mardi 30 septembre 2008

Rentrée rime avec...

docteur !

Pensez-vous, après un été sans devoir moucher un nez, il a fallu se réhabituer à entendre renifler, tousser, de jour, comme de nuit malheureusement.

Et donc, après avoir vidé 2 bouteilles de sirop homéopathique, 1 spray nasal homéo aussi, 1 bouteille de solution d'eau de mer pour fosses nasales, 4 boîtes entières format familial de mouchoirs, MM1 s'est mise à tousser de plus belle, se réveillant maintes fois la nuit, et arborant donc au petit matin des cernes et une mine à faire pleurer dans les chaumières.

Lundi matin, j'ai appelé le toubib, espérant secrètement qu'il me donne par téléphone la recette miracle : 2 granules de perlinpinpin le matin, 3 le midi et 4 le soir et hop, le lendemain, finie la crève !

Mais non, rendez-vous à 15 heures, faut que je l'examine, blablabla.
Il y a 22 km entre l'école de MM1 et le cabinet du docteur. Un grand classique, MM1 s'est endormie au bout de 20,5 km, bouche ouverte et ronflements assurés. Il n'y avait plus qu'à prier pour que la pédiatre n'ait pas trop de retard.

C'était sans compter sur une urgence, un nouveau-né malade. Donc dans la salle d'attente, on a eu le temps de papoter, de répondre aux multiples questions de la miss (et elle a des enfants le docteur ?, et elle a un chien aussi ? et elle travaille que ici ? et son mari, c'est qui ? et les dessins sur les murs, c'est qui qui les a faits ?) et elle va me faire quoi ?

Ah. Enfin, la voilà la seule question pertinente !
- Comme d'habitude ma chérie, regarder tes oreilles, le fond de ta gorge (tu te souviens ? tu tires très fort la langue et tu dis aaaaaaaahhhhh)
- Comme ça "aaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhh"
- Nickel, c'est super bien ça !
- Et quoi d'autre ?
- Ben, je sais pas, elle écouter tes petits poumons, ton petit coeur, avec le ...
- photoscope !
- non, le stéthoscope !
- le sté-thos-cope ! De toutes façons, moi, ce docteur, je l'aime bien, elle est gentille, alors je vais tout lui raconter !
- oui, elle est vraiment sympa, la pédiatre !

Le nouveau-né est examiné, c'est enfin à nous, 45 minutes après l'heure. La salle d'attente est pleine et je vois bien la pédiatre ennuyée de ce retard. Elle écoute le coeur de MM1, ses poumons, regarde le fond de sa gorge, sans le moindre problème. Puis, elle lui demande de tousser :

- NON.
- Si, tousse un peu, je dois écouter la toux, comme ça je pourrai la soigner.
- Allez chérie, tu ne fais que ça depuis 4 jours, tousser. Tousse pour montrer au docteur.
- Pas quesssssstion.

Et elle croise les bras. Elle a eu beau essayer diverses techniques pour l'obliger à tousser, MM1 luttait tellement que rien ne sortait. Je suis donc amenée à décrire cette toux et je m'exécute du mieux que j'aie pu. Elle me fait l'ordonnance, je règle, je rhabille les filles et m'apprête à lui dire au revoir, lorsque MM1, qui ne faisait plus attention à l'incident, se met à tousser, une belle quinte.

- Ah mais pas du tout, c'est pas du tout comme vous me l'aviez décrite ! Et hop, on se rassied, on déchire l'ordonnance, on recommence.

Moralité : ne jamais faire comprendre, même subtilement à MM1 qu'on est pressé, elle redoublera d'ingéniosité pour vous faire perdre le double de temps.
En plus, j'ai eu l'air con. Même que j'ai gardé le sourire.

dimanche 28 septembre 2008

Lettre à MM1

Ma poulinette d'amour,

Lorsque je pense à ce blog, à cet endroit virtuel qui accueille mes mots, c'est ton visage qui se dessine dans ma tête. Toi, ma petite fille qui grandit si vite, toi qui intellectualises tellement la vie, je pense que tu comprendrais bien cette idée du blog, si seulement je prenais la peine de t'en parler.

Je te regarde noircir des feuilles de papier d'étranges ondulations et m'interroge. Tu devines mes pensées dans mon regard et m'expliques alors que tu "fais des listes". Bientôt, tu m'écriras des mots, ceux que tu me lances au détour d'une franche rigolade ou d'une engueulade, des mots forts, ceux qui nous laissent pantois, tellement ils marquent : "maman, je suis très inquiète, j'ai besoin d'un câlin"; des mots qui font que la colère s'évanouit instantanément.

