lundi 31 mars 2008

MM1, fashion victim ?

Jusqu'à présent, je regardais d'un oeil bizarre et étonné les gens qui achetaient des vêtements par correspondance. Pas que je sois une fan de shopping, une dingo des virées magasins le samedi toute la journée à la recherche du sac, de la paire de chaussures tip-top comme je les ai rêvées, mais parce que j'aime essayer, toucher les matières et surtout, grande indécise que je suis, reposer le vêtement, le reprendre, hésiter, me décider, me raviser pour finalement sauter le pas.

Mais depuis ma semaine de vacances, où, il faut l'avouer, j'en ai profité pour refaire une garde-robe à MM1, je les comprends, ces gens.

Parce que quand j'achète des pompes à MM2, elle s'en fout de la couleur que je choisis, du modèle "bottine" ou "botte" ou "sport" ou "classique", du moment que les chaussures sont à sa taille et confortables. Quand je craque pour une robe, elle ne la regarde même pas, du moment que cela ne dure pas trop longtemps et qu'on puisse poursuivre la balade au plus vite.

Mais MM1, par contre, a l'âge de donner son avis. Grand bien lui fasse, sauf que le moindre achat devient source de négociations de sa part et se termine quasi systématiquement en grande envie de tout planter là.

Ainsi, lorsque dans le magasin de chaussures, je lui explique que nous allons lui acheter des sandales pour l'été et pas autre chose, MM1 s'entiche de bottes coccinelle et me soutient mordicus que celles-ci seront du plus grand chic dans la cour de récré par 30 °C au mois de juin, si toutefois nous avons la chance de revoir d'aussi clémentes températures sous nos cieux un jour.

Et quand 2 jours plus tard, nous avons essayé des baskets, les siennes étant vraiment devenues trop petites, elle n'a prétendu être à l'aise dans aucune des paires présentées par la vendeuse, jusqu'à attirer notre attention sur un modèle avec DORA, qui vint miraculeusement soulager l'inconfort de ses pieds.

Quant à la petite robe d'été enfilée par dessus les vêtements pour s'assurer de sa bonne longueur, quelle histoire pour l'enlever, la payer, l'emballer. Le sac était devenu son greffon et une fois rentrées à la maison, il a fallu qu'elle la regarde encore et toujours, amoureusement, la couvrant de bisous.
La désillusion fut d'autant plus grande lorsque je lui ai annoncé qu'elle ne pourrait la mettre avant l'été, et qu'il fallait impérativement la laver avant de pouvoir la porter, même pour rester à la maison.

Devant la crise de larmes, pas de colère, mais juste un gros chagrin de désespoir, j'ai finalement accepté qu'elle porte sa robe 1 heure. Elle l'a mise toute seule, a ensuite enfilé ses grosses chaussettes qui montent par dessus les genoux et était toute heureuse de déballer ses baskets DORA et de les mettre. C'est pas peu fière qu'elle nous a présenté son défilé.

C'est sûr, ma fille, tu es une fashion victim !

dimanche 23 mars 2008

Obsessionnelle Mémère ?

6 ans que j'ai un magnifique four avec 12 programmes différents, avec minuterie, arrêt automatique ET pyrolyse.

Je voulais celui-là et j'ai eu celui-là. Bien sûr, j'ai argumenté : je l'utiliserai souvent, je ferai pleins de quiches, de tartes, de gigôts, de pizzas, de gratins, de mijotés à basse température, bref, tous les jours, tout le temps, il sera ren-ta-bi-li-sé.

La pyrolyse, c'est vraiment le truc pour les feignasses dans mon genre. Vas-y que je programme bip-bip-bip et en 1h30, toute la saleté s'est décomposée et il ne reste qu'une simple couche de cendres qu'un vulgaire chiffon humide capture en 2 temps - 3 mouvements. Le truc qui allait me faire gagner un temps précieux, moi, toujours en train de courrir.

Sauf qu'en 6 ans, j'ai utilisé 2 fois la pyrolyse. C'est dit, je l'ai avoué.
Et la deuxième fois, c'était hier soir. Avec 12 lessives de retard, un départ en vacances reporté de 24 heures pour cause de gamine toujours en pleine gastro, une maison sens dessus-dessous, des mannes de repassage en attente, je suis passée devant le four, l'ai ouvert, et me suis dit : "cui-là aurait bien besoin d'un p'tit coup", sauf que cette divine conclusion, je me l'étais déjà faite des centaines de fois auparavant, sans toutefois passer à l'acte.

