dimanche 31 mai 2009

L'air de rien...

Il était pas loin de 23 heures, nous rentrions d'une soirée chez des amis, MM2 avait sombré dans un sommeil profond, dès que nous avions tourné le coin de la rue. MM1, quant à elle, voulait profiter de l'occasion pour discuter avec ses parents.

Je me suis revue, enfant, lorsque nous effectuions des longs trajets de nuit. Je luttais pour rester éveillée, et comme le port de la ceinture de sécurité n'était pas obligatoire à cette époque, je me mettais juste entre les sièges avant, afin d'être sûre de pouvoir entièrement participer à la discussion. Rouler de nuit était fascinant, et savoir que mes frères dormaient et moi pas donnait de la valeur à mon statut d'aînée. 

MM1 semblait dans le même état: elle luttait pour ne pas sombrer et nous posait question sur question.

C'est ainsi que la création du potager familial l'intriguait beaucoup, elle essayait de retenir tout ce que nous y avions semé, et surtout, elle voulait absolument distinguer ce qui poussait sur les arbres de qui poussait dans la terre.

Ensuite, elle a tenu à nous redire tout l'amour qu'elle voue à ses parrain et marraine, et alors qu'elle venait de les quitter, nous avouer combien ils lui manquaient déjà. Alors, nous l'avons rassurée une fois encore, lui expliquant que la séparation est temporaire, et non synonyme d'un abandon.

Puis, nous avons parlé de la nuit, des étoiles, des nuages et du vent, "et comment on fait du vent, papa ?"

Puis, plus loin, à brûle-pourpoint, alors qu'elle avait remis sa tututte en bouche, et que nous pensions qu'elle allait enfin lacher prise, elle nous demanda "et comment on fait des bébés ?"

4 ans et 5 mois. L'adolescence approche à grands pas. 

Mouarf. Comment dire sans tout dire, comment imager en restant crédible ? Comment retourner intelligemment la question, comment garder une part d'imaginaire, de naïveté, de rêve, de mystère ? 

On s'est regardé, le Prince et moi, et on a ri. Il était tard et on n'était visiblement pas préparés. On a fait court, parce que la grosse préoccupation de MM1 était de savoir comment une femme sur le point d'accoucher pouvait encore rentrer dans une voiture.

Hum. Elle a souvent les idées claires mais pas encore la notion des tailles il semble...

jeudi 28 mai 2009

Quand la musique est bonne, bonne, bonne, bonne...

A l’approche de mes 35 balais, je scrute les rides, je tâte le flasque des cuisses, je pince le surplus des hanches et surtout, surtout, je me lamente sur mes heures de sommeil en retard, cause directe de perte de patience avec quiconque m’approche au mauvais moment.

Ainsi, les petits matins ont un goût amer ces derniers temps. Réveil Ier sonne et personne ne l’entend, Réveil IIe s’y met et on se retourne, comme si le fait d’être dos à lui allait le faire s’arrêter instantanément, lorsque Réveil IIIe du nom se met à chanter, Mémère, enfin, lève une paupière et voudrait que toute la maisonnée soit déjà active sans avoir besoin de faire appel au moindre de ses services.

En général, c'est-à-dire tout le temps, c’est à ce moment-là qu’elle découvre qu’elle a au moins 20 minutes de retard, que sa fille cadette est venue à l’insu de son plein gré terminer sa nuit tout contre elle, et qu’elle a encore une fois, loupé la météo et que donc, s’habiller va ressembler au jeu des devinettes.

Oui, mais voilà, tout ça ne serait rien du tout sans le concours des MM, dans le remake de « comment rendre ma mère chèvre en moins de 3 minutes ».

Amis lecteurs de ce blog, vous le savez déjà, j’ai pleuré 5 longues années avant d’être enfin enceinte de MM1, Dieu sait comme j’ai haï (pour rire) toutes les mères qui osaient se plaindre des nuits blanches, des maladies, de la fatigue tellement je voulais vivre ça moi aussi intensément, mais là, c’est bon, j’ai vu, j’ai vécu, j’en peux plus, merci la vie de m’avoir fait ce cadeau immense d’être maman, mais là, je pleurerais bien pour passer quelques réveils peinards.