Ma fille, tu es dans les hauteurs, tu voles dans les esprits, tu cherches sans cesse le pourquoi, le comment, et anticipes déjà les conséquences. Ton papa et moi, on a beau essayer de te garder sur Terre, tu décolles sans cesse.

J'aime te regarder grandir avec d'autres enfants, je souris de te voir rigoureuse en amitié, entière et fidèle. J'aime te voir partager avec gaieté, j'aime t'entendre inventer des histoires abracadabrantes dont je retrouve des bribes de notre vie de tous les jours, j'adore sentir le poids de ton corps sur le mien, lové dans mes bras, ma bouche caressant tes cheveux, ton front, ta joue.

Tu as changé notre vie, tu portes certes notre attente d'enfant, tu portes malgré toi ce poids de l'anxiété de cette grossesse, mais tu sauras en faire ta force, je n'en ai pas le moindre doute. Tu marches avec ta tête mais tu grandis avec ton coeur, la voie qui s'ouvre devant toi me remplit de confiance et de sérénité.

Et lorsque nous avons visité le tout petit cimetière du village, et que tu m'as posé dix mille questions, tu as adoré me dire de manière profonde et spontanée que quand je serai morte, tu viendras fleurir ma tombe tous les jours, pour me dire que tu m'aimes et que tu penses très fort à moi. A moi maintenant de faire en sorte qu'on puisse tout se dire afin que tu puisses oublier ma tombe et me garder auprès de toi, dans ta tête, dans ton coeur, et que ces fleurs soient en pensées, en nous, pour nous, entre nous.

Je t'aime.

jeudi 25 septembre 2008

Le rouge, avant le vert ou dans le verre ?

Hier, au lieu de me prendre la tête sur le clic droit et les tabulations avec mes ouailles, je me suis évadée dans un Salon professionnel, où tout était beau, brillant, avec par-ci par-là, la touche glamour qu'on aime poser sur le métier de "management assistant".

Elle était partout et nulle part, flottant dans les airs, cette icône superbe, cette fille trilingue et plus si affinité, ortho irréprochable, très bonne bureauticienne, qui jongle parfaitement avec les tableaux croisés dynamiques et les masques powerpointiens, qui est belle même quand elle n'a pas dormi parce qu'un moutard a décidé de se taper la gastro du siècle, toujours maquillée à la pointe du couteau, coiffée comme si elle avait le temps de se faire the brushing au réveil.

Elle, elle sait tout faire, c'est le bras droit du boss, c'est elle qui devine tout, prépare tout, on lui balance tout, et pouf, elle règle tout, avec le sourire, bien entendu. Elle, elle anticipe tout le temps, elle connaît par cœur les fuseaux horaires et deale avec les gros clients en attendant que son manager termine son lunch avec son pote du tennis, elle décide des prochains business gifts à offrir à Noël, et trouve toutes les solutions pour que le planning soit booké parfaitement, sans privilégier l'un, sans dénigrer l'autre.

Hier, dans ce Salon professionnel, il y avait des learnshops. Et celui auquel j'ai assisté était tout simplement génial. Pour faire court, il s'agissait de considérer, aux côtés du fameux QI (quotient intellectuel) et du plus récemment adopté QE (quotient émotionnel), le QP, le quotient physique ou corporel.

Le lien avec le monde du sport est crucial. L'accent était mis non plus sur les performances, mais sur ce qui fait qu'un athlète gagne une compétition ou un match. L'idée était de mettre en évidence la manière dont on doit gérer son corps quand on le met sous pression, et de dire qu'on peut lui demander énormément d'efforts, mais qu'il faut aussi lui permettre de récupérer.

Le formateur a ensuite comparé le corps à un compte en banque (tout de suite, j'ai bien visualisé). Dans le vert, les dépôts, les sources d'énergie, en rouge, les dépenses d'énergie sous tension. Le message était le suivant : peu importe ce qu'on dépense, le tout est qu'il y ait suffisamment de dépôts. Ce n'est pas l'excès de rouge qui peut être fatal, mais bien le manque de vert.

Aussi, on distingue 7 sources d'énergie. Outre les indispensables "bouger, manger-boire-lumière et dormir", on trouve les contacts sociaux, la satisfaction psychologique (reconnaissance, nouveau challenge etc.), les détentes, actives ou passives, et l'humour.

