Je baisse la tête comme eux, je ferme les yeux, je ne les vois plus, mais je les entends réciter, en coeur, cette prière :"Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté ..."
Je ne dis rien, je suis à la fois mal à l'aise, et en admiration devant l'unisson de leurs voix. J'écoute attentivement, et essaie d'intégrer les mots, leurs sons, leur portée.
***
Je vais partir, je range mes affaires et fais une dernière fois le tour de leur appartement. Je ne dois rien oublier, ils sont bien trop pauvres pour me renvoyer l'oubli par la poste. Alors, je fais attention.
Elle s'approche de moi et me tend un cadeau, emballé dans une feuille de journal. Une icône. Le symbole est immense, je connais l'importance de l'objet dans sa foi, dans son coeur, dans ses tripes. Je ne sais qu'en faire, ni où la mettre, elle me renvoie sans cesse vers cette magnifique icône qui a orné un coin du salon de mon enfance, seule représentation religieuse de la maison d'ailleurs.
J'ai longtemps gardé cette icône visible, lui conférant un statut particulier.
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Je les vois dès que je ferme les yeux, ces 2 soeurs qui récitent à voix basse, à peine audible, le Shema Israel, pour se dire leur amour, pour partager leur peine, pour être ensemble, à l'unisson, dans les mots, dans l'intention.
Je les vois et j'ai envie de pleurer, tant l'émotion est perceptible, tant elles ne forment plus qu'un, tant les énergies communiquent, se rééquilibrent.***
Il est mort de vieillesse. Une belle mort. Il ne s'est pas réveillé. Certes, il ne leur a pas dit au revoir, il pensait les embrasser ce week-end. Mais eux seront là, ils viendront tous, le saluer, et assister à la Prière des morts, exécutée pour tous les défunts musulmans, à quelques exceptions près.
Je suis passée par hasard devant cette maison et je les ai vus, les hommes devant le défunt, les femmes derrière, ensemble pour cet adieu.
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Elle me téléphonait tous les jours, et s'enquerrait de mes activités du lendemain. Si j'avais un examen à présenter, quelle que soit sa difficulté, elle allumait une bougie et joignait ses mains tout en fermant les yeux. Elle priait. On entendait juste ses lèvres bouger et son souffle. Elle priait pour moi, pour ma réussite.
Ma grand-mère n'a jamais douté un seul instant de la nécessité de sa prière, il était évident que ça allait m'aider. Ce qui m'aidait, c'était le sourire dans sa voix à l'annonce du résultat.
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J'ai certes grandi avec une magnifique icône dans mon salon, mais dans un univers hostile à la religion. Mes parents ne m'ont pas baptisée, me laissant le libre choix de ma religion, si tant est que j'éprouve le besoin de m'en trouver une.
J'ai longtemps cherché ma religion, et je ne l'ai pas trouvée, et ne la trouverai sans doute jamais. Ce qui me fascine dans la religion, c'est justement l'héritage familial, la transmission d'une culture, de codes, de fêtes, de symboles et d'images.
J'aurais aimé fermer les yeux et me laisser envahir par l'intensité des mots que je dirais, parce que ces mots auraient été mille fois prononcés par mon père, par ma mère, par mes grands-parents, parce que j'aurais pu entendre leur voix, et celle de ceux qui sont partis trop tôt.
J'aurais aimé avoir un héritage à transmettre, riche en symboles, en couleurs, en goûts, à mes enfants. Un héritage imposé, comme un repère ultime contre la solitude, le chagrin, la douleur.
Loin des drames, des guerres, des violences, de l'aveuglement fanatique, je veux juste évoquer le sentiment religieux, dénué de pouvoir, mais rempli d'amour et de partage.









Le neuf ferme l'année, l'englobe, le dernier endroit où l'on pose le stylo est à l'intérieur du chiffre. Non pas que je veuille absolument écrire 2009 sans relever la pointe du stylo, mais j'aime assez que les lettres, les chiffres se touchent.