vendredi 17 juillet 2009

Boutique fermée

Bon ça y est, ça sent le départ. Mémère Cendrillon part en vacances et compte bien revenir avec pleins de récit de vacances, style des critiques des bouquins lus, des remarques sur mon joli teint et des récits d'épilation en bonne et due forme.

Bon, j'ai des doutes, hein. MM2 se calme un peu mais a trouvé un nouveau jeu depuis quelques jours : elle prend un air super inspiré et nous regarde droit dans les yeux :

- Maman, ça pue la prout ici (variante : maman, ça pue le caca là)
- Ah bon ?
- Oui, c'est ma soeur qui a pété (variante : c'est papa, c'est toi, c'est les vaches, ou les cochons, ou les mouches, très en vogue...)

J'sais pas pourquoi, je sens qu'on va s'marrer.
Allelouia amen.

jeudi 16 juillet 2009

Le poussin, l'arbre et la route

J'ai toujours été nulle en sciences, surtout en bio, sciences de la nature etc. J'ai appris très tard qu'un canard, ça vole, et je suis encore incapable d'expliquer à ma fille pourquoi un jaune d'oeuf, c'est pas un poussin mort.

Mais je me souviens très bien qu'on compte l'âge d'un arbre aux cernes du bois.

Sur la nationale à côté, en ligne droite pourtant, plusieurs arbres portent la cicatrice d'un impact violent. Autour de ces arbres, des fleurs, des photos, des appels au souvenir. Les mois passent, et l'arbre cicatrise lentement; un peu comme ceux qui restent, après un drame.

Chaque jour je passe devant ces arbres et chaque jour, j'ai une pensée émue pour ces accidentés décédés et pour leurs familles endeuillées. L'un d'entre eux attire plus spécialement mon attention, parce que l'accident avait eu lieu la veille de la saint-valentin, que la route avait été bloquée, provoquant un gros embouteillage, et que la femme, décédée, avait mon âge, laissait un mari et deux enfants sur le carreau. 

Cette semaine, "son arbre" était particulièrement fleuri, et je me suis dit que ce devait sans doute être son anniversaire, et qu'à cette occasion, son mari, ses enfants ou ses parents avaient eu besoin de témoigner leur amour à l'endroit même où la vie s'était arrêtée. Comme si le lieu de l'accident était devenu sa tombe. 

J'ai alors repensé à mes grands-parents décédés, à leurs dernières volontés. C'est une valeur importante aux yeux de mes parents que de respecter la volonté d'un proche quant à ses ultimes choix. C'est un sujet librement abordé dans ma famille et je connais par coeur les dispositions de mes parents à ce sujet. Et pourtant, je n'ai aucun avis sur la question, et je me nourris des reflexions que je me fais sur la route...

Parce que finalement, ce qui compte, c'est ceux qui restent. Et ce sera finalement à eux de symboliser ou non mon absence.

La route tue, c'est pas nouveau. Mais faut juste s'en rappeler, surtout quand comme moi, on avale des kilomètres avec la même concentration que lorsqu'on fait la vaisselle. Gloups.

lundi 13 juillet 2009

Y'en a qui font des tresses

Madame la Météo de la France, 

Je m'excuse de vous déranger, moi, petite Cendrillon de rien du tout, mais l'heure est grave. Voyez-vous, chère Madame, dans quelques jours, le Prince, les courgettes et moi-même allons embarquer dans notre carosse, qui, détrompez-vous, ne ressemble en rien à une citrouille, et passer une quinzaine de jours dans votre beau pays-la France, à 1052 km exactement de notre maison.

1052 bornes que nous allons effectuer de nuit, eu égard à notre condition mentale passablement entamée à cause de 2 courgettes qui n'ont aucune pitié de leurs parents. 

Or, Madame la Météo de la France, sur votre site officiel, ce sont des pictogrammes gris que je vois. Vous n'ignorez pas que nous partons en vacances, pas en pélerinage, ni en retraite spirituelle. V-A-C-A-N-C-E-S.

Je vous demanderais donc, Madame, de bien vouloir vous arranger pour que lors de notre arrivée, nous soyons accueillis par un grand soleil et surtout, par une sensation de devoir courir pour piquer une tête au plus vite, parce que là, on en a juste TROP besoin.

C'est comme manger, boire et pisser, Madame la Météo de la France, c'est vital. Essentiel. Primaire.