Alors pourquoi, hier, journée apocalyptique, ai-je décidé de faire cette foutue pyrolyse ? Hein ?

Le doute s'est alors emparé de moi. Pouvais-je laisser les grilles dans le four pendant la pyrolyse ou non ? Il me suffisait de lire la notice d'utilisation. La notice d'utilisation...

Bien sûr que je savais où elle était. Enfin, je pensais savoir. Je me souvenais vaguement de mon congé de maternité, un enfant sur le ventre, blotti dans une écharpe, et ma frénésie de remettre tout en ordre, je revoyais une farde dans laquelle justement, je rassemblais ce type de documents, et une réflexion que je m'étais faite alors "où planquer ça pour le retrouver facilement en cas de besoin ?"

J'ai passé plus d'une demi-heure à retourner toute la cuisine, tout le salon à la recherche du mode d'emploi de mon super four tellement intuitif que je n'en ai jamais eu besoin. Et j'ai trouvé la fameuse farde, dans laquelle étaient rangées les notices d'utilisation et garanties de tous les appareils ménagers de la maison. J'ai même retrouvé des notices d'ustensiles dont je m'étais séparée depuis des lustres ! Mais aucune trace du mode d'emploi de mon four. Rien, nada, que dalle. C'est pourtant pas faute d'avoir regardé partout.

Et finalement, j'ai oté les grilles et quand même fait ma pyrolyse.

Et j'en ai même conclu que cette pyrolyse avait quelque peu sauvé ma journée : j'avais au moins réussi à terminer quelque chose : le four était propre.

Dérisoire à côté du reste, mais on se console comme on peut !

(Et maintenant que le four est propre, je peux aller terminer mes valises et vous laisser les clés sous le pot de fleur à l'entrée, le vert, hein, pas le bleu, et vous demander de venir arroser les plantes, et de faire de ce lieu un endroit "habité" en mon absence ? Merci merci, le chocolat est dans le tiroir du bas, dans la cuisine...)

samedi 22 mars 2008

Sainte Léa

La neige recouvrait d'un fragile manteau blanc la nature, lorsque la sirène d'une ambulance s'est faite entendre au loin, puis s'est rapprochée.

Elle s'est arrêtée tout à côté de chez nous, et nous avions compris.

Dans notre village, il y a la place communale, avec l'école, avec ce qui fut jadis la poste, avec un terrain jeux pour les enfants, avec des maisons qui l'entourent. Les gens qui y habitent ont développé une vraie vie de quartier, où les outils de jardin, de bricolage voyagent d'une maison à l'autre, où on s'entr'aide pour déménager un meuble, pour garder un enfant, pour susciter l'envie d'un projet commun, où on se dépanne d'un carton de lait, d'un oeuf pour terminer le gâteau, où on aime se rendre pour boire un café, pour partager un peu de cette vie de village.

Léa était la mamie de la place, la grand-mère attentionnée de ses petits-fils, mais qui avait le coeur assez grand que pour aimer tous les enfants de la place. On la voyait attendre la sortie de l'école et appeler d'une main ses gamins pour les faire manger à temps.

Léa, qui a passé l'été dernier dehors, comme nous tous, s'est peu à peu retirée, l'automne, puis l'hiver venant. Et on ne l'a plus vue. Un mal fulgurant l'a emportée, sur ces quelques mois d'hiver.

Hier Léa, tu as rejoins ceux qui te manquaient. Aujourd'hui, c'est ta fête. Demain, c'est à nous que tu manqueras.

vendredi 21 mars 2008

Dodo, l'enfant do...

Bon, je sais, je l'ai dit maintes fois, 5 ans d'attente pour un bébé, c'est rien du tout, je resigne, les yeux fermés, oui, c'est vrai, mais...

Car il y a un MAIS.
Je doute de la véracité de mes dires.
Là, aujourd'hui, ce soir, je doute.

21 mars, c'est le printemps. Même si la météo nous l'annonce déjà le 20, moi, je suis restée sur un moyen mnémotechnique assez efficace, à savoir le 21 tous les 3 mois, mars, juin, septembre et décembre, pour retenir le début des saisons.
Bref, aujourd'hui, c'est le printemps et il neige.

Accessoirement, c'est aussi la journée du sommeil, et j'ai dû, grosso modo m'offrir 4 fois 30 minutes de sommeil la nuit dernière.