Pendant que le formateur parlait, j'analysais mon état. Certes, je tire très souvent, trop souvent dans le rouge, mais en faisant la somme du vert, je trouvais que finalement, ça s'équilibrait pas trop mal. Je bouge tout le temps, je mange le plus souvent possible sainement, je manque un peu de lumière et un peu trop de sommeil, mais je suis une source intarissable de nouveaux défis en tous genres, je m'auto-satisfais en reconnaissant tous mes mérites, et ce chaque jour (dit-elle en se frottant les ongles sur le revers de sa veste …), j'ai des contacts sociaux épanouissants, des détentes (je peins des murs, je blogue, je regarde même la StarAc'), et j'ai ma dose de fous rires quotidiens, surtout au boulot.

Au palmarès des détentes, je positionnerais quand même la cuisine. J'adore bricoler dans mon frigo, dans mes placards, dans mes casseroles et surtout, j'aime goûter le résultat. La cuisine, ça me détend. En pensant au schéma du learnshop, cuisiner devenait pour moi une source de récupération.

Aussi, l'autre soir, je m'activais pour tout terminer avant de partir au cours d'aqua-gym, il me restait le pain à faire pour le lendemain. 2 paires de mains s'accrochaient à mes habits, et 2 bouches pleurnichaient des "mamaaaaannnnn" sur toute la gamme. Je n'avais pas d'autre choix que de les faire participer à la confection du pain.

La farine dans le bol, j'ai demandé à MM2 de la mélanger, le temps que j'aille poser le lait, et de prendre l'huile. Sa grande sœur voulait elle aussi mélanger, mais c'était sans compter sur la petite qui avait déjà chopé le bol de l'autre côté et criant "à ma, à ma" comme si un énorme monstre allait le lui arracher des mains.

J'avais juste envie que la mise en route du pain se fasse le plus vite possible, sans hurlements, sans cris, sans disputes.

Et le bol est tombé, projetant de la farine un peu partout, sur les vêtements, le sol, le plan de travail. Ce soir-là, j'ai pas récupéré du vert, j'ai vu rouge en moins de deux. J'ai tellement hurlé sur la petite que c'est la grande qui a eu peur et qui a foncé chez son père.

La détente active est devenue l'enfer, ma montre résonnait dans mes oreilles, je me suis trouvée la Reine des Courges à être pleinement consciente du "faites ce que je dis, pas ce que je fais".

Installée au volant de ma voiture, encore contrariée par cette course effrénée vers la piscine (tiens, il paraît que c'est une détente, on se demande pour qui), je me suis dis que j'allais carrément me mettre au rouge, ça m'évitera de conduire, de me réveiller la nuit pour des doudous tombés sous le lit, je cuisinerai plus, je ne m'énerverai plus, je danserai sur la table, en chaussettes et en tutu, et quand j'aurai terminé ma chanson, je tomberai d'un sommeil de plomb.
A bon entendeur…

lundi 22 septembre 2008

Ouiiiiiinnnnnn

Des fois, parfois même souvent, Mémère, elle en a ras-le-bol.
Ras la casquette.
Ras les miches.

Elle a la tête prise dans un étau, fatiguée de se casser les neurones à gérer des situations qui demandent non pas une solution technique, mais qui découlent d'un effort de communication intense, d'une écoute attentive, d'une réponse réfléchie, donnée avec tact, mais aussi avec empathie.

Quand une de mes stagiaires s'est effondrée sur sa chaise en pleurant à chaudes larmes, j'ai déconnecté quelques secondes, j'avais pas envie d'intervenir, j'avais juste envie qu'elle disparaisse, elle et ses sanglots bruyants. J'ai inspiré profondément, calmement, et je me demande encore où j'ai trouvé l'énergie pour gérer une femme d'une cinquantaine d'années qui s'écroule littéralement devant moi.

C'est rare que j'aie à ce point envie de démissionner d'une situation. Envie de me dire "non, je bouge pas, je dis rien, je fais comme si j'avais pas vu". Mais cela fait partie de mon métier de gérer cette détresse, de la recevoir, même si je ne fais pas partie des gens qui tendent les bras pour l'accueillir. C'est tombé sur moi.

