samedi 28 mars 2009

Leçon de discrétion

Depuis quelques semaines où les progrès de MM2 au niveau langage sont intenses, je me demande si le parfait inconnu de la rue pourrait la comprendre ou si malgré tout, son entourage proche reste le seul à pouvoir décoder sa langue de lutin.

Et bien, ce matin, j'ai eu la réponse à ma question. Non sans mal, d'ailleurs.

Il s'est trouvé que MM2 m'a accompagnée au supermarché. J'entends au loin de nombreuses mamans qui me trouvent folle, voire inconsciente de m'embarquer un samedi matin au supermarché, MM2 sous le bras, surtout ceux qui la connaissent. Mais je fais partie de ceux qui pensent que le supermarché offre un terrain inouï et riche pour l'éducation d'un enfant.

Si, si, si, j'en suis convaincue. Il faut juste ne pas être trop pressée et surtout, avoir fait une liste exhaustive des achats à effectuer. Le supermarché comme terrain d'expérimentation ... apprendre le nom des légumes, des céréales, réaliser combien 5 minutes de télé peuvent avoir un réel impact sur nos petits, apprendre à regarder sans toucher (j'ai là une pensée fort émue pour le maquereau qui s'est pris un gros coup de poing de MM2 qui criait "méssant pochon, méssant posson" à tue-tête), apprendre à ne pas tout prendre et ne pas tout jeter dans le caddie (MM2 avait une réelle envie de refaire sa bibliothèque ce matin, et de commencer une collection d'oeufs en chocolat, et de sucettes, hahem.)

Oui, parce que MM2 m'accompagne depuis sa naissance au supermarché, mais là, elle veut marcher dans les rayons. Terminée la balade, c'est une "grand'fi" comme elle aime à le préciser.

Très à l'aise dans les rayons, testant les shampoings et les dentifrices (merci aux fabriquants d'avoir inventé les opercules, merci mon dieu), elle s'est mise à chanter, de sa voix éraillée : "Qui a pété, ça sent la chicorée, un, deux, trois, ce sera pas toi ! Qui a pété, ça sent la chicorée..."

J'ai bien sûr essayé de l'emmener sur un autre air, tel "un petit canard au bord de l'eau, il est si beau, il est si beau...", mais non "mamaaaaannnn, c'est moi qui chante, pas toi!". Alors, j'ai prié (oui, depuis que j'ai des enfants, je prie souvent, moi, l'athée de naissance qui est en train, doucement, de virer sa cuti) que je sois la seule dans le supermarché à comprendre le lutin avancé de MM2.

Et bien, non. Une dame s'est avancée, l'a félicitée de si bien chanter, mais lui a vite demandé si elle ne connaissait pas une autre chanson, plus jolie...

MM2 n'a pas changé de registre.
Heureusement qu'elle ne sait pas encore poter, sinon, avec mon bol, c'est la caissière qui aurait pété...

mercredi 25 mars 2009

Un visage

Au bout d’une heure d’attente dans la salle, le médecin ouvrit sa porte et tout en plongeant son regard dans le dossier qu’il venait de prendre sur le comptoir de l’accueil, marmonna mon nom.

Je me levai aussitôt et me précipitai dans son bureau, préférant éviter les regards impatients des femmes qui attendaient avec moi.

- Madame Cendrillon, c’est vous les OMPK, n’est-ce pas ?
- Si vous le dites, Docteur.
- On va vérifier ça immédiatement. Déshabillez-vous, installez-vous.

Les yeux rivés sur l’écran, il se plaisait à commenter l’état de mes ovaires, et à compter les dizaines de follicules qu’ils fabriquaient. J’avais décidé de ne pas le regarder, vu qu’il ne s’intéressait qu’à mes ovaires, jusqu’à les appeler « OMPK ». Parce que non, le toubib ne s’était pas trompé, je ne m’appelais pas Odile-Marie Privot-Kremer, mais mes ovaires avaient pris du grade en devenant « micro-poly-kystiques ».

Je crevais d’envie de lui demander l’état de santé de sa prostate, mais ma décence me l’interdisait. Du moins, il eut fallu qu’on se salue avant.

