samedi 28 juin 2008

Mais où vais-je, sérieusement ?

J'étais venue tailler le bout d'gras au sujet de la loi de Murphy, et finalement, grâce à Wikipédia, c'est Finagle qu'on va évoquer :

Si quelque chose de mal peut se produire, cela arrivera.

Elle me plaît bien, celle-là.

Au mois de juin, Mémère Cendrillon prend une année de plus, perd un peu d'élasticité au niveau du ventre, des cuisses et des seins, et accessoirement, reçoit des cadeaux et des sous.

Cette année, les sous ont été investis dans un nouveau canapé, et ce, après mûre réflexion. Le canapé avait presque 15 ans, et avait subi les régurgitations terribles de MM1, les étalages de chocolat de MM2, les griffes du chat, et j'en passe.

Et ce, même si la machine à laver s'était montrée capricieuse, il y a quelques mois, m'obligeant à fermer le hublot plusieurs fois d'affilée avant que ne s'enclenche la sécurité et qu'elle ne démarre. Oui, mais depuis, elle s'était calmée, et Mémère espérait secrètement la garder encore quelques mois, au bas mot.

Et l'achat du canapé fut décidé. Oui, mais lequel ? Avec MM2, on n'a pas hésité longtemps. C'est la reine de la bêtise, la princesse de la désobéissance, la déesse du NON. C'est l'âge, certes, mais une petite voix intérieure me dit que la phase va durer, un peu au moins. Ce sera donc un canapé de chez Ikea-sans-regret-si-tu-dessines-dessus, quoique.

Le Prince a organisé le transport dudit canapé un samedi. Il a fallu apprivoiser la bête, rechercher une position adéquate, placer le p'tit coussin au bon endroit et trouver le bon angle pour zieuter le foot d'un oeil tout en tapotant le clavier de l'ordinateur. Ce fut chose faite le soir même.

Le lendemain soir, à peine 24 heures après l'arrivée du nouvel occupant du salon, la machine à laver, jalouse, qui affichait "temps restant : 20 minutes", s'est coincée à ce stade-là précisément. A 22h20, il lui restait 20 minutes de programme, à 23h30 idem. Même qu'elle a refusé d'essorer, la vilaine.

Elle l'a senti et s'est vengée. J'en suis sûre.
Il a fallu ne pas s'énerver, ce dimanche soir-là, et appeler le Prince à l'aide, lui expliquer les rudiments de la machine, histoire qu'il ne passe pas 45 minutes à tester tous les programmes alors que je connais chaque bouton par coeur. Par chance, on a récupéré le linge prisonnier de l'essorage, et en grugeant un peu, on a pu l'essorer, mais à quel prix, si on s'accorde sur le principe que le temps, c'est de l'argent !

Bref, on n'a pas eu vraiment le choix, et le samedi suivant, pestant contre la mauvaise qualité de l'électro-ménager construit pour ne pas durer plus de 10 ans, Mémère a poussé la porte du magasin.

- Bonjour, je cherche une machine à laver, une pas cher parce que de toutes façons, elles ne tiennent pas plus de quelques années, une qui lave bien, qui a cette option-là et cette option-là, une qui ne consomme pas trop, ni en eau, ni en électricité, parce que je fais quand même 7 lessives par semaine, vous avez un truc qui ressemble à ça ?

- Bonjour, alors dans votre gamme de prix, on a celle-là, mais elle consomme autant, ou celle-là qui n'a pas cette option, ou celle-là dont le service après-vente est très peu commercial, enfin, entre vous et moi... ou bien celle-là, mais elle est très bruyante ...

- Et une machine qui correspond à mes attentes ?
- Vous avez celle-ci, mais elle est un peu plus cher. Mais elle consomme 1/3 moins d'eau que celle-ci, elle a toutes les options que vous m'avez citées, et elle est hyper bien cotée.
- Bon, ok, c'est bon, je la prends (Waouhhhhh, elle est ma-gni-fique, mais un "peu" plus cher, c'est quand même mon budget * 1,5 !!!)

5 minutes, affaire conclue. Il me prend d'hésiter 3 heures devant le t-shirt jaune ou rose à 6,90 € pour MM1, le prenant, le redéposant, quittant le magasin pour finalement y revenir, mais parfois aussi, il m'arrive de faire un choix en quelques minutes. En général, plus le montant est important, plus c'est simple, parce que l'achat était "prévu" et non impulsif ou compulsif.