Parce qu’il faut tout dire, n’est-ce pas…
Avouer que MM1 refuse de se lever, arguant qu’elle est trop fatiguée pour aller pisser, ou carrément, en laissant tomber Doudou chéri dans les toilettes (elle avait pas vu, m’a-t-elle dit … j’ai vite pris rendez-vous chez l’ophtalmo du coup), avouer que je répète sans exagérer 26 fois : « mets ta culotte, brosse-toi les dents, mets tes chaussures, non pas tes sandales, il pleut… » … « non, pas tes sandales, il pleut… » tel l’écho dans la montagne.

Avouer que MM2 refuse systématiquement des trucs tout con, mais qui changent tous les jours. Un jour ce sera de mettre ses chaussures, le lendemain de s’habiller, le troisième jour de manger, le quatrième de se brosser les dents, le tout sur un ton qui exulte quand elle s’époumone « pas papaaaaaaaa ! », comme si son père l’avait déjà embrochée sur les flammes du barbecue.
Et de temps en temps, c’est « pas mamaaaaannnn » non plus.
Puis ce sont les pleurs. « Si mamaaaannnn ».
« Pas maman »
« Maman. »
« Pas maman ».
Elle me saoule. Le Terribeul Two qui commence à 15 mois et qui perdure au-delà des 30 mois, j’en peux plus.

Et quand l’instit me dit qu’elle est charmante à l’école, je bous littéralement. J’aimerais tellement partager ça avec elle, que ma diablotine se défoule à l’école et rentre, sage comme une image à la maison. Je rêve d’ouvrir son cahier de communication et d’y lire qu’elle a tout saccagé, et de la regarder, tranquillement assise, à dessiner un bonhomme-têtard.

Et quand du haut de ses 4 ans et demi, MM1 me chante à 7h20 : « ça va, hein, j’suis pas sourde ! », je me dis que c’est pas possible, j’ai dû louper une ligne du mode d’emploi.

Bref, à 8h05, quand j’arrive au boulot, j’ai certes l’impression qu’il est déjà 14h00, mais surtout, je savoure le calme, la tranquillité et j’apprécie le stress des plannings, des cours, des engagements à tenir.

dimanche 24 mai 2009

Cherche papy d'urgence

Il y a des familles décimées, où l'on devient parent sans avoir les siens pour nous féliciter, où on s'engage à élever nos enfants sans leurs grands-parents, mais avec leur souvenir et leurs photos.

On évoque très vite la mort, la maladie, l'accident, on essaie d'expliquer pourquoi celui et celle qui nous ont donné la vie ne l'ont plus et pourquoi il est important d'en parler. On se retrouve maman, à penser fort à la sienne, lorsqu'on ne sait plus quoi faire avec notre enfant dans les bras et qu'on voudrait juste être rassurée et savoir qu'au même âge, on a fait pareil. On se retrouve papa, à penser fort au sien lorsqu'une petite discussion entre hommes se fait ressentir, un peu, beaucoup, et parfois passionnément.

J'ai l'immense chance d'avoir encore mes parents. Et le Prince aussi. En théorie, les miss ont donc 2 grands-mères et 2 grands-pères. Sauf que les grands-pères, toujours vivants, ne sont pas présents. L'un des deux, trop nocif, a été écarté d'office, comme une mesure de précaution que nous nous devons de prendre pour nos enfants. L'autre a choisi de rayer de sa vie ses enfants et ses petits enfants, jonglant avec sa conscience deux fois l'an en moyenne, fier de se rappeler qu'un e-mail de 4 mots ressemble au laconique télégramme d'autrefois.

- Il est mort mon grand-père, maman ? 
- Non, ma chérie, il habite loin.
- On peut aller le voir ? 
- Non, il ne le souhaite pas.

Quel enfant peut entendre qu'il n'est pas le bienvenu dans sa propre famille ? Lui qui n'a rien fait.

- Et pourquoi il veut pas nous voir ? 
- Je ne sais pas.