La recette est toute simple :
Prenez 2 enfants, dont un encore "bébé à l'appétit vorace".
Prenez un repas vite fait, des raviolis à la mozzarella, à la tomate et au basilic de chez le traiteur s'il vous plaît. Ajoutez une petite sauce tomate simple mais délicieuse.
Servez 4 raviolis coupés en petits morceaux audit bébé.
Servez 3 raviolis à Mémère qui se venge sur la salade.
Servez 6 raviolis au Prince.
Ne servez pas l'aînée qui se contente d'un bol de riz, ayant plombé la nuit dernière le sommeil de ses parents avec une gastro nocturne relativement piquante au nez.

Reprenez 1 ravioli dans l'assiette du Prince afin de satisfaire l'instinct vorace du bébé qui s'écrie "'cor, 'cor", debout sur sa chaise, en plongeant les 2 mains dans l'assiette de son père.

Couchez ces enfants repus (quoique le riz...), satisfaite de pouvoir enfin décompter les demi-heures qui vous séparent du sommeil tant mérité.

Couchez-vous à une heure raisonnable (23 heures) et endormez-vous paisiblement.

23h30, plongée dans votre tout premier sommeil, sursautez en entendant l'aînée crier "Mamaaaaannnnn, MM2 a fait un gros hoquet et elle a tout vomi !"

Soit. Elle a trop mangé, la pauvre. Mais le spectre de la gastro plane autour de la chambre des enfants. Partage de verres, de couverts, de tututtes, et pourquoi pas de virus ?

Je vous passe l'épisode simplement passionnant du "je change le bébé et la literie à minuit", du "je recouche tout le monde", des commentaires archi-vrais de MM1 "ça me dégoûte le vomi, ma soeur, elle en a mis partout!", et du second round "on recommence - vomir - changer le bébé - le lit" - et tutti quanti.

Le rapport avec le repas ?
La tomate.
Parce que oui, tant qu'à faire, j'aurais préféré qu'elle mange du riz et des brocolis.

Faire tremper le linge toute la nuit dans la baignoire, en suppliant de récupérer le maximum de tâches, éponger le sol, profiter des effluves agréables des circonstances, et se relever, toutes les 20 minutes, au gré d'une diarrhée, ou d'un rendu de raviolis.

Bien entendu, en bonne mère indigne crevée de se relever, je l'ai prise tout contre moi, savourant ainsi le bonheur d'un bébé fiévreux, se tortillant de douleur, qui sent tout sauf le sable chaud.

Faites le compte des minutes de sommeil lorsque vers 6 h, la radio vous agresse les tympans en parlant du sommeil des Belges, et pensez juste à la journée de folie qui vous attend, là, devant vous, avec 2 gosses malades, des rendez-vous par-dessus la tête, des "contraintes temps" juste impossible à tenir, le tout avec la tête dans un étau.

Je pense, honnêtement, que si j'avais su tout ça avant, j'aurais peut-être pas voulu resigner tout de suite. Du moins, je pense que je me serais assurée d'un service après-vente efficace, 24/24, 7/7.

Oserais-je vous dire que je suis censée partir dimanche une semaine "en vacances" ?

mercredi 19 mars 2008

La chute

Septembre 2000.

Je suis tombée.
J’ai été giflée, frappée, humiliée.
Je gis au sol, incapable de me relever.

Mes jambes sont comme anesthésiées, mes bras comme ankylosés, ma tête est lourde, j’ai du mal à ouvrir les yeux, j’ai l’impression qu’une fanfare défile entre mes oreilles, un sifflement continu qui ne s’arrête plus.

J’ai envie de pleurer, mais la pression exercée sur mon thorax m’empêche de libérer les larmes. J’ai envie de crier, mais il me semble qu’un chiffon placé au fin fond de la gorge m’empêche de parler. Je voudrais bouger, mais rien n’y fait. Je suis clouée par terre, vissée au macadam.

Je voudrais me réveiller. Voir un visage humain, souriant, compréhensif qui me rassurerait, qui me dirait que je vais plonger dans un sommeil profond et me réveiller sans cette douleur terrifiante qui a gagné tout mon corps.

Mais personne ne vient.
Je suis tombée.
Je dois me relever toute seule.
Faire face.
Encaisser.
Devenir des ovaires.
Oublier la femme.
Faire taire la mère qui sommeille en moi.

Bienvenue dans le monde de la PMA.

lundi 17 mars 2008

Mauvaise intuition ?

Un bail que Cendrillon n'avait plus ressenti le besoin de se confier au Miroir. Mais une boule terrible s'était nichée en haut de son estomac.