Soit. La machine a pris ses marques chez nous, et moi, je ne cesse de m'émerveiller devant ce bijou de technologies. Je m'étonne quand même de ne pas avoir trouvé l'endroit où connecter mon PC.

Avec MM2 à mes côtés, je me suis installée sur les marches qui mènent vers ma cuisine, et je me suis surprise à regarder le linge tourner, 2 fois à droite, 2 fois à gauche, et on recommence. MM2 a trouvé passionnant de reconnaître le linge à travers le hublot, et son propriétaire. Et moi, j'ai soupiré, presque contente que l'autre nous ai quittés ...

mercredi 25 juin 2008

Le jour va bientôt se lever...

Le téléphone avait sonné en pleine nuit, les sortant d'un sommeil profond. Ils ne s'étaient ni parlé, ni regardé, mais tous deux savaient que l'instant était grave. La voix les informa qu'on les attendait dans un hôpital à une centaine de kilomètres de chez eux.

Le médecin les attendait. Avant de les mener au chevet de leur fille, il voulait leur expliquer son état, mais ils n'écoutaient pas, surtout elle. Elle tremblait et ne semblait pas comprendre la portée des mots du médecin. Tout se mêlait dans sa tête et ses oreilles se mettaient à bourdonner.

Elle semblait si paisible dans ce lit. Une grosse machine, un tuyau dans la gorge indiquaient qu'il se passait quelque chose d'important, mais son visage était détendu, comme si elle s'était endormie quelques heures auparavant.

Elle s'approcha de sa fille et lui caressa les cheveux, colla sa joue remplie de larmes contre ce visage tant aimé, tant de fois consolé, si connu, si doux, si beau, si jeune. Elle noya ses mains dans la chevelure noire de son enfant devenu grand, et à l'instant redevenu son bébé. Une déchirure profonde lui retournait le ventre, comme si une force invisible lui arrachait ses entrailles.

Ce visage blême, ces cheveux noirs, ces lèvres rouges.
Blanche-Neige avait croqué la pomme empoisonnée offerte par sa belle-mère déguisée en vieille femme et s'était effondrée dans la forêt. Les nains la retrouvèrent inanimée, et la veillèrent, des jours durant, à tour de rôle, jusqu'à ce jour miraculeux où un Prince, subjugué par tant de beauté, déposa un délicat baiser sur les lèvres de la jeune femme endormie, qui eut pour effet de la réveiller. L'image de la fin étant ce Prince qui emmène sa promise, la portant délicatement dans ses bras.

Elle la couvrit de baisers, tant elle refusait d'imaginer qu'elle ne puisse pas ouvrir les yeux. Elle posa sa tête sur la poitrine de sa fille et se jura d'attendre qu'elle se réveille. Les spasmes causés par ce sanglot long et douloureux la transportaient dans un autre lieu, elle se voyait courir dans la forêt, à la recherche des nains, du Prince, et de cette femme qu'elle aurait étranglée de ses mains.

Lui était resté près de la porte, muet de peur, de chagrin. Le médecin avait commencé à parler de cette machine qui donnait l'illusion du sommeil, qui cachait la mort. Son cerveau était déjà mort, lui, plus personne ne s'en occupe à présent.

Il regardait ces parents que la vie venait de briser d'un coup d'épée, de sabre, de feu, de téléphone. Il aurait aimé les laisser seuls, leur laisser le temps d'apprivoiser la terrible nouvelle mais un autre combat allait naître, aussi puissant, aussi terrible que celui-ci qui prenait fin.

Il avait compris ce père aimant, il s'approcha de sa femme et la prit par les épaules, la prit dans ses bras et la serra aussi fort que possible. Il voulait qu'elle ne puisse pas s'échapper, qu'elle reste droite et attentive tant ce qu'il avait à lui dire allait la transpercer de douleur.

C'est fini. Mais … les mots restaient en suspens, accrochés dans sa gorge si nouée qu'elle semblait se paralyser. C'est terminé, mais tu te souviens de cette discussion que nous avons maintes fois eue sur le don d'organes ?