C'est la seule réponse sensée que j'ai trouvée. Une phrase abrégée pour dire "je ne sais pas en parler". Parce que du haut de tes 4 ans, ma chérie, je ne vois pas comment tu pourrais entendre qu'un papa doit se cacher pour appeler ses enfants, et qu'une femme malveillante est à l'origine de situations rocambolesques, et qu'un homme accepte cela, sans broncher, comme vérité absolue, comme seul avenir.

On peut renier ses valeurs et ne pas en souffrir. Ou bien se laisser bercer par le soleil et le quotidien et de se tartiner de promesses d'y penser le lendemain. A moins de se laisser porter par la douce illusion que le temps apporte des réponses aux questions qu'on n'ose même pas se poser.

Je continue de penser depuis longtemps qu'il me serait plus facile de parler de mon père mort. J'aurais partagé avec mes filles le souvenir d'un homme que j'ai longtemps admiré, et j'aurais transmis son souvenir avec émotion, avec respect et amour. Aujourd'hui, je dois trouver les mots pour parler de l'absence, de la distance, du désintérêt.

Si MM2 ne semble pas (encore) souffrir de l'absence du grand-père, mon coeur de maman saigne lorsque je constate que MM1 voue une tendresse infinie aux hommes grisonnants qui frôlent la soixantaine. Elle les accapare totalement, et les câline, même si c'est la première fois qu'elle les rencontre. Elle ne parle que d'eux les jours qui suivent. Tant et si bien que j'en viens à chercher un papy de substitution. 

Mais qui peut remplacer un grand-père ? Faire ce lien entre les générations, raconter des histoires sur le passé et surtout, aimer un enfant comme si c'était le sien ...

mercredi 20 mai 2009

Mémère présidente !!!

Le vote est obligatoire en Belgique. Et le Belge, s’il râle, ne voudrait pas qu’on revienne sur ce point. D’autres se sont battus pour la démocratie, à nous de l’entretenir maintenant.

Sauf que le système politique belge est très compliqué. Ainsi, de nombreux Belges se sentent presque plus à l’aise de discuter politique avec leurs voisins européens plutôt que de risquer à un résumé des institutions de notre petit pays, lequel se divise en 3 Régions et en 3 Communautés, qui évidemment, ne coïncident pas, enfin ... :-)

Des ministres à en revendre et des impôts pour payer tout ça. Si seulement cela portait ses fruits et que cette foison de politiques en tous genres permettait de garder l’équilibre et l’entente entre les flamands au nord, les wallons au sud et les bruxellois au milieu, mais même pas.

Voter est certes un acte citoyen mais qui m’a toujours mise mal à l’aise. Combien de fois ne me suis-je pas réjouie de constater que celui ou celle pour lequel j’avais voté avait récolté le plus grand nombre de voix, mais qu’au final, c’était un autre parti qui prenait la tête des opérations, parce que faire des coalitions est devenu plus qu’un sport national.

Il paraît que c’est normal, que c’est les textes qui veulent ça, et que c’est comme ça et pas autrement… Alors, on finit par voter sans bien comprendre les tenants et surtout les aboutissants. On frôle le danger de voir un jour un parti extrémiste au pouvoir, même pas en réaction, mais simplement par le jeu imbécile des coalitions, mêlé à l’incompréhension des simples mortels face à un système complexe.

Alors on a le jeu des débats télévisés ou les questions portent non plus sur les programmes, ni sur les vraies questions de société, mais sur les jouxtes verbales passées : « Monsieur, vous avez dit ça sur Madame Unetelle, vous lui faites donc la gueule ? », « Pourquoi ne voteriez-vous pas pour lui, ou pour elle ? »… Et on zappe sauf si on aime la presse à scandale avec du vocabulaire légèrement plus soutenu.

La semaine dernière, j’ai reçu ma convocation au vote.
Hier, j’ai reçu ma désignation comme présidente de bureau de vote.

La semaine prochaine, le soir, j’irai suivre une formation sur « comment faire, comment organiser le bureau de vote de mon village » … et ça me stresse. Le juge de paix, que j’ai eu le plaisir d’avoir au téléphone ce matin, m’envoie un dossier (priez pour qu’il ne soit pas trop épais) reprenant toutes les tâches du président du bureau de vote.