J'aurais voulu, cet après-midi, être électricien, ou maçon. Casser des murs pour y planquer des fils et refermer des murs, ou bien les construire et pouvoir dire quantitativement ce que j'ai fait de mes deux mains aujourd'hui. J'aurais aimé être jardinière aujourd'hui, et regarder ce soir tous ces arbres que j'aurais plantés, j'aurais aimé être chef et de façonner des plats. Faire un métier où la relation à autrui est minimalisée, faire un métier où je puisse me concentrer sur une tâche à accomplir, une tâche mesurable.

Il y a une chose qui me permette de tenir, d'évacuer ce stress, de vider cette tête pleine de mots, de réflexions, qui me permette aussi de fermer des portes derrières lesquelles se battent des centaines de visages, c'est peindre.

Hein, quoi, comment ? MémèreCendrillon est une artiste ?
Doucement, doucement...

Je ne vous ai jamais dit que quand je m'applique à dessiner un chat, MM1 trouve mon lapin très moche ? Alors, il n'est pas encore né celui qui me verra devant un chevalet, à créer des personnages et des paysages rouges, verts et bleus. Je peins des murs, moi, au rouleau, et au gros pinceau, même que je tire la langue quand je dois m'appliquer pour ne pas dépasser sur le plafond...

Ça, ça me défoule. Ça me rappelle combien j'avance, et puis, pendant ce temps-là, je suis seule avec la Mémère, ça papote à l'intérieur, ça vagabonde côté chocolat, ça glisse côté vanille. Personne pour chialer sa mère, sa soeur ou son chat, per-sonne !

Et vous, vous faites comment pour vous vider la tête ?

jeudi 18 septembre 2008

La course

Les enfants, c'est pas compatible avec un planning.
Un lave-vaisselle non plus.

Ce matin, les filles et moi aurions pu dormir 45 minutes de plus. Pensez-vous, à 5h53, j'ai ouvert un oeil, puis l'autre pour constater que nous étions bien 4 dans un lit d'1 m 40, et que les 2 soeurs convoitaient la meilleure place, à savoir, au chaud contre Maman. Sauf que MM2 avait décidé qu'elle aurait sa place, coûte que coûte, et pour s'assurer du Sésame, elle s'était ruée sur mon corps, me tirant de ma torpeur plutôt violemment, puisque ses petits genoux appuyaient sur ma vessie, chose plutôt inconfortable le matin.

J'ai eu beau tenter de nier leur présence, les jetant hors du lit tout en m'enroulant dans ma couette bien chaude, rien à faire, elles repartaient à l'assaut du lit, de MON lit.

Puisque nous étions levées, le Prince déjà parti, j'en ai profité pour vider le lave-vaisselle qui avait tourné la nuit, et mon premier coup d'oeil à la vaisselle me fit vite déchanter, tant le résultat n'était pas à la hauteur. Dans un ultime sursaut d'optismisme, je me suis mise à trier la vaisselle, rangeant ce qui était propre, lavant à la main ce qui était encore sale. Autant dire que l'avance due au réveil précoce des filles s'est très vite résorbée dans cette activité hautement passionnante.

Les mains plongées dans l'eau bouillante et savonneuse, je me suis quand même penchée sur le pourquoi de cette journée "décalée" et ai vaguement jeté un coup d'oeil à l'horloge : 8 h 25. C'est que l'école commence à 8 h 30, et habitant à 25 m de la classe, je me serais sentie plutôt mal d'invoquer la circulation, et encore moins mon maudit lave-vaisselle.

Ni une, ni deux, la vaisselle s'est terminée, et j'ai demandé aux filles de s'habiller. Et de préparer leurs chaussures. C'était sans compter sur MM2 (dont le nouveau surnom est "la boulette zouzou" qui est arrivée vers moi, les jambes écartées comme si elle venait de faire 2 heures d'équitation en me disant "caca, maman, ça pique !"

Merde. Ces foutues dents de merde qui lui bouffent la peau des fesses. Un vrai crève-coeur. Et pendant que je change la Boulette, c'est la Nénette (sa soeur, donc) qui se pointe : "je peux mettre mes baskets, Maman ?"

Elle se fout de moi. Je vous ai sciemment épargné l'épisode "je veux mettre une robe aujourd'hui maman, une robe qui tourne !" Une robe avec des baskets ? Où est passée la princesse qui avait pris possession d'elle ?