Elle arpenta tant bien que mal le chemin boueux qui la menait au Château de Blanche-Neige. Elle arriva peu avant la nuit, après avoir couché ses filles et demandé au Prince de la tenir informée du sommeil de MM1.

Quand elle arriva au Château, Blanche-Neige la reçut avec un grand sourire, ravie de partager autour d'un thé leurs dernières aventures. Mais Cendrillon n'avait pas le coeur à plaisanter, ni à se réjouir. Elle souhaitait juste parler au Miroir et lui demander si les plaintes formulées par MM1 au sujet de son ventre douloureux étaient fondées ou non.

Parce que depuis des semaines, celle-ci utilise un soudain "mal de ventre" comme excuse pour ne pas terminer son assiette, pour abréger les courses, pour rentrer à la maison. Bien sûr, ses parents ne sommes pas dupes. Bien sûr ils lui expliquent qu'elle peut demander et dire les choses sans utiliser la douleur comme chantage.

Oui mais ce soir, Cendrillon l'a trouvée différente. Extrêmement fatiguée, sans appétit, à se plaindre de son ventre, un peu de fièvre aussi. Et si elle passait à côté d'un mal plus grave. Et si ...

Blanche-Neige dédramatisa la situation en quelques minutes. Un peu de fatigue, certainement, qui ote l'appétit et donne des maux de ventre. Une gastro en préparation, un caprice peut-être, un besoin de se faire chouchouter.

Oui, certainement, c'est en tous cas la plus grande probabilité, mais...

Et si.
Mais si.

La nuit va être longue.

Le Miroir s'était endormi. C'était sa manière de dire à Cendrillon qu'il n'était pas l'égal de la boule de cristal d'une vulgaire Madame Irma de supermarché.

dimanche 16 mars 2008

Leçon de mots


On roule et on écoute la dernière chanson de Calogero, "Danser encore" qui passe à la radio.

Une ride à la surface,
Sommes nous heureux ?
La lumière s'éteint peu à peu.
Avant d'être dans le noir,
Je veux garder l'espoir.

Et danser encore.
Avancer toute voile dehors.
Et danser encore.
Envoyer valser la mort,
Dans le décor.


- Mamaaaannnnnnn, qu'est-ce que ça veut dire "valser" ? me lance alors MM1.

Non, parce que c'est vrai, maintenant que j'ai les paroles sous les yeux, je peux m'estimer chanceuse, elle aurait pu me demander ce qu'est la mort, la surface, l'espoir...

- Ben, euh, écoute, la valse, c'est la danse des princesses, donc valser, c'est danser. Mais c'est danser à deux, un prince, une princesse, qui dansent sur des temps bien particuliers, enfin je crois, tu sais, maman, elle ne sait pas danser la valse...

- Oui, mais, on peut aussi "valser au lit"... me dit-elle alors, l'air de rien...

- Ah ouais, on peut aussi.

Bravo l'éducation ! J'suis pas super fière, mais bon, j'me suis quand bien marrée.

jeudi 13 mars 2008

4 roues

5 portes, un habitacle, un volant et des milliers de kilomètres au compteur.

Ce soir, nous avons vendu notre "petite" voiture de 9 ans. Un monsieur est venu la chercher, nous avons échangé factures, billets et oté les plaques minéralogiques et puis, nous avons pris congé.

Notre petite voiture noire avait été notre premier achat ensemble, notre premier gros achat je veux dire, réalisé un dimanche, comme à l'accoutumée chez nous. Sans enfant, nous l'avions remplie pour partir en vacances, puis le coffre avait servi à véhiculer le chien, lorsque nous l'avions adopté.

La "petite auto" avait aussi servi à déménager, bourrée de cartons, de valises, de sacs pleins de chaussures dont je n'avais pas réussi à me débarrasser, de vieux souvenirs, et ensuite à charger des tas de meubles achetés ça et là, au gré de nos moyens, de nos besoins, de nos envies aussi.

J'avais peur de ne pas pouvoir la vendre, j'avais peur de la garder trop longtemps, mais finalement, il n'aura fallu que quelques jours pour que la vente soit conclue.
Jamais je n'aurais imaginé avoir un pincement au coeur pour une voiture. Je pense que j'aurais piqué un fou rire si on m'avait dit, un jour, que je serais prête à y aller de ma larmichette en constatant le vide sur la place de parking, en trouvant mon porte-clés allégé d'une grosse clé qui me permettait de retrouver aisément mon trousseau au fin fond du sac.