Le 7 juin, à 7h15, je serai au front, avec une équipe, qui j’espère sera sympathique.
Je suis chargée d’organiser leur repas de midi aussi. Et comme j’ai pris la nouvelle avec philosophie, je me réjouis déjà de faire de cette journée une expérience réussie !

Surtout que j’ai congé le 8. Service public oblige.

jeudi 14 mai 2009

La malédiction du cadeau de fête des mères

Vendredi, lorsque j’ai vu MM1 arriver de l’école avec un sac plastique en main qu’elle me tendait, l’air fier, l’œil complice, j’ai su qu’il s’agissait du cadeau de la fête des mères, le fameux secret déjà évoqué ici.

Sa petite main était tendue droit devant lorsque le sac tomba sur le sol. Le bruit ne laissa aucun doute : quelque chose s’était brisé. De fait, le petit pot en terre glaise faite de ses blanches et innocentes mains s’était cassé en 5, voire 6 morceaux, et en une pluie de miettes.
Dedans, un pauvre tournesol gisait.

J’ai immédiatement repensé à l’épisode de l’année dernière, ou cadeau semblable avait trouvé place sur le rebord de la fenêtre : une petite plante, ne me demandez pas laquelle, je suis bien trop courge pour ça, dans un petit pot en pâte à sel peint et décoré. Puis un jour, le pot était tombé et s’était brisé en centaines de morceaux. Nous avions promis à MM1 de tenter un sauvetage de pot, mais depuis lors, le pot et ses miettes trônent dans la cuisine, comme si un éclair miraculeux allait s’en occuper.

J’avais instantanément décidé, en constatant les dégâts de cette année, que non, je n’allais pas ouvrir un hôpital des cadeaux de la fête des mères, surtout vu ma très grande réactivité face aux objets cassés à réparer. J’ai donc, le soir même, osé le rafistolage de pot brisé. Celui-ci est encore en convalescence, parce que les miettes, elles, on les a jetées et un pot recollé avec des espaces fendillés, ben, devient par la force des choses un pot handicapé.

MM2 est revenue de l’école avec un fraisier dans un joli pot … en bois. J’ai quand même mis 3 jours avant d’apprendre qu’il s’agissait d’un fraisier, sous le regard moqueur du Prince, et des filles, qui, elles, savaient.

Mais le plus beau cadeau reçu, ce fut le CD enregistré par les enfants de la classe de MM1. Une comptine incluant tous les prénoms des mamans des enfants récitée par les enfants. Et juste après la comptine, chaque enfant dit un petit mot pour sa maman.

Du « je t’aime maman » au « bonne fête maman », certains ont voulu se démarquer. C’est ainsi qu’un petit gars a loué les talents culinaires de sa maman, qu’une demoiselle lui a rappelé combien ses crêpes étaient délicieuses, et que ma fille a voulu tenter une tournure délicate de la langue française, à savoir le verbe « manquer ». Elle a vraisemblablement voulu dire « Tu me manques, maman », mais ça a donné « Je te manque, maman » : variation sur le même t’aime, disait l’autre.

J’espère que le sort est rompu, après un cadeau si touchant.

lundi 11 mai 2009

4 secondes

Elle est hospitalisée dans un hôpital de la région, c'est loin d'être un CHU, mais elle a fait confiance à son médecin qui l'y avait envoyée. Elle avait subi une kyrielle d'examens et elle attendait à présent les résultats. Lui, son mari, passait la voir plusieurs fois par jour. Ensemble, ils attendaient.

Ils avaient évoqué ensemble le pire, à savoir le cancer ou toute autre maladie dégénérative qui ne lui laisserait qu'un temps limité pour voir ses adolescents devenir des adultes, puis des parents. Ils en parlaient comme pour exorciser le sort, comme si le fait même de dire les mots allaient anéantir la maladie. Et puis, elle finissait par évoquer de simples problèmes hormonaux, parce que le visage si crispé de son mari la bouleversait au plus haut point, et qu'elle voulait garder ses sanglots pour quand il serait rentré chez eux, seul.