"Alors, écoute, ma chérie, y'a des règles dans cette maison, et là, je vais t'en ajouter une : on ne met pas une robe avec des baskets, ok ?"
"Mais pourquoi ?"
"Parce que c'est moche, c'est une faute de goût. C'est comme si tu mettais une robe de princesse avec un manteau rouge juste à côté, ça jure."
Comme elle est adorable, elle a été gentiment reposer ses baskets pour reprendre ses chaussures "normales" (pas roses non plus, hein !)

Bref, on est arrivées lorsque tous les petits entraient en classe. Tout juste. J'ai cru que le pire était passé et que maintenant, j'allais pouvoir respirer. Parce qu'il fallait encore emmener la Boulette chez l'ostéopathe, qui est à 45 minutes de route de la maison, pour ensuite la déposer chez la nounou, et accessoirement, aller bosser un peu. Et si possible trouver un distributeur sur la route afin de régler l'ostéopathe.

J'étais pourtant détendue, j'aime conduire. La Boulette chantonnait, regardait ses bouquins et me répétait "tuture, maman, tzuture maman !"
"Oui, chérie, des voitures, y'en a pleins sur la route, t'as vu ?"

Et elle a fini par s'endormir. Enfin. Et quand on est enfin arrivées, elle n'a plus voulu se réveiller. Quand j'ai ouvert la portière, un rapide coup d'oeil sur ma montre m'indiquait que le rendez-vous avait commencé depuis 4 minutes, et un deuxième rapide coup d'oeil vers les pieds de ma fille endormie me fit comprendre que même si j'étais garée devant la porte, je n'étais pas encore dans le cabinet : la miss étaient pieds nus.

Pourtant, elle m'avait prévenue, il n'y avait que moi pour confondre des chaussures avec des voitures !
Bref, j'avais prévenu que je serais "un peu en retard", je suis finalement arrivée 20 minutes avant la pause déjeuner... Tout va bien.

lundi 15 septembre 2008

Le Diable s'habille en Chocolat !

Il m'arrive, de temps en temps, au boulot, de recevoir des pralines. Des bonnes, des moins bonnes, et parfois, des très bonnes.

La vie est ainsi faite que moi qui ne peux médicalement pas manger de sucre suis une fan de sucre et que mes collègues, qui pourraient avaler d'un coup d'un seul un ballotin entier sans craindre aucune autre foudre que celles d'une balance capricieuse et de mauvais poil, ne sont que très moyennement intéressées par le chocolat.

Diantre ! Quelle injustice !

Vous ne croyez pas si bien dire…
Je pourrais ignorer ce présent, et le déposer à table, le midi, afin d'en faire profiter tout un chacun. Je pourrais enfermer le petit paquet plein de subtiles mélanges cacaotés, et l'oublier. Je pourrais le ramener à la maison, et l'offrir au Prince, qui serait ravi de piocher quelques chocolats de renommée tout en pianotant sur le clavier.

Mais non. Impossible de résister. Impossible de laisser le paquet emballé si joliment sans y faire honneur. Et une fois le paquet entamé, impossible de le refermer. Ben oui, me diriez-vous, c'est toujours pareil avec du chocolat, c'est bien connu !

Sauf que les tablettes de chocolat, c'est toujours le même chocolat, et donc, on risque (je dis bien "risquer", parce que c'est pas vrai pour tout le monde) de s'en lasser. Mais les pralines, c'est … la surprise.

Et je me surprends à craquer allègrement, oubliant sciemment que cet abus me coûtera très cher en terme de bien-être et de santé, mais je m'en contrefous. Praline après praline, je savoure cet effet de surprise sans cesse renouvelé, et je m'arrête dans mes pensées, dans cette course effrénée aux objectifs, je me calle sur ma chaise, je fixe mon écran, et je voyage au pays des saveurs.

Si je savais dessiner, je me fendrais bien de l'ange et du diable au-dessus de ma tête, chacun dans leur phylactère, à s'engueuler. L'un tenterait vainement de me rappeler à la raison, l'autre m'encouragerait dans cette débauche sucrée, douce et apaisante. Moi, je ferais juste la sourde oreille, je les regarderais se battre et sans culpabiliser, je continuerais à me lécher les doigts de ce chocolat qui commence à fondre gentiment.

Le paquet de 250 grammes se vide peu à peu, bien que trop vite à mon goût. Et lorsqu'une praline entamée se révèle merveilleuse, je pense déjà à la suivante du même acabit. Et si la suivante ne rencontre pas toutes mes attentes, je replonge dans le paquet en chercher une autre, convaincue qu'elle sera meilleure et fera passer le goût moins savoureux de la précédente.