Non, je ne suis pas matérialiste.
Oui, c'est ridicule.
Mais je m'en fous.
Demain, ça ira mieux.

Et vous, vous vous êtes déjà senti attaché à un objet aussi peu glamour qu'une vieille bagnole ?

mercredi 12 mars 2008

Ciment, truelle et confiance en soi

"Attention, tu vas tomber !" me disait ma mère lorsque, petite, j'essayais de grimper toute seule à l'échelle du toboggan de la plaine de jeux du quartier.

"Si tu manges un chewing-gum, tu risques de l'avaler, et de t'étouffer" me disait-elle encore.

"Si la guêpe s'approche de toi, elle peut rentrer dans ta bouche, dans tes narines et te piquer partout à l'intérieur et tu mourras" continuait-elle.

Je faisais confiance à ma mère. Comment pouvait-il en être autrement ? Comment aurais-je pu mettre sa parole en doute ? Elle m'avait portée, enfantée, élevée, elle m'aimait et me montrait par là combien elle tenait à moi. Pour honorer cet amour, la moindre des choses était de ne pas tomber, de ne pas manger de chewing-gums et surtout, de hurler et de courir dans tous les sens lorsque je voyais une guêpe.

J'étais une enfant angoissée, en proie à de nombreuses idées noires, qui aimait sa mère tout en la craignant, en craignant d'aimer sa mère aussi, de lui montrer, de lui dire.

J'ai été une adolescente très angoissée, bourrée d'a priori, de fausses vérités, incapable de dire sa colère, sa révolte, incapable de libérer des tensions vives qui avaient pris racine depuis l'enfance. Je détestais l'enfant qui sommeillait encore en moi et exécrais l'image de l'adulte qui se profilait devant mes yeux.

Je suis devenue une jeune adulte très complexée, mais surtout peu confiante. La terre tremblait sous mes pieds du matin au soir, j'avais du mal à composer avec l'image que je renvoyais.

Je pourrais dire que 6 années de thérapie ont eu raison de ce sentiment, mais ce serait trahir une partie de la vérité. 6 années de thérapie ont servi à me préparer à la perte de contrôle que j'allais devoir supporter.

La première étape fut un apprentissage des sens. La vue occupait 90 % de mon mode de fonctionnement. Je ne croyais que ce que je voyais, il me fallait voir pour que les choses prennent forme et consistance. J'écoutais peu, trop occupée à regarder alentours. Je détestais toucher les gens, les matières, poser ma main sur un mur, un accoudoir, le froid, le chaud etc. Les odeurs, toutes, m'incommodaient. J'étais devenue incapable d'apprécier l'odeur d'un plat qui mijote, des fleurs qui parfumaient une pièce. Je goûtais sans plaisir, mangeais sans sel, préférant le "fade" à toutes les sauces.

La deuxième révolution eut lieu quelques mois plus tard. Alors que je pensais avoir la mainmise sur mon corps, diriger ma vie avec une certaine organisation, alors que je m'appliquais à ouvrir mon éventail de sensations tactiles, auditives, olfactives et gustatives, j'appris, au détour d'une analyse d'urine faite d'urgence, que le diabète ferait désormais partie de moi, et que j'allais devoir vivre avec lui, d'accord ou pas.

Ce fut l'apothéose de mon apprentissage sensoriel. Écouter mon corps et moins ma tête, faire confiance à des sensations, et non à des impressions. Il m'aura fallu évidemment comprendre le déclencheur d'une telle bombe, retracer les derniers événements pour comprendre les dégâts qu'avait causés un choc émotionnel violent trop vite "intellectuellement, raisonnablement" réglé.

Faire de la place en moi pour accepter la maladie non plus comme une ennemie mais comme une compagne de route, d'infortune certains jours, apprendre à m'écouter non plus parler, ni écrire, mais vivre, m'a permis de créer la confiance dont j'avais tant besoin pour grandir.

D'avoir déconstruit brique par brique l'enclos dans lequel je me trouvais m'a donné le pouvoir de faire de moi l'artisan de ma vie, qui construis un mur à droite, et une porte de chaque côté, en sachant que si demain, le mur tombe, je pourrai toujours en reconstruire un autre.

lundi 10 mars 2008

On disait que ...

Samedi, nous avons participé à un dîner organisé dans une école pour récolter des fonds pour l'association qui gère les nounous de la région. Les enfants étaient évidemment à l'honneur, ils pouvaient venir déguisés, maquillés, endimanchés à souhait.