Il la serra fort, car il sentait ses jambes se dérober, il sentait qu'elle allait tomber. Comment penser un instant que cet être d'amour, que cet enfant qu'elle avait porté et qui gisait là, si paisible, sans aucune égratignure, sans aucune trace apparente d'un quelconque traumatisme, allait être ouverte, puis recousue négligemment.

Pourtant, ils étaient sur la même longueur d'ondes. Tous deux avaient leur carte de donneur dans leur portefeuille. Mais à ce moment précis, il ne la sentait pas capable de dire oui, de sauver d'autres vies. Mais le temps passait, ce précieux allié dans la bataille pour la vie d'autres inconnus.

Il lui a murmuré à l'oreille les mots qu'elle-même avait prononcés à ce sujet, ce discours qui le rendait fier, cette force qu'elle avait en elle. Il lui a rappelé et l'a menée, lentement, vers les documents à signer. Elle apposa une signature approximative, sa main tremblait trop, ses yeux remplis de larmes l'empêchaient d'y voir clair.

Aucun nain ne viendrait la veiller, aucun prince ne viendrait la réveiller. On venait de lui prendre sa fille et toute possibilité d'espoir, on venait déjà la chercher, et c'en était trop.

Mais à quelques centaines de kilomètres de là, un coup de téléphone, en pleine nuit, venait annoncer la promesse d'une vie nouvelle, meilleure, une vie normale, après des années de souffrance. Des milliers de mercis venaient alors de s'envoler vers ces parents inconnus, qui allaient atténuer la peine ressentie par ce déchirement bien trop brutal. Des milliers de mercis allaient faire apparaître le soleil qui viendrait sécher les larmes et graver la vie dans leurs cœurs.

lundi 23 juin 2008

Promenade ...

Pourquoi, mais pourquoi Ikea prévoit un cornet de glace dans son menu enfant ? Y'a un buffet rempli de desserts, y'a des dizaines de gâteaux, de biscuits, de tartelettes à imaginer, mais pourquoi faire compliqué quand il suffit de brancher une machine, la remplir d'un gros bidon de glace goût vanille et de distribuer à chaque enfant le cornet vide sur le plateau.

Le cornet trône donc sur la table le temps du repas. Il faut donc composer entre le "j'aime pas ça" et le "c'est quoi, ça", les jeux tout autour remplis d'enfants la bouche pleine de frites et de mayonnaise, et l'appel du cornet. La glace, c'est le dessert, et un dessert, ça se mange après le repas, tu comprends ?

Bien sûr qu'elle comprend. N'empêche, la maman là-bas, elle veut bien que son petit garçon aille jouer pendant le repas, même qu'elle court derrière lui avec sa fourchette, t'as vu maman ?

Nan, j'ai rien vu, et je veux rien savoir. Je veux rentrer à la maison, digérer mon repas et ma facture et surtout, ne plus devoir courir après vous.

Maman, y'a mon ventre qui me dit qu'il n'a plus faim…
Chérie, dis à ton ventre de manger encore 3 fourchettes s'il te plaît.

Maman, je peux sortir de table et prendre ma glace ?
Chérie, tu attends que ta sœur ait fini son repas et papa ira chercher votre glace.

Glace ? MM2 a entendu le mot magique. La voilà qui relève la tête de son assiette et qui louche sur le cornet qu'elle avait pourtant fini par oublier. "Gaaaaaaaace" crie-t-elle, telle une affamée, en repoussant l'assiette encore bien garnie.

T'as vu, Maman, ma sœur, son ventre n'a plus faim non plus.
Les filles, si vos ventres n'ont plus faim, on va oublier la glace, ok ?
Nooooooonnnnnnnnn, je veux une glace !!
Gaaaaaaaaace !!!!!!!

Le Prince revient avec les glaces tant attendues, et moi, je repère vite fait le distributeur de serviettes, tant l'entreprise semble risquée. C'est dit, c'est écrit, je me greffe des bavoirs dès demain.

On ne les entend plus. Mais cela ne dure que quelques minutes. Bientôt, MM1 brise le silence "maman, on peut aller jouer ?"
"Quand tu auras fini ta glace"
"Mais non, je veux jouer pendant que je mange ma glace-euh"

Pendant ce temps; la Prince et moi aidons considérablement à "gagner du temps" et à sauver les vêtements des filles. Viens par ici, maman va t'aider, et sluuuurp, une couche en moins.

Maman, je ne veux plus ma glace, j'ai mal au ventre.
Tiens Papa, ma glace.