Le docteur jubilait. Le diagnostic était clair, simple et précis. 4 lettres sur mon dossier me cataloguaient aussi facilement qu’une facture dans une entreprise. D’ailleurs, il prit son stylo rouge et entoura son diagnostic, non sans fierté. Ensuite, il s’intéressa aux autres symptômes des OMPK. Parce qu’il connaissait le sujet sur le bout des doigts. Et pour les OMPK, c’était telle page, tel paragraphe, tels symptômes.

Je me devais d’avoir la peau grasse, des poils et des ovulations merdiques. Si si si, même pas besoin de me poser la question, c’était écrit.

J’étais entrée avec des questions en tête, mais je n’ai pas osé les poser. A aucun moment je n’avais croisé un humain, j’avais eu affaire à un technicien qui s’était entretenu avec une partie de mon anatomie. Je ne l’ai plus jamais revu.

Des années plus tard, en consultation FIV d’un grand hôpital bruxellois, je me suis entendue dire froidement à un autre docteur qui m’avait aussi appelée « OMPK » qu’autour de mes ovaires, il y avait une jeune femme en souffrance de verdict de stérilité, et que je voulais qu’on s’adresse à elle, et rien qu’à elle.

Finalement, la rencontre extraordinaire aura eu lieu, quelques années plus tard. Des émotions d’avoir vécu une aventure extraordinaire ensemble, d’avoir construit un lien, une histoire entre un médecin, un couple et la technologie de pointe. Des visites qui commencent par une poignée de main, des souvenirs intenses, des photos échangées de sourires d’enfants.

vendredi 20 mars 2009

Mot de MM2

Il est 6 h 30.
MM1 dort encore.
MM2 est déjà levée, toute en activité.

Le Prince vient d'ouvrir le volet de leur chambre, il fait jour à présent.

MM2 court dans la salle de bain me chercher :

- Viens maman, viens vite !

- Qu'est-ce qu'il y a, lui demandé-je en la suivant dans sa chambre.

Elle me montre alors les cheminées des maisons voisines qui fument et me dit sur le ton de la confidence :

- Regarde, ça cuit.

mardi 17 mars 2009

Une drôle de compagnie...

La construction du mur avait commencé très tôt, je dirais entre 4 et 6 ans. Chaque entaille, chaque blessure donnait lieu au même rituel, à savoir la pose d'une brique à côté de la précédente.

Construire un mur en cercle n'était pas chose aisée, alors j'avais opté pour un carré, et l'idée des coins me réjouissait énormément. Une fois le contour délimité, j'ai longtemps jouï d'une étrange liberté, celle de sauter au-delà de mon mur, qui à cette époque-là, n'était pas bien haut. Sortir de mon carcan pour m'y réfugier aussitôt que je le désirais.

Il vint un moment où sauter au-dessus devint plus difficile et je devais faire plus attention, pour l'enjamber sans me blesser. Un peu plus tard, à l'adolescence, la pose des briques était quotidienne, et le mur a grandi très vite, jusqu'à m'emprisonner pour de bon.

Bien sûr, je voyais toujours la lumière, bien sûr, je trouvais chacun des 4 coins de cet enclos rassurant, et bien sûr lorsqu'on m'a fait parvenir des outils pour casser mon mur rapidement et me rendre ma liberté, j'ai commencé par refuser.

Et j'ai continué à refuser, préférant démonter chaque brique une à une en tentant de me souvenir pourquoi et quand je l'avais posée. J'étais redevenue libre, physiquement du moins. J'aurais voulu me débarasser des briques pour de bon, mais je trouvais la liberté si difficile que je n'osais même plus les toucher, de peur sans doute, de reconstruire le mur, très vite.

A défaut de mur, c'est la maladie qui est venue s'installer, m'encercler et me tenir. J'ai arrêté de croire au hasard et lorsque le spécialiste me parlait de ma nouvelle réalité, je pleurais de tenir le fil entre mes mains. Je m'en voulais terriblement d'avoir affaire à un nouveau mur alors que je venais juste de me séparer du premier.

Cette maladie, le diabète, tient une place particulière dans ma vie. Elle ressemble à une soeur, qui m'embête et me cherche, me provoque un peu, une soeur taquine, jouette et devient, le moment venu, cette soeur qui dira les maux pour moi, quand je suis incapable de les formuler.