Puis, soudain, telle l'élève qui sort de sa torpeur en entendant la cloche d'école qui sonne le début de la récréation, je me réveille, et referme vite le paquet, honteuse qu'on puisse penser que "j'aie mangé tout ça à moi toute seule". Je le cache et tente de l'oublier. Je repars dans mon hyperactivité relative, je recommence à bouger pour me concentrer, et dois reprendre ma quête vers cet équilibre précaire entre le sucré qui m'endort et le tourbillon qui m'engloutit.

Les deux pieds dans le sol, bien ancrés, je respire un grand coup et prends conscience de cette respiration, je la fais passer dans mon dos, et rapidement, je demande pardon à ce corps qui n'a pas mérité mes excès.

Mais dieu que c'est bon.

jeudi 11 septembre 2008

Au revoir, à bientôt ...

Vous est-il déjà arrivé de vous retourner et de chercher Albert et Josiane du regard, de ne point les trouver, de demander autour de vous où ils étaient, et d'entendre "Josiane et Albert ? Ils sont partis, y'a 20 minutes environ…" et de vous trouver penaud, à vous dire "ben ça alors, ils auraient quand même pu me dire au revoir"?

Vous est-il déjà arrivé d'être sorti de la vie de quelqu'un, qui en un seul jour, vous raye de son carnet d'adresse sans un mot d'explication, vous laissant le cœur plein d'interrogations, l'âme en peine ?

Vous est-il déjà arrivé de penser qu'un simple coup de fil peut vous annoncer le pire et que malgré votre course effrénée, vous arriviez trop tard au chevet de celui ou celle qui fait battre votre cœur depuis des mois ou des années, et réalisiez que le matin même, vous vous étiez quittés sans vous embrasser, sans vous dire au revoir, fâchés ou simplement trop pressés ?

Même si l'intensité de la séparation n'est point comparable entre les trois situations décrites ci-dessus, je continue de m'interroger sur les "au revoir" que nous échangeons avec nos enfants.

Pourquoi penser qu'ils ne sont pas capables de comprendre la séparation, ni de la gérer correctement? Pourquoi se cacher pour partir, pourquoi attendre qu'il ait le dos tourné, pourquoi zapper cette minute de tendresse où on se dit "au revoir"?

Par crainte des pleurs ?
Cette même crainte qui nous fait fuir les personnes endeuillées.
Ce joug sans nom qui fait qu'on n'accepte pas, ou mal : voir les gens pleurer; cette gêne qu'on ressent à les consoler, préférant les laisser seuls dans les larmes plutôt que d'offrir une épaule, un bras, une oreille du moins.

Allons, ne pleure pas, Maman va travailler, elle va revenir. Cette phrase anodine qu'on accepte de répéter 2 fois se transforme vite en mais enfin, arrête de pleurer, tu me casses les oreilles à la fin !

Oui, mais.
Si je doute qu'un enfant comprenne réellement l'obligation du travail, je sais par contre qu'il peut mieux accepter la séparation lorsqu'on laisse la place pour ses larmes.

Prends-le sur tes genoux et écoute ses larmes. Toi, tu sais que rien de grave n'est arrivé, toi, tu sais que sa maman reviendra. Lui, il est triste, et demande juste qu'on reconnaisse sa tristesse, au lieu de l'étouffer sous des mots d'adulte.

MM1 me disait au revoir hier soir, lorsqu'à l'heure du coucher, je quittais la maison pour mon cours d'aquagym. Elle a ajouté une petite phrase qu'elle aime me dire lorsque je pars sans elle : Fais bien attention maman, ne fais pas d'accident.
Quelques mots qui me prouvent qu'elle a tout compris, qu'elle sait que je peux partir, qu'elle sait qu'on peut être séparées et que malgré tout, on pense l'une à l'autre, dans ses mots d' "au revoir", il y avait des milliers de "je t'aime".

MM2 pleure dès que je quitte la maison, elle pleure beaucoup, et l'envie est grande de fuir le bruit et de me retrouver à l'abri dans ma voiture. Mais jamais sans lui dire où je vais et surtout que je vais revenir lui faire un bisou dans son sommeil.

Je ne pourrais pas profiter de ma liberté avec le même goût d'absolu en ayant fui mes enfants. Je pars avec les oreilles pleines de larmes, mais avec la certitude que ma fille saura gérer mon absence bientôt.