Quant à MM2, elle découvre que la glace, ça fond, et qu'elle peut ainsi jouer au Petit Poucet, à laisser des gouttes blanches au sol. Je suis sauvée, si elle s'enfuit, je la retrouverai, c'est sûr.

On était parti voir un repose-pied.
On a vu un repose-pied, on a acheté un repose-pied et des rideaux, et 2 pelles pour les filles et des serviettes et une tringle pour les rideaux, sinon, c'est pas la peine.

Chez Ikea, les enfants sont rois, les parents dans le rouge. Dire qu'après, faut encore tout monter…

jeudi 19 juin 2008

Sang rouge ou bleu ?

Jeudi dernier, j'ai dû emmener MM1 au laboratoire de l'hôpital pour y faire une prise de sang, afin d'essayer de comprendre pourquoi elle chauffait tant et depuis si longtemps. C'était la toute première confrontation de MM1 avec le monde hospitalier, et pour ne pas la prendre au dépourvu, je lui ai brièvement expliqué, la veille, qu'on irait, elle et moi, au laboratoire, prendre un petit peu de sang dans son bras pour savoir quel méchant virus elle était en train de combattre ou pire, quelle vilaine bactérie la mettait KO.

Elle n'a pas eu l'air de percuter plus que ça, et moi, je n'ai pas trop insisté, voulant préserver à tout prix ma nuit, que je désirais sereine et entière, et non ponctuée de "Maman, je sais pas dormir pasque j'ai peur pasqu'on va prendre mon sang..."

Mais au petit réveil le lendemain, il a fallu lui expliquer, à ma grande fille de 3 ans et demi, qu'elle allait devoir retarder son petit déjeuner et supporter les clowneries de sa soeur, qui poussait des hurlements de plaisir à chaque enfournage de tartine dans sa bouche. Pour détourner son attention toute relative, je me suis mise à lui raconter comment les choses allaient se dérouler, et j'en ai profité pour lui coller un patch anesthésiant dans le creux du bras, en priant pour qu'on trouve bien une veine à cet endroit-là.

MM1 est dans sa période "princesse". Est forcément beau ce qui est rose, brillant, qui s'apparente à une robe de bal, bardée de frou-frous de toutes sortes avec des paillettes, surtout des paillettes. Une princesse est grande, blonde, avec des longs cheveux qui brillent et qui tournent aussi (synchro avec la robe). Ce n'est que depuis quelques jours qu'elle commence à accepter l'idée que Yasmine, fille du Sultan d'Agrabah et future épouse d'Aladdin puisse elle aussi être une Princesse, tant ses cheveux sont noirs, tant sa tenue ressemble à un pantalon.

Je ne sais pas pourquoi elle est si fascinée par les princesses; je vais avouer n'avoir jamais vu tous ces dessins animés, j'ai les cheveux courts, très foncés, la peau mate, le ventre mou (et y'a pas que ça !), je ne mets quasiment jamais de jupes, ni de robes, et quand je danse, c'est plus pour parodier une chanteuse à la mode que par conviction.

Tout ça pour dire que sans m'en rendre compte, j'ai "imaginé" la scène de la prise de sang, et pour rassurer MM1, je me suis surprise à utiliser des phrases telles "la gentille infirmière, toute douce" etc.

- Et elle a des longs cheveux, la jolie infirmière, maman ?

Heureusement, elle a dormi une bonne partie du trajet. Elle a finalement dû se dire qu'elle allait voir une princesse. Sauf que quand on a appelé son nom, la voix ne présentait aucun des attributs paillettes tant convoités. Et la miss a sauté dans mes bras, lorsqu'elle a vu l'infirmier, grand, large, et archi-poilu lui faire un énooorme sourire et l'inviter à s'asseoir dans le fauteuil.

Comment dire... Je me suis sentie nulle. Je connais bien ce labo et l'ours en question était vraiment impressionant physiquement mais s'avérait de loin le "meilleur piqueur" devant les infirmières-princesses. Mais ça, je ne lui avais pas dit, et elle n'aurait pu l'imaginer.

MM1 aime les paillettes, mais surtout, elle adore me tartiner de honte avec des réflexions déplacées dans des lieux inappropriés. Et là, bingo, ça n'a pas loupé. Elle n'a pas pleuré, juste hurlé bien fort et donc bien distinctement "noooooonnnn, pas lui, il est tout moche le mossieur, je veux pas lui s'il-te-plaît-maman-chérie".