Alors, faites juste un effort. Je vous envoie les coordonnées exactes, ainsi que les dates concernées.

Je vous prie d'agréer, Madame la Météo de la France, mes salutations les plus respectueuses.

samedi 11 juillet 2009

Le prince charmant n'existe plus ... ?

J'étais partie chez Ikaprout, seule, acheter le meuble A. C'est celui que je voulais depuis longtemps, je le connaissais par coeur, ses mesures, son prix, les dimensions des paquets emballés. A priori, je n'en avais pas pour longtemps. Le réserver à l'étage, le payer aux caisses, attendre les paquets sur le chariot, et charger la voiture.

J'avais longtemps hésité avec le meuble B, qui aurait pu convenir, mais moins bien. 

Arrivée chez le géant suédois, j'ai eu le malheur de passer devant B, et de me remettre à hésiter. Je suis alors passée devant A et le doute est redevenu terrible. Personne au stand du meuble A, et personne au stand du meuble B. Un peu plus loin, une employée du magasin, au stand des meubles C.

Partie pour acheter A, tartinée de doutes devant B, j'ai opté pour C. Coup classique de la gémeaux que je suis qui déteste perdre un temps fou devant un choix cornélien et qui opte pour la sortie avec l'arrivée du 3e élément.

J'ai donc tout réservé et me suis pointée, avec mon ticket de caisse et un noeud dans la gorge, au dépôt pour recevoir mon chariot chargé des paquets. Je repensais au Prince, qui m'avait maintes fois proposé de m'accompagner pour charger le carosse.

Mais je suis une éternelle impatiente, et j'avais décidé, telle une enfant gâtée, que ce serait ce jour-là et pas un autre. Mon téléphone sonna et me sortit de mes pensées : le Prince voulait savoir si je nous avais mis dans le rouge pour 1 mois, pour 2 mois ou pour l'année.

Nous avions jusqu'à l'année dernière, un carosse muni d'un grand coffre, que nous avons troqué contre un carosse avec un coffre plus modeste, et je le regrette amèrement à chaque fois que je le gare sur le parking d'un magasin de meubles.

J'ai commencé par tout vider, les sièges auto des enfants et le brol qui fait que n'importe quel garagiste sait que la voiture est celle d'une mère de famille. J'ai éparpillé le tout tout autour de la voiture, en plein parking, et puis j'ai réfléchi, enfin, j'ai essayé. Je me suis mise dans la peau du Prince et me suis souvenue de comment il avait fait la dernière fois que j'avais évoqué la nécessité absolue d'une virée au 365+land, histoire de réapprovisionner le stock de bougies, et de verres que les miss ne cessent d'entamer : nous étions finalement sortis avec des verres, des bougies et ... 2, 3 bricoles hum ... comment dire ... plutôt imposantes.

Oui mais. 60 kg à moi toute seule, même motivée de montrer à chéri que je savais le faire toute seule, ça semblait impossible. Les gens me regardaient, l'oeil tantôt amusé, tantôt incrédule. Mais personne n'est venu me proposer un coup de main. Je me suis alors dit que les 5 hommes que j'ai vus passer pendant les 50 minutes à charger la voiture

A) m'ont prise pour une tarée et ont eu peur d'approcher ma voiture-brocante (tout gisait au sol);

B) se sont dit qu'un homme, mon mari, mon frère, mon père ou mon amant allait débarquer déguisé en super-héros pour caser tout ça dans une voiture pareille;

C) devaient rejoindre madame qui n'aurait pas apprécier de trouver leur mec en train d'aider une pauvre butée impatiente et capricieuse.

J'hésite encore d'ailleurs. A, B ou C ?

dimanche 5 juillet 2009

Je dépose un bagage

- Miroir, si MM2 n'est pas hypoglycémique, si elle n'est pas une enfant-reine, si elle n'est pas hyperactive, d'où viennent sa colère, sa souffrance et sa terreur ?

Cendrillon était arrivée au château épuisée, en quête de réponses, prête à entendre qu'elle s'y prenait mal, prête à se voir dans le Miroir, et pas forcément sous son meilleur jour.

- Et toi, Cendrillon, quelle est ta lecture de tout ça ? 

- Mon coeur de maman est soumis à rude épreuve, et souffre autant que le sien. Ce lien très fort qui nous unit depuis sa naissance est loin d'être lisse et sans obstacle. Il me semble que nous devrions le rompre par moment, mais des blocages nous en empêchent... 

