porte 9 mois son enfant, et celui-ci met 9 mois à réaliser que lui et sa mère sont deux personnes distinctes. 9 mois, c'est l'âge où l'enfant explore le monde, tente ses premiers "ramping", son premier "4 pattes" à la découverte de son environnement.

En numérologie, et dieu sait que je n'y connais rien en numérologie, le 9 représente l'altruisme, la capacité de se dévouer et de s'intéresser à autrui ou aux problèmes humains, et au fond de moi, j'espère que cette année qui aura vu la chute de grands empires financiers sera plus humaine, tournée vers le coeur et la raison.

Pas de résolution cette année, vous l'aurez compris, je brûle une petite bougie intérieure pour que cette année soit celle qui verra nos rêves se réaliser et le coeur triompher.

Bonne année, mes lecteurs !