Ni une, ni deux, la belle n'a même pas eu le temps d'avoir mal, tant l'ours était le nounours de la piquouze. Elle n'a pas voulu lui dire ni merci, ni au revoir.

Moralité : faut vraiment que je calme ses élans bling-bling, ça dérape niveau politesse et puis, c'est vraiment trop cliché !

mercredi 18 juin 2008

Avis d'expropriation

Monsieur Cauchemar,

Depuis quelques mois, ma petite MM2, résidant dans le lit à barreaux en bois lasuré vieux rose/écru de sa chambre, passait d'agréables nuits, sans doudou ni tutute, ne réclamant même plus le sein, ni à minuit, ni à 2 heures. Cette trêve était tombée à pic et m'avait permis de retrouver un peu d'énergie tant à la maison qu'au boulot.

La situation, si paisible jusqu'à présent, est en train de prendre une fort mauvaise tournure. J'ai pu constater cette nuit, que vous veniez semer le trouble dans l'esprit de ma petite. J'ai vu de mes propres yeux la terreur dans son regard et ses bras levés vers moi, tout tendus d'angoisse.

Certes, vous n'êtes pas le seul responsable. Mesdames les canines ont décidé de se pointer toutes ensemble, occasionnant là certainement des douleurs dont je ne me rappelle même plus l'intensité, mais qui, aux dires de ma dentiste, peuvent être d'une violence insoupçonnée.

Si mes doigts magiques de maman peuvent soulager les douleurs dentaires, elles ont bien plus de mal avec vous, Monsieur Cauchemar. Et même si je conçois qu'il est d'usage de venir chatouiller l'esprit des petits de presque 2 ans la nuit, je vous saurais gré de lui ficher la paix au plus vite, afin de m'épargner des nuits terribles où je dois partager ma couche avec le Prince qui traîne son rhume et qui a une tendance à ronfloter et une fille qui se bat contre vous.

Ayez pitié d'une pauvre mère de famille qui ne demande que 6 malheureuses petites heures de sommeil ininterrompu par nuit, afin d'être juste présentable devant son public le lendemain et d'éviter de bafouiller et de voir les mots s'emmêler devant ses yeux trop fatigués.

Je ne doute nullement que vous parviendrez sans aucun souci à trouver un autre bébé à terroriser, une autre maman à épuiser. Quoiqu'il en soit, je compte sur vous pour nous laisser tranquille, et ce, dès à présent.

Je vous prie d'agréer, Monsieur Cauchemar, bla bla bla.

Mémère Cendrillon crevée.

dimanche 15 juin 2008

Symptômes sucrés

C'est comme si j'avais bu : j'ai la tête lourde, endolorie, la tête qui tourne, le regard pas très net, la vision pas très claire, et une énorme fatigue envahit tout mon corps, m'invitant fortement à m'asseoir, voire à m'allonger, tant le sommeil me gagne.
Pourtant, je n'ai pas bu.

C'est comme si j'allais tomber endormie, comme si j'avais enlevé mes lunettes et que je devenais sourde, mes yeux picotent, et parfois même, je sens mon coeur qui bat dedans. C'est à ce moment-là qu'il est difficile de conduire, tant l'envie de déconnecter est forte.
Pourtant, je dois rester éveillée.

C'est comme si j'allais mourir de soif. La bouche pâteuse et toute sèche, je pourrais avaler des litres et des litres d'eau. Mais je suis si fatiguée que sentir un lac dans mon ventre m'indispose encore plus. Au bout de quelques longues demi-heures, mes lèvres sont toutes gercées.
Pourtant, j'ai soif et je continue d'humecter les lèvres de ma bouche qui continuent à se gercer, inexorablement.

Ce sont les signaux que m'envoie mon corps lorsqu'il baigne dans le sucre. Je visualise alors intérieurement mon sang épaissi qui circule moins bien et qui irrigue moins vite mes cellules. Cet état désagréable fait de moi la femme que je redoute, en proie à une impatience exagérée, à une hyper-réactivité déplacée, à une humeur bien trop mauvaise.