L'insouciance est un trésor immense, une bulle de cristal, un souffle de vie...

lundi 16 mars 2009

Envie de changement...

Alors, votre avis sur la nouvelle déco ?

Valérie Damidot, sors de ce corps !!!

vendredi 13 mars 2009

En décomposition

- Mamaaaaannnn, ze veux un bonbon, me demande gentiment MM2.
- (petit sifflement), rhooo pas maintenant ma chérie, viens plutôt voir le chat avec moi ...
- Nan, ze-veux-un-bon-bon main-nan !
- C'est comme ça qu'on parle à sa maman ? (Non, parce que faut pas pousser quand même)
- Ze-peux-avoir-un-bonbon-aplait-maman-arie ? (arie veut dire chérie, vous l'auriez compris)
- Alors écoute, tu manges d'abord une pomme, puis je te donne un bonbon, c'est d'accord.
- Ouiiiiii.
J'épluche, je coupe et pose dans un petit bol, parce que MM2 adore transporter sa nourriture et manger tout en faisant autre chose. Puis, j'avoue, ça m'arrange, car pendant ce temps-là, je vaque à mes p'tites affaires (comprenez "affaires ménagères" la plupart du temps).

Le temps passe et MM2 me rapporte son petit bol vide : "a tout fini maman ! ze peux avoir mon bonbon main-nan ?"
Bien sûr qu'elle y a droit, la brave, non seulement elle a tout mangé, mais en plus, elle me ramène son bol, même que si je lui avais demandé, elle l'aurait rangé dans le lave-vaisselle ! Tiens, pour la peine, elle en aura 2 ! Et un bisou, non, 2 aussi.

Quelques jours passent...

Mémère range les jouets des filles, style, elle sort tout, trie, nettoie, range. Une piqûre de propreté à l'approche du printemps. Une odeur suspecte ... très suspecte ... et 3 quartiers de pomme et demi planqués dans les verres de la dinette.

Elle m'a eue, et pas qu'un peu.

jeudi 12 mars 2009

De la douceur, bordel !

Dans ma vie de maman, il y a une chose dont je ne suis pas fière : la durée des journées que je fais passer à mes filles. Je suis la première maman à la garderie le matin, et la dernière le soir. Et les millions de câlins qui suivent n'effacent ni l'absence, ni le manque, ni cette redoutable fatalité : c'est comme ça.

Alors, c'est sûr, des millions de gamins vivent en voyant cent fois moins leurs parents que mes filles, c'est sûr aussi que des millions de gamins passent plus de temps avec leurs parents, mais ce temps ne leur est quasiment pas consacré, et c'est sûr aussi qu'on ne meurt pas d'aller en garderie le matin, et le soir.

Non. C'est vrai.
Mais passer l'hiver à réveiller deux petites filles aux aurores alors que leur petit corps est encore plongé dans les doux bras de Morphée, ça m'a épuisée moralement.

MM1 d'ailleurs me demande chaque matin si c'est une petite ou une grande journée aujourd'hui. La petite journée, c'est le mercredi, les grandes journées sont celles où il y a garderie matin et soir.

Aujourd'hui, c'était une moyenne journée. Devant l'air circonspect de ma fille, je lui ai alors annoncé que je viendrais les chercher, elle et sa petite soeur, à la sortie des classes. Elle a sauté de joie et m'a collé un énorme bisou me rappelant au passage qu'elle m'aimait. Elle se trouvait jolie ce matin, et n'a cessé de nous le dire, tout en se mirant dans la glace. Puis, elle s'est retournée et m'a expliqué combien elle détestait les grandes journées, parce qu'il arrive un moment où "papa et maman me manquent dans mon coeur" et là, "je deviens toute triste".

J'ai posé mon fond de teint et lui ai rappelé la magie de l'amour, à savoir que même séparé, on est ensemble, je lui ai raconté le lien invisible mais si fort qui unit une famille, et que toute la journée, elle était dans mon coeur à moi aussi.

"Oui, je sais, mais tu me manques quand même..."
"Et si on se prenait en photo, papa et moi et qu'on imprimait cette photo, si tu la gardais dans ton cartable, penses-tu que cela t'aiderait à vivre mieux le manque ?"
"Oh oui, mais on l'imprimera sur l'ordinateur ? Je pourrais essayer ?"