Elle semble craindre mon départ, comme si j'allais la laisser, l'abandonner, la trahir. Pourtant, je passe mon temps à lui parler, à la rassurer, à lui expliquer où je vais et quand je reviens. Elle aime l'école et pourtant, se tait et se mange le bras, signe de grand stress. Elle ne pleure jamais et tout le monde vante le côté "facile" de son comportement.
Et moi, le soir, je paie au centuple la tension refoulée toute la journée. Elle parle, parle et finit par crier, ne pleure plus mais hurle sa rage pour une broutille, me blesse pour me dire qu'elle existe et finit enfin, au bout de très longues minutes, à pleurer ...

Je ne l'ai pourtant jamais abandonnée, sauf à sa naissance. Sauf cette toute première nuit, où j'ai passé un deal avec une infirmière de nuit de la maternité, acceptant enfin une dose de morphine tant la douleur de la césarienne se réveillait depuis des heures. Je l'ai écoutée et ai accepté de cesser ma lutte contre la douleur. Moi qui ne respirais plus que pour retrouver ma fille toutes les 3 heures pour la mise au sein, je devais compter sur la disponibilité et le bon vouloir du personnel de la maternité pour passer du temps avec mon bébé, et faire ce que toute femme devrait pouvoir faire, sans aucune restriction : nourrir son enfant.

L'enjeu était de taille. MM2 ne serait pas gavée si elle prenait suffisament le sein. Ensuite, MM2 sortirait de la néonat si elle tenait sa glycémie. Enfin, MM2 retournerait à la néonat si elle ne grossissait pas assez.

Mais cette femme a rompu le peu de confiance que j'avais bien voulu accorder à la maternité. Elle m'a pris MM2 des mains et l'a redéposée en néonat, avec pour consigne de la gaver, et de la garder, vu que je préférais me reposer.

Je lui avais confié mon bébé, histoire d'endormir la douleur pour quelques heures. On avait fait un deal, elle et moi, et elle a tout foiré. Je croyais enfin fermer les yeux et récupérer, mais cette nuit-là, je n'ai fait que des cauchemars. J'étais réveillée, j'ai demandé à avoir mon bébé, il n'est pas venu. Il avait une sonde dans le nez et ma présence n'était plus une priorité.

Quand on se retrouve le bide découpé, un drain dans la plaie, une sonde urinaire plantée dans son intimité, et reliée à une pompe à insuline, se lever devient compliqué. Je me suis vue 100 fois marcher jusqu'à cette putain de néonat, mais en vain. Peu importe la douleur, fallait encore pouvoir compter sur mes jambes, qu'elles me soutiennent jusque là.

J'ai menacé, j'ai hurlé, j'ai refusé les soins, j'ai mené un chantage terrible pour avoir ma fille à mes côtés. Ce n'était plus de la colère, c'était de la rage.

Elle avait 1 jour et quelques heures quand je l'ai récupérée à mes côtés. Et si des millions de femmes vivent ce moment comme des retrouvailles, je l'ai vécu comme un sauvetage, et j'ai passé les jours qui ont suivi à la protéger comme si on me l'avait enlevée.

Je ne suis pas parvenue à accepter un protocole d'hôpital qui prévoit un séjour "en observation" à la néonat pour faciliter le travail de son personnel. Je ne suis pas parvenue à accepter que le motif de garder ma fille en neonat soit "des difficultés de s'alimenter" alors que le pédiatre de la maternité s'est étonné de sa prise de poids rapide. 

Mais aussi peut-être que je me suis retrouvée, moi, nouveau-né, dans une néonat, privée du contact de ma mère, de mon père, privée de leur voix, de leur présence, pendant des semaines, et peut-être que la réponse qui s'est imposée à moi face à MM2 était l'expression de cette terreur enfouie au plus profond de ma mémoire, peut-être que ce sentiment d'abandon est le mien, et qu'en voulant éviter la séparation, j'ai réécris un bout d'histoire...

Peut-être que je porte la culpabilité de ce corps qui m'a lachée au moment où je comptais le plus sur lui, moi qui rêvais tant de cet accouchement par voie basse. Peut-être que je me suis retrouvée terriblement seule, comme je l'avais été en naissant, et que superposer cette idée-là à l'image de MM2, seule en néonat, était tout simplement insupportable.

Peut-être que.