Ces moments pénibles me rappellent la maladie, le contrôle, l'obligation de me soumettre à une hygiène de vie importante, et de réguler le thermo-stress intérieur. Pourtant, il faut continuer à assumer les mêmes choses, de la même manière, parce que ces signaux sont difficilement repérables par autrui.

Cela fait un peu plus de 48 heures que je suis dans cet état, et il me tarde d'en sortir...

vendredi 13 juin 2008

Sur le quai

Je suis entrée si doucement qu'elle ne m'avait même pas entendue. J'ai cru qu'elle s'était assoupie, espérant ainsi faire passer plus vite le temps qui semblait s'être arrêté dans cette chambre, dans cette résidence, où tout allait lentement, où on parlait fort, où on entendait pleurer parfois.

Mais elle ne dormait pas. Ses yeux étaient bien ouverts, même si la cataracte déjà opérée pourtant, était revenue et donnait un aspect vitreux à ses yeux las de la vie. Je me suis penchée, délicatement, pour l'embrasser et sentir cette peau flasque et complètement détendue et pourtant si douce, si aimante, qui sentait le savon et l'eau de cologne vieillie.

Elle n'a pas voulu de mon étreinte, elle m'a repoussé du bras, exactement comme si je l'empêchais de voir la seconde fatidique d'un téléfilm à suspense. Mais la télé était éteinte.

Elle attendait le train sur le quai d'une gare et regardait fixement l'horizon, de peur de le manquer. Elle devait aller chercher sa petite-fille, Cendrillon, à la crèche, et cette mission ne souffrait ni retard, ni détours.

Mais c'était moi, Cendrillon, je n'avais plus 2 ans, mais la vingtaine plus qu'entamée, et voilà que cette grand-mère, si heureuse de me voir quelques jours auparavant, comme à chaque visite, me prenait pour un certain Raoul qui la gênait affreusement.

Alors, je me suis assise et j'ai attendu le train avec elle. Je scruttais l'horizon, moi aussi, et je me concentrais pour ne pas pleurer, parce qu'elle semblait heureuse d'aller me chercher à la crèche. Elle me parlait comme on parle à une inconnue qu'on croise dans une salle d'attente. On parle pour briser le silence, pour passer le temps, même si on ne se dit rien d'important.

Quand il fut l'heure de la quitter, je me suis levée et lui ai dit de ne pas s'inquiéter, que son train allait arriver, que sa petite-fille Cendrillon serait très heureuse de la voir, que c'était la meilleure des grands-mères. Je l'ai embrassée, et elle s'est laissée faire.

Je me suis engouffrée dans ma voiture pour pleurer. Je venais de la perdre. De lui dire au revoir et de commencer mon deuil. Elle ne m'a plus jamais appelée par mon prénom.

mercredi 11 juin 2008

L'euro pas vraiment symbolique

Je devais être sourde ou bien dans la lune pour ne pas avoir réalisé que ce mois de juin allait être ponctué de nombreux matchs de foot et d'une finale de la Nouvelle Star.

Depuis quelques jours, la politique, la météo et même le pouvoir d'achat ne font plus la une, on préfère parler des performances toutes relatives de l'équipe de France, des performances hollandaises et j'en passe tellement j'ai dû mal à imprimer qui joue dans quelle couleur.

Non, vraiment, on n'est pas foot, ici. Mais le Prince aime regarder les Bleus d'un oeil et écouter les commentaires des « pros » d'une oreille. Et donc, on partage. Et moi, au bout de X matchs, je n'y comprends toujours rien, ni le vocabulaire, ni les règles du jeu.

D'ailleurs, à voir les joueurs « souffrir » sur le terrain, je m'interroge même sur leurs motivations, quand on sait le salaire d'un joueur de foot, dont le métier est de s'entrainer à courir derrière un ballon et de le diriger dans un espace restreint appelé « but » ou « goal », aidé par 10 autres joueurs et contré par 11 autres.

J'ai néanmoins compris qu'il y avait les « attaquants », ceux dont le rôle est de marquer ces buts, et les « défenseurs », qui doivent faire barrière et repousser l'ennemi, à savoir, l'équipe adverse. Et donc, les onze joueurs ne sont pas tous sollicités en même temps : y'en a 5 qui courrent, 4 qui sont à l'arrêt et 2 qui trottent gentiment.