Il était venu lui apporter un peu de réconfort dans cette attente qui leur semblait interminable: il lui avait apporté sa pâtisserie préférée, et un thermos de café. Puis il avait dû repartir, l'heure avançant. Et le médecin n'était toujours pas passé.

Il n'osait pas demander vers quelle heure celui-ci comptait venir, ou s'il viendrait seulement le lendemain. Personne ne le leur avait dit, et ils continuaient d'attendre, patiemment.

Il avait repris le même chemin que la veille et l'avant-veille, et s'était décidé pour l'ascenseur, après avoir jeté un rapide coup d'oeil chargé de culpabilité aux escaliers. Il s'engouffra dans l'ascenseur, déjà bien rempli, et n'eut même pas besoin d'appuyer sur le "zéro", c'était déjà fait.

L'ascenseur s'arrêta au 4e, et par chance, il se vida un peu. Au 3e, les portes s'ouvrirent et le hasard fit qu'il tomba nez à nez avec le médecin qu'ils attendaient tant. Avec son visage jovial, le médecin le reconnut aussitôt, lui serrant même la main, malgré ses bras chargés de dossiers.

C'est que par chance, le spécialiste avait sous la main les résultats tant attendus, et se trouvait presque ravi de rencontrer le mari de sa patiente dans l'ascenseur, pour lui communiquer une suite de mots savants dont il ne retint que "tumeur" et "maligne".

4 secondes plus tard, ils étaient au rez-de-chaussée, il s'engouffra dans le hall d'entrée, comme happé dans une autre dimension. Les portes de l'ascenseur s'étaient refermées sur le médecin aux mains chargées de dossiers de patients.

4 putains de secondes qui lui ont paru une éternité, pendant laquelle il n'a même pas posé la moindre question. Il s'est senti expédié comme une lettre à la poste, comme une signature apposée machinalement au bas d'un document, putain de médecine qui regarde un foie de près mais son propriétaire de travers, putain de monde qui le laissait seul avec ce poids écrasant sur le coeur, sur les tripes, ce poids qui l'assomait littéralement et l'empêchait d'avancer.

Il était où ce toubib qui avait disparu dans les méandres des sous-sols de l'hôpital ? Il était où ?

dimanche 10 mai 2009

Récréation éducative

Nous sommes à table, heureusement en famille restreinte. 

Un bruit suspect, mais néanmoins bien reconnaissable se produit, alors que nous étions en pleine discussion avec MM1 :

- et qu'as-tu fait à l'école aujourd'hui ? 

- rien, on a juste préparé la surprise pour la fête des mères...

- haaaannnnn, une surpriiiise ...

- oui, même que c'est un secret et que je peux pas dire que j'ai planté un tour-ne-sol.

Le bruit suspect me détourne de ce délicieux moment ...

- qui a pété ?

Et MM2 de répondre, avec un grand sourire :

- c'est pas moi, c'est mes fesses !

mercredi 6 mai 2009

Marée-volte

Je me suis assise sur le sable et j'ai croisé les jambes, cherchant la meilleure position possible, celle où j'allais pouvoir me déposer et me sentir en sécurité tout de même, celle où j'allais pouvoir recevoir le soleil et le vent, même si le premier devait se cacher brutalement et le second se lever sans crier gare.

Ce rendez-vous en tête-à-tête avec la mer est un moment d'une rare intensité, un doux moment de retrouvaille avec soi et les éléments.

Tout commence avec le doux bercement des vagues, comme si des forces invisibles faisaient travailler la terre et l'eau juste là, devant nous, sous nos pieds. Elle arrive au loin et vient mourir à mes pieds, bientôt, il faudra que je recule, si je veux épargner mon pantalon. La vague s'éteint et pourtant m'offre multitude de coquillages, d'algues et quelques indésirables aussi.

Le jeu continue les yeux fermés, deviner où est la vague et si elle va s'embarquer dans un rouleau ou si elle va venir me chatouiller les pieds, délicatement. Faire confiance à son oreille.