Après la sieste de l'après-midi, MM1, toute excitée, a dû choisir son déguisement. Exit le costume de Winnie l'Ourson, bonjour les robes de princesse !

L'une, rose, de marque bien chère, est magnifique. Elle brille, elle tourne, elle a des volants, elle a même des accessoires assortis. C'est de loin ma préférée.

L'autre, bleue, offerte dans un coffret "1 robe – 5 tenues" au vu des multiples ceintures qui permettent de changer l'aspect de la tenue sans toutefois trop la modifier.
La bleue, moins onéreuse, est aussi de piètre qualité. La robe ne scintille plus, et ce depuis le premier lavage en machine (oui, j'ai omis de vous raconter l'épisode "une princesse mange des spaghetti à la sauce tomate"), malgré tous les soins apportés, a perdu un petit ruban par-ci, des paillettes par-là, et n'est pas aussi bien coupée que la première.

MM1 me demande mon avis sur le choix de sa robe. Je le lui donne, en toute franchise, l'une est "une vraie robe de princesse, en plus, elle est rose et elle brille", l'autre "est un peu abîmée, elle est moins jolie, puis, elle est bleue". Bref, "ma fille, la rose t'ira nettement mieux, tu ne penses pas ?!"

"Euhhhh, non, je vais mettre la bleue !"
"Mais enfin pourquoi ?"
"Par-ceu-keu, je veux mettre la bleue !"
"T'es sûre ? La rose est plus jolie pourtant !"
"Nan, j'ai dit "la bleue" "

C'est clair, au moins, elle sait ce qu'elle veut. Et moi, j'aurai appris une chose : être plus maligne, et ne plus lui offrir la possibilité de me contredire !

Quant à sa sœur, arsouille diplômée, elle a eu droit au déguisement de Winnie l'Ourson, généreusement offert par MM1, ravie de s'en débarrasser. J'avais quelques craintes, car le costume comprend une coiffe, une espèce de bonnet censé représenter le tête de l'ourson. Bien entendu, la miss n'a pas daigné le garder plus d'une seconde, même pas le temps nécessaire pour allumer l'appareil photo afin d'immortaliser l'instant.

Ce qui a par contre fort intéressé MM2, c'est le repas. Après avoir ramassé toutes les miettes des chips et biscuits apéritif de la table, elle a manifesté une grande impatience. Soupçonnant son pauvre estomac de crier famine, j'ai demandé son assiette avec un peu d'avance. Une assiette dite "enfant moins de 3 ans" : à 18 mois, elle avait donc de la marge. Ni vu, ni connu, chaud, froid, peu importe, elle a vidé l'assiette en 2 temps-3 mouvements.

Et lorsque j'ai reçu mon assiette, c'est à deux mains qu'elle a dévoré mon gratin dauphinois; mes carottes, mes haricots, me laissant le bout de lard qui les bardait. Le temps que je souffle sur l'assiette de MM1, MM2 avait engouffré un os d'agneau qu'elle suçotait en ponctuant de "mmmmmmm…" sur toute la gamme !

J'ai cru qu'après le festin qu'elle s'était octroyé, nous allions avoir doit au gros rot de contentement, mais il n'en fut rien. Elle a tout digéré en dormant, moyennant 1 seul réveil, jusque 9 heures le lendemain.

Si d'aventures, vous vouliez vous débarrasser d'un costume de camionneur, je suis preneuse…

vendredi 7 mars 2008

Au pays des Bisounours

Dans l’histoire de Cendrillon, celle-ci pleurniche et se mouche devant l’injuste décision de sa méchante belle-mère de la laisser nettoyer la baraque pendant que ses demi-sœurs moches et idiotes vont tenter de faire « belle-belle » au bal, histoire d’attirer sur elles le regard du beau et riche Prince vraiment charmant.

Au lieu d’aller chercher son père qui est censé être le Roi (non mais !) afin que celui-ci règle, une bonne fois pour toutes, le sort à la vilaine belle-mère, c’est sa marraine, la fée, qui apparaît, et qui d’un coup de baguette magique, transforme une citrouille en carrosse, et Cendrillon en princesse, lui permettant ainsi de se rendre au bal et de se faire remarquer du Prince.

La suite, vous la connaissez, je vous l’épargnerai donc.

Moi, vieille Cendrillon qui s’en fout d’aller au bal séduire un Prince, parce que j’en ai déjà un (et que je ne sais absolument pas ce que je ferai d’un deuxième), je peste aujourd’hui de ne pas avoir de marraine.