1 heure trente de match quelques jours par mois, une grosse compet' tous les 2 ans, des entrainements quotidiens (pas 8 heures par jour non plus, hein !), et tiens, je vais diviser par 3 le salaire moyen d'un joueur d'un tel niveau, au bas mot 100000 euros par mois, et ils sont fatigués ?

C'est pour rire ?

Mais j'entends déjà les supporters hurler qu'une carrière de joueur d'équipe nationale ne dure que 10 ans maximum, et que donc, c'est proportionnel. Je me suis livrée à un stupide calcul de non-comptable et si je pouvais faire valoriser pécunairement parlant mon talent pédagogique et créatif à hauteur du salaire d'un joueur de foot, recalculé sur les 45 annuités que compte une carrière complète en Belgique, je serais vraiment, mais vraiment très heureuse.

Alors, debout, Messieurs, et offrez à vos fans le spectacle tant attendu !

Récit d'une Courge qui alligne une centaine d'heure de yoga et encore, elles datent ...

dimanche 8 juin 2008

Cendrillon inquiète

Cendrillon mit ses baskets et prit sa veste au vol. Elle était pressée mais ne parvenait pas à courir, non pas que ses jambes l'en empêchaient, mais un poids écrasait son thorax et lui rendait toute respiration profonde difficile.

Elle arriva tant bien que mal au château et se dirigea, un peu essoufflée, dans la chambre de Blanche-Neige, où trônait le Miroir. L'immense escalier et l'effort physique que monter tant de marches demandait aurait pu avoir raison de l'inquiétude de Cendrillon mais il n'en fut rien. Elle arriva face au Miroir le coeur serré et lourd.

- Miroir, ça faisait longtemps que je n'étais plus venue ici.

- Ce n'est rien, Cendrillon.

- Miroir, j'ai besoin d'aide. Je voudrais tant retrouver la raison. Calmer cette inquiétude irraisonnée qui me vide de toute mon énergie et me remplit d'angoisse devant mon enfant malade, retrouver ma lucidité, ma capacité à prendre une décision, je voudrais tant, mais rien n'y fait. Je suis paralysée devant cette fièvre qui dure, ces vertiges, ces maux de ventre.

- Cendrillon, tu es maman. Les mamans ont ce don en commun, celui de l'intuition, et de l'inquiétude quand leur enfant ne va pas bien.

- Miroir, je sais bien, mais je ne parviens pas à calmer mes intuitions, je ne parviens pas à amoindrir mes angoisses, je prie en silence pour que demain fasse baisser cette fièvre et demain la fait remonter de plus belle...

- Patience, Cendrillon, patience, laisse son petit corps lutter. Ton inquiétude et ta vigilence feront le reste. Dors, Cendrillon, parce la nuit, porte conseil et surtout, répare les corps malades, les esprits embrumés.

- Miroir, j'ai envie de pleurer...

Cendrillon rentra chez elle et posa ses lèvres sur ce petit front brûlant et caressa du regard ce petit corps qu'elle allait veiller cette nuit encore...

jeudi 5 juin 2008

Moment d'introspection

Je suis myope et astigmate depuis mon enfance. Je porte des lunettes depuis très longtemps, plus de 20 ans. Je n'ai jamais essayé les lentilles, c'est un peu comme les stérilets (oui, je sais, il n'y a aucun rapport entre les unes et les autres, mais dans mon esprit tordu, il y a bien une association entre ces 2 choses), je bloque sur le concept.

Je n'ai jamais pensé me faire opérer pour régler une bonne fois pour toutes ce problème de vue parce que je n'ai jamais considéré ce léger handicap visuel comme une contrainte. J'adore porter des lunettes. Même quand il pleut, même quand je passe du froid au chaud et que mes verres se remplissent de buée, j'aime mes lunettes, que je choisis comme on choisit un bijou qu'on va porter tous les jours.

J'ai toutefois relevé une contradiction dans le fait de porter des lunettes : je deviens sourde dès que je les enlève. Riez, c'est pourtant la vérité.

Les lunettes qui me permettent de voir, de rester en contact avec l'autre, avec le monde, sont devenues la porte d'entrée ou de sortie de mon être. Ôter mes verres, c'est fermer cette porte, c'est retourner à l'intérieur de moi. Souvent d'ailleurs, je me frotte les yeux et m'endors très vite. J'ai coupé la communication, j'ai tamisé la lumière, impossible de voir distinctement, ou après de trop longs efforts, alors je ne tente plus, je m'isole, je ne parviens plus à suivre une conversation, je me sens étrangère à ma table, parmi les miens, c'est l'heure de l'introspection.