Cet après-midi, j'ai eu le bonheur de vivre ce que des millions de mamans vivent au quotidien : une parenthèse dans mon planning, une pause tendresse. On s'était assises toutes les trois autour de la table pour le goûter et on se racontait notre journée.

"En tous cas, ça me fait très plaisir de pouvoir venir vous chercher à l'école, j'aime ça".

Et MM1 de prendre sa toute petite voix tristoune :

"Oui, mais moi, je préfère rester à la garderie, parce qu'au moins, je peux jouer avec mes copines..."

J'ai failli m'étouffer, mais il n'en fut rien. Stoïque, j'ai fini par bénir cette adorable femme qui s'occupe des garderies : grâce à elle, je n'aurai même plus besoin de culpabiliser de temps en temps !

mercredi 11 mars 2009

La générosité selon MM2

Y’a pas à dire, la nourriture tient une place de choix dans le cœur de ma petite fille. Hormis quelques plutôt rares fois où elle décrète « zaime pas, ze veux pas » et où elle repousse son assiette en boudant, elle est plutôt silencieuse à table, concentrée sur son assiette, triant les couleurs et souvent, me laissant ce qui est vert.

Connaissant l’asticot, je ne me braque surtout pas, ça va passer, c’est une période, et réduit en purée, tout passe de toute façon.

MM2 réclame souvent à manger. Elle est capable de réclamer une tartine 20 minutes après être sortie de table par exemple, et va systématiquement demander un 3e biscuit, une 2e part de gâteau … et tout manger bien sûr. Si on n’y prenait garde, elle pourrait manger toute la journée en fait. Et dire qu’on sent toujours ses côtes et que son baby speck est quasi insignifiant… pourvu que ça dure.

MM2 sait partager, mais à sa façon. Si je fais mine de m’intéresser à son biscuit, à son gâteau, à sa tartine, elle va me hurler un NON violent et ferme qui me fera reculer d’un pas au moins. On rentre alors dans un jeu où je demande un bout, tout petit, et où elle refuse plusieurs fois et je capitule, tant pis, ma foi…

C’est là qu’elle revient vers moi, tout sourire, me proposant alors un bout, pas si petit finalement, qu’elle semble heureuse de partager avec moi : « c’est bon, maman ? » me dit-elle enfin, ses yeux rieurs et complices.

Bien sûr je la remercie et oui, c’est bon, mais …

Parce qu’il y a un mais …

Pourquoi m’offre-t-elle toujours le bout tout mâchouillé, celui bien pâteux qui n’a plus ni forme, ni consistance ? Des fois, je me sens maman-poubelle, et quand MM2, en cachette, s’empresse de tremper sa tartine dans le jus d’orange juste avant de m’offrir le bout trempé, ça la fait bien marrer de me voir recracher le bout de pain, l’air dégoûté.

MM2 est un clown. C’est ma seule certitude ce jour.

Et quand on me dit au bout de 3 jours d’école, qu’elle est sage « comme une image », la maîtresse ne sait pas quelle chance elle a. Pourvu que ça dure…

dimanche 8 mars 2009

Tchin !

Je n'ai pas beaucoup d'admiration pour celle, ou pour celui qui sourit, l'air gêné, et prononce un "non merci" en se touchant le plexus, ou en repositionnant son chemisier lorsqu'on lui tend un plat de chips pour l'apéro.

Ce refus peut cacher de multiples raisons, avouables ou non, peu importe finalement. Les unes comptent mentalement les points qu'il leur en coûtera si d'aventures, elles se permettaient une poignée de cacahouètes, tandis que les autres visionnent les horreurs chimiques et moins chimiques qu'on ingurgite lorsqu'on se laisse tenter par ces petites saucisses apéritives. Certains sont soumis à un régime strict, et d'autres s'imposent une discipline de fer devant autrui, et se retrouvent seuls, face à eux, pour manger des crasses, dans la honte, le dégoût, et jamais loin des toilettes.