Je me serais mise à pleurer, là, et elle serait apparue, peu importe son look, son âge, son poids, je l’aurais aimée. Elle m’aurait demandée le pourquoi de mes larmes, et je lui aurais expliqué toute ma frustration, tout mon dépit, cette remise en question permanente et obsédante, dont je vous livre une infime partie ici :

- je comprends rien, Cendrillon
- qu’est-ce que tu ne comprends pas ? Tu peux expliquer, avec d’autres mots ?
- ben, euh, non, ché pas, je suis perdue
- bon, regarde-moi, et écoute moi, cesse de te dire que c’est compliqué. Imagine-toi, tu te promènes en ville, tu as faim, très faim. Tu as devant toi une mercerie et juste à côté une boulangerie. Tu vas entrer où ?
- ben, euh, ché pas…
- comment ça tu sais pas ?

(une autre fille)
- c’est quoi une mercerie, Cendrillon ?

C’était donc ça. La première ne savait certainement pas ce que c’est, une mercerie. J’explique donc ce qu’on peut y trouver, insistant quand même sur le fait que si je meurs de faim et que j’ai une boulangerie devant moi, il y a de fortes chances pour que j’y trouve de quoi calmer ma faim, au grand dam de ma balance, of course.

Remise en question de mon exemple, donc. Je reformule, et au lieu d’utiliser le méchant mot « mercerie », j’opte pour l’enseigne du magasin qui se trouve dans la rue, à quelques mètres d’ici, enseigne archi connue, mille fois plus que le mot « mercerie ».

Mais rien. Affamée, ma stagiaire serait restée là, plantée sur le trottoir, attendant la becquée, au lieu de regarder autour d’elle.

Marraine, pitié, magne-toi les fesses, prends 50 baguettes magiques s’il le faut, mais donne-moi quelques sacs de neurones à distribuer, afin qu’ils ferment leurs bouches grandes ouvertes et que leurs regards prennent vie, afin qu’ils aient enfin les moyens de penser, tout seuls comme des grands, comme des adultes responsables, des citoyens éclairés…
La fin de mon histoire est sordide, je vous le dis : je vais me chercher un séminaire sur la créativité. Bientôt, j’expliquerai 1+1=2 en dessinant des poules, et on s’enverra des courriers en langage SMS, et à la place de l’adresse du destinataire, on collera un autocollant de bisounours.

Bon, c’est pas tout, après mes envies de meurtres, j’ai envie d’un bon café.

mercredi 5 mars 2008

Urgent : cherche...

- MM1, range un peu ta chambre, dis donc, on peut même plus bouger tellement y'a des jouets, des livres, des déguisements qui trainent partout !
- MM1, à table !
- MM1, viens ici que je te recoiffe, on y va, là, dépêche-toi !!!
- MM1, qu'est-ce que tu as mangé ce midi à la cantine ?

sont autant de questions, d'appels qui restent sans réponse.

Parfois, je répète 5 fois la même question avant que la miss daigne lever les yeux et me regarder d'un air "adolescent-rebelle-qu'est-ce t'um'veux ?" que j'apprécie tout particulièrement.

Et quand l'envie me prend de faire un brin de causette éducative avec mon aînée, du style "Pourquoi as-tu frappé ta soeur ? est-ce qu'on te frappe, nous ? quand on se fâche, on le dit, qu'on n'est pas content, qu'on est en colère, ou triste, mais on ne frappe pas !, est-ce que tu comprends ce que je te dis ?", et qu'elle me répond, l'air pénétré "oui mais ... euh ... moi, quand j'étais peutite (sic), ben, je faisais pipi dans la couche"..., j'avoue me demander si l'option "je consulte un ORL en urgence" n'est pas LA solution à un éventuel problème de surdité.

Je dis bien "éventuel problème de surdité" parce que je n'ai aucun doute sur la question. Il suffit que je grommelle 3 jurons entre les dents que MM1, pourtant dans la pièce voisine, les répète, me singeant, se moquant ouvertement.

Ainsi, elle venait de se faire mal aux fesses (je ne sais plus comment), et la seule chose qui m'est venue à l'esprit fut de dire "ça, ma fille, c'est parce que tu n'as pas assez de gras au cul !"

"Pas assez de gras au cul, pas assez de gras au cul, uh uh, c'est rigolo ce qu'elle dit maman !"

Rien de bien méchant, en effet, mais de la plus grande classe en société. D'ailleurs, je veille au grain : vu qu'elle enregistre les milliers de jurons que sa mère a l'indécence de sortir sans prévenir, je sens que je vais passer des heures dans le bureau du Directeur, à essayer de lui faire croire que ce n'est pas à la maison que ma fille apprend de telles insanités !