Doux moment délibéré, geste simple et salvateur, aussi réparateur que le bouton de la radio qu'on tourne parce que celle-ci grésille depuis longtemps.

mardi 3 juin 2008

Maman, tu es la p(l)ou-belle …

Ce matin, comme tous les matins du monde, je suis encore et toujours la "poubelle" de mes enfants, et ce, même après avoir reçu d'immenses câlins et de bisous d'anniversaire, tartiné de compliment de fête des mères encore en mémoire et de larges sourires bordés de tututes…

"Tiens !" me murmure MM2 en me tendant son sandwich à la confiture,
"Tiens !" me lance MM1 en me jetant négligemment son mouchoir usagé,
"Tiens !" me dit MM2 en me crachant la cuillère de trop, attendant que je mette ma main devant sa bouche au lieu d'y mettre la sienne,
"Tiens !" crie MM1 en me tendant son doudou à ranger dans son cartable…

Le chien est garant de mon régime, celui qui termine l'assiette de mes filles à ma place, chipe honteusement leurs goûters laissés ça et là sur le tapis, sur la table, ou sur le bord du fauteuil, abandonnés au profit d'un jouet plus intéressant, d'une dispute ou d'un câlin surprise. N'empêche, le chien s'en fout royalement des emballages, des pelures, des morceaux de papier, et n'a pas malheureusement pas le neurone suffisamment étendu pour pouvoir soulever le couvercle de la poubelle…

J'ai découvert une chose récemment : je ne me suis pas encore trouvé un seul cheveux blanc, ni gris d'ailleurs, j'essaye de ne pas voir ces ridules qui apparaissent lorsque je fais la grimace, par contre, c'est sûr, il me pousse une main chaque année.

Mémère Cendrillon, maman aux 34 mains, poubelle équipée !

Non, je ne suis ni "à donner", ni "à vendre", ni "aux enchères sur Ebaille", ni même "à prêter", j'ai un Prince qui m'aide à relativiser, me disant d'un accent italien surjoué : "Maaa non, chérie, tou e la plou belle !"

dimanche 1 juin 2008

La tarte au citron

A peine l'automne installé, mon pâtissier chéri nous concocte ses fameux Troïka. Le printemps arrivé, c'est la fête à la tarte au citron.

Chaque année, c'est la même chose, la même impatience, les mêmes tremblements d'émotion quand il s'agit de déguster ce pur instant de bonheur pâtissier. Cette pâte sablée juste comme il faut, un brin salée, histoire d'en relever le goût, cette subtile couche de coulis de framboises, le tout recouvert de la couche de crème citronnée et de meringue par-ci, par-là, un délice. Et une petite fortune aussi.

Contre une part de tarte au citron, je donnerais tous les repas de la journée, tout le chocolat de mes armoires, toutes les glaces du congélateur, tous les chips, bonbons, oui, parfaitement. Et en cas de crise de manque, il se pourrait même que je puisse négocier les goûters des enfants, et les friandises du Prince. Presque même pas honte !

Mais malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples :

D'abord, ma balance chérie vient de m'indiquer un -9 kg, au bout de 5 mois de régime plus que modéré. Si j'écoutais mes envies de tarte au citron du week-end, j'ai la très vague impression que ma balance et moi, on redeviendrait nettement moins copines.

Ensuite, je suis diabétique. Et même si dans "tarte au citron", y'a "citron", y'a aussi "tarte". Et même si MM1 me disait "mais Maman, le citron, c'est plein de vi-ta-mines" d'un air "moi-je-sais-tout", c'est juste une illusion d'optique. Je suis même persuadée que le moelleux au chocolat très chocolat à consoler tous les chagrins se retrouve loin loin derrière la tarte au citron dans la course aux calories et au glucose...

Et pour finir, je change d'année cette semaine, et un anniversaire en semaine, ça vaut bien une exception, non ? Alors, oserais-je m'arrêter demain chez mon pâtissier, lui faire les yeux doux et le supplier de me faire une petite tarte au citron rien que pour moi, et le Prince, et les filles, en semaine, juste pour fêter ça ?