Bercée par le bruit des vagues, par les embruns, par le soleil et le vent, la porte s'ouvre sur de plus amples confidences. Tu vois, la mer, il faut que je te dise un truc ... Un truc que je ne dis jamais, que je ne saurais même pas écrire, encore moins dessiner. Faut que je sorte des mots comme toi, tu fais des vagues, sans réfléchir. Juste parce que ça fait du bien. Parler pour partager des souvenirs qui n'intéressent plus personne, pour exorciser les angoisses de demain, pour pleurer les absents qu'on s'interdit de pleurer dans la bagnole alors qu'on est maquillée et qu'on est déjà à la bourre le matin, parler pour faire de la place, pour se rappeler qui on est.

Et lorsque les maux se réveillent et que les mots coincent, il y a le sable qui vient donner un formidable appui, et toucher des doigts la matière, lisser le sable et simplement y planter son doigt ou écrire le mot qu'on ne peut dire, dessiner le mal, et l'effacer aussi vite. Et si la colère devait s'en mêler, enterrer mes pieds et me relever.

Parce qu'on se relève toujours, hein...

dimanche 3 mai 2009

Miss compliss

Souvent, elles se disputent, elles se tirent les cheveux, se frappent, et parfois même, elles se mordent.

Il arrive que MM1 hurle son sentiment d'injustice qu'elle aurait préféré un frère, ou une soeur qu'on aurait prénommée autrement, ou pire, qu'elle aurait voulu rester enfant unique.

MM2 sait se montrer très agressive envers sa soeur, et n'hésite pas à imposer ses choix, sa force et sa rapidité d'action. Elle en est jalouse aussi, surtout lorsque MM1 se blottit dans mes bras.

Mais il arrive aussi des effusions de tendresse, où les 2 miss-courgettes, déguisées en princesses, dansent dans les bras l'une de l'autre, où elles jouent à se pousser dans la pousette pour poupée en faisant des allers-retours dans la cuisine, où on retrouve MM2 blottie contre sa soeur au fond du lit, parce qu'elle a vu un monstre, où la grande maquille la petite (et où la petite finit par se peinturlurer les joues avec du ... vernis à ongles), où elles s'aident mutuellement pour arriver ensemble au but, où, où, où ... les exemples sont nombreux où cette complicité est une grande source d'émotion.

Récemment, leur complicité a pris une tournure nettement moins réjouissante, pour moi du moins. Nous étions dans un centre commercial, un samedi, heure de grande affluence. Je sais : n'importe quelle mère sensée aurait évité soigneusement d'emmener deux enfants faire du shopping, mais je continue de penser que c'est un apprentissage comme un autre, et puis, plus platement, si je dois les caser pour faire mes courses, autant dire qu'on crèverait vite la dalle, vu que le peu d'occasions que nous avons de les confier, les 2 en même temps.

Bref. Samedi, centre commercial, Mémère seule avec ses courgettes : MM1 la sage, l'obéissante, l'intello, et MM2, la sauvage, le clown, l'indomptable. Dans ce duo, ce jour-là, c'est MM2 qui a gagné, en inventant un jeu extra-drôle : taper les fesses de leur mère en criant "t'as des grosses fesses-euh, t'as des grosses fesses-euh", le tout en se bidonnant à en se taper le cul par terre.

Plus j'essayais d'intercepter leurs petites mains, plus elles se marraient, plus je feintais l'ignorance, plus elles criaient fort, plus je tentais de détourner leur attention, plus elles focalisaient sur mes fesses.

Arf. Ils se marraient bien, les gens. Ils me regardaient, sans pitité, à se demander quelle drôle d'éducation je leur donnais là, et p'têt même en se disant que la vérité sort de la bouche des enfants.

Autant dire que mes courses ont été abrégées et pendant que je les sermonais dans la voiture, MM2 cherchait la main de sa soeur, complices jusqu'au bout. Certes, j'étais de mauvais poil, mais l'idée même que se tissaient à cet instant précis des liens que je désirais plus forts que tout m'a permis de me rendre le sourire...