Donc, ce devient urgent, je cherche des jurons gentils (comprenez, polis) pour ponctuer mes phrases, égayer mon vocabulaire, traduire mes émotions de jeune maman souvent débordée !

lundi 3 mars 2008

Le brouillard

Mars 2002.

Elle et moi, on s'est rencontrées sur les bancs de l'université. J'ai adoré son insouciance, sa joie de vivre, on partageait une passion pour un même groupe de musique, on se racontait tout, souvent pendant une bonne partie de la nuit, bref, on est vite devenues des amies.

Je voulais des enfants, enfin, je voulais un enfant pour commencer, et entamais cette année-là sur les chapeaux de roue, portant 2 embryons sous ma robe de mariée le mois d'avant. Hélas, je n'aurai pas eu le temps de savourer bien longtemps cette grossesse, qui avait pris un tour fort peu réjouissant.

Elle décrétait ne pas avoir spécialement envie d'enfant, mais il suffisait de la regarder avec un perlinpinpin dans les bras pour comprendre qu'elle serait une maman épanouie.

A l'heure où le goût amer du deuil vint s'engouffrer dans ma bouche, dans mon corps, dans mon âme toute entière, elle m'apprenait, à demi-mots, sa grossesse. Sous le choc de l'annonce, je me souviens avoir raccroché le téléphone, médusée de ne pouvoir savourer l'idée de nous deux, le bide en avant, sur des photos souvenir.

On a raccroché, ce jour-là, en se disant qu'on se rappelait.
Et on ne s'est pas rappelées.
J'ai vite compris qu'on ne se rappelerait certainement pas, j'en étais devenue incapable, et elle aussi. J'étais anesthésiée dans mon deuil, elle devait nager en plein bonheur. Il n'y avait plus de lieu où nous rencontrer.

Un faire-part de naissance est venu me prévenir, 7 mois plus tard de la naissance de son petit garçon. Sans un mot, sans rien d'autre qu'un carton d'invitation pour une liste de naissance.

Je me souviens avoir reconnu son écriture sur l'enveloppe et me vois encore, les mains tremblantes d'émotion, chercher non pas le prénom du bébé, ni son poids, ni sa taille, mais une main à saisir, un appel, une promesse d'une nouvelle rencontre. En vain.

J'ai renvoyé le faire-part, accompagné du seul regret de ne jamais pouvoir connaître ce petit garçon. Ce faisant, j'écoutais mon coeur rempli de colère, de frustration, de tristesse.

J'ai longtemps pensé avoir eu raison de ce geste violent. Le jour où je suis rentrée de la maternité, ma fille dans les bras, j'ai mesuré toute l'ampleur de mon acte. MM1 a 3 ans, son petit garçon a eu 5 ans.

J'ai son adresse e-mail sous les yeux et une grosse boule dans le ventre.

dimanche 2 mars 2008

Bon, d'accord ...

c'est tiré par les cheveux !

Si j'étais payée à l'heure, travailler un jour de plus signifierait plus d'heures payées, non ? Mais si je suis payée "au mois", peu importe que celui-ci compte 30 ou 31 jours.

Ainsi, février ne compte que 28 jours, sauf certaines années dites "bissextiles" afin de faire coïncider le calendrier et la rotation de la Terre autour du Soleil.

C'est donc mon boss qui est content. En 29 jours, j'ai pu en faire plus qu'en 28. Mouais. Vendredi ne fut pas la journée la plus productive du mois. Ce vendredi avait bien plus un avant goût de week-end qu'un jour de productivité supplémentaire, m'enfin.

Certes, c'est biscornu, comme raisonnement, mais levée de mauvais poil vendredi, il m'a semblé "travailler pour rien", "gratuitement" en quelque sorte ! Et même si vous me dites "M'enfin Mémère, les autres années, c'est comme si tu gagnais 2 jours sur février, alors que là, t'en perds 1 seul", rien n'a pu me faire changer d'avis. Ma mauvaise foi, je l'assume.

Mon humeur a définitivement viré au noir, lorsque, de sortie pour un petit resto entre collègues, j'ai pointé en retard sur mon temps de midi : non contente de venir "travailler généreusement", je me suis vue infliger un déficit d'heure pour absence.

Dans 4 ans, je reste couchée, c'est sûr !!
Sinon, vous, rien de spécial ?