Puis, il y a ceux pour qui manger rime avec plaisir, et le plaisir commence à l'apéro, qu'il soit sain et coloré de petits légumes et autres tapenades, guacamole et houmous, ou décliné sur le mode chips, cacahouètes et saucisson de montagne, et qui goûtent et re-goûtent et qui re-goûtent encore, se léchant les doigts et le sel laissé sur leurs lèvres. Ceux qui refusent de compter les points, remettant leurs bonnes intentions au lendemain, culpabilisant un peu d'avoir exagérer, amis si peu...

Et puis, il y a les courageux, les vrais de vrai, ceux à qui je fais part de ma plus profonde admiration, ceux qui parviennent à prendre un chips, un seul chips, et le déguster, sans jamais plus plonger la main dans le plat, quelle que soit l'heure ou leur état de famine qui anime leur estomac. Ceux-là, qui ont le goût salé en bouche, le goût si savamment étudié par des accros du marketing, et qui parviennent à le laisser s'estomper sans succomber à l'appel du suivant...

Je comprends pas. Comment font-ils ?

mardi 3 mars 2009

Tiramisu et vieille dentelle...

Elle avait l'air de survoler un peu tout, comme si rien n'avait vraiment d'importance, comme si aller au bout des choses lui demandait un effort trop violent. Elle devait nous parler d'un événement, d'une chose dont elle était fière, que ce soit d'avoir fabriqué un vase en terre glaise de ses blanches mains ou d'avoir mené un trekking au Népal seule dans des conditions difficiles, il fallait qu'elle partage avec nous un épisode rempli de fierté.

C'était un exercice.

Elle avait l'air d'une ado pas très impliquée et derrière ses débuts de fous rires et de « heu, chépa quoi dire... humm, han, ffff », on pouvait y voir une petite fille devant son maître, qui n'a pas appris sa récitation mais qui pense que les mots vont surgir d'une dimension inconnue.

Elle a énuméré ses bonnes notes dans des modules informatiques et a évoqué le fait d'aimer cuisiner, entre autres, un tiramisu, apprécié par toute sa famille. Elle se marrait, consciente de passer à côté de l'exercice, consciente de l'image qu'elle nous projetait d'elle.

Alors j'ai gratté un peu, résumant la petite somme de fiertés qui caractérisait sa vie.

Et l'ado s'est figée. La petite fille a disparu. L'adulte est apparue, enfin. Elle s'est excusée de plomber l'ambiance, a pris une respiration profonde, et les larmes aux yeux, sans jamais en verser une seule, elle nous a confié avoir accompagné sa maman, atteinte d'un cancer, vers la mort. Elle s'est retrouvée, avec son papa et ses soeurs, à veiller cette femme qui lui avait donné la vie, à entourer sa plus jeune soeur, à tisser des liens d'une rare intensité, à révéler une force qu'elle ignorait avoir en elle.

Mon crayon s'est posé. Je la regardais, ses deux pieds avaient enfin trouvé leur place dans le sol, elle avait cessé de gigoter dans tous les sens. Son regard posé, son visage détendu, elle était visiblement soulagée d'en parler. Sa fierté, c'est d'avoir fait face, d'avoir accepté l'issue fatale et d'avoir profité de sa maman jusqu'au bout, de l'avoir accompagnée sans faux semblant, d'avoir passé outre la difficulté de la déchéance physique, et celle des places inversées. Elle a pris soin d'elle avec une tendresse infinie.

Il était décidément bien loin son tiramisu.

Nos regards bienveillants vers elle l'ont aidée à se rendre compte de la force qui l'avait animée pour traverser cette expérience douloureuse. Elle en était changée à tout jamais, et on le comprend.

Certains étaient très émus de la découvrir sous cet angle, cette fille qui survolait un peu tout, comme si rien n'avait vraiment d'importance. De fait. Elle se retrouvait un peu anesthésiée, en proie à des émotions particulières, violentes et déroutantes. Pas vraiment en phase avec le chemin qu'elle avait décidé de prendre en venant chez nous.

Y'a encore du boulot, mais quelle aventure ! C'est une porte immense qui s'ouvre.

Depuis, quand j'y pense, je me dis que jamais je ne pourrais vivre cela avec ma mère. On se quittera un jour, sur des non-dits, sur des incertitudes, sur des images floues, des souvenirs effacés. J'ai déjà fait mon deuil de tout ça. Mais demain, tout devient possible. C'est rassurant de penser qu'on est le parent qu'on veut être.