Je continue donc à m'interroger sur la confiance que l'enfant met en ses parents, est-elle réellement inconditionnelle ? A-t-on toujours confiance en ses parents, a-t-on d'office confiance en eux, juste parce qu'ils sont nos parents ?

Je n'y crois pas.

Je me revois, enfant, me retourner pour embrasser mes parents, et ils avaient déjà disparu. Sans dire mot. Envolés. Moi et mon chagrin, on s'est construit sur l'angoisse de l'abandon.

lundi 8 septembre 2008

Telle est prise qui croyait prendre

Mémère se réjouissait de cette rentrée des classes, elle était ravie de retrouver "le rythme" habituel, et surtout, elle n'osait pas l'avouer, de recommencer à coucher les enfants un peu plus tôt même si, il faut l'avouer, dormir jusque 7 h minimum était un véritable luxe.

Non, non, n'écarquillez pas des yeux, vous avez bien lu : SEPT heures, même que des fois, c'était 8, et une ou deux fois, MM2 a dû avoir rencontré une cargaison de jouets dans ses rêves pour avoir oublié de se lever et avoir piqué du nez jusque 9 heures.

Nombreux sont les parents qui, une semaine avant le début de la rentrée, réhabituent doucement leurs enfants à se coucher un peu plus tôt, en prévision des réveils grincheux et pénibles de leurs chères têtes blondes. Mémère et le Prince, eux, n'ont même pas tenté, rattrapés sans cesse par l'horloge qui affiche déjà 19h45 heures alors que les dents ne sont toujours pas brossées.

Bref, la première semaine fut dure. Les matins se sont transformés en une lutte épuisante contre l'appel du lit et de la couette encore chauds, où ces petits visages remplis de sommeil nous regardaient comme si nous leur parlions mandarin.

"Allez, ma chérie, lève-toi, ouvre tes petits yeux, regarde, il est déjà l'heure de se lever, on doit s'habiller, se brosser les dents, se coiffer, et manger. Allez, ma puce, maman et papa doivent aller travailler, on ne peut pas être en retard…"
"Et nous, on va où ?"
"Ben, toi, tu vas à l'école, et ta sœur, chez la nounou!"
"Aaaaaahhhhhhh" et pouf, elle replonge dans les bras de Morphée.

De quoi se poser 1000 questions sur le sens de la vie. Sur la raison de travailler, sur les enfants et le respect de leurs rythmes, de quoi nous faire un peu culpabiliser sur les heures passées dehors … à ramener des thunes pour payer des garderies pour nos enfants. De quoi réalimenter ce vieux rêve de tout lâcher pour aller élever des chèvres à la montagne, et planter des courges pour les revendre au marché du coin.

Alors, nous attendions le week-end avec la plus grande impatience, pour déjà recharger nos batteries, pour profiter pleinement de cette vie de famille si magique, si ressourçante. Nous avions bien débranché tous les réveille-matin, histoire de nous déconnecter réellement du stress.

Samedi matin, 2 ombres s'approchent de notre lit : "coucou Maman, coucou Papa !", je distingue nettement 2 grands sourires, 2 paires d'yeux bien ouverts, grands et rieurs, y'a aucun doute, nos filles sont réveillées et en pleine forme.

Juste le temps de me retourner de lancer un rapide coup d'œil au réveil : il est 5h19.

Je hais ma vie de famille parfois. Surtout quand le dimanche commence exactement de la même façon, version 5h49 cette fois-ci.

Lundi matin, au boulot : elle est où la civière ?

jeudi 4 septembre 2008

Au départ, il y avait...

MM1 ne m'a pas encore posé beaucoup de questions sur sa naissance. Je pense qu'elle se contente actuellement de la représentation mentale qu'elle s'en est faite. Elle sait que les bébés "poussent" dans le ventre de leur maman, et que quand il n'y a plus de place, il faut qu'ils sortent. Et pour sortir, on coupe le ventre de la maman.

Je me suis arrêtée là. J'aurais pu, il est vrai, lui expliquer que "normalement", on ne coupe pas le ventre de la maman pour faire sortir le bébé, mais que celui-ci est expulsé par la maman, mais c'était m'embarquer dans une série de pourquoi que je n'avais pas envie d'aborder.

Je n'aime pas "parler naissance". Non seulement parce que je n'ai pas l'impression d'avoir vécu par deux fois la naissance, mais bien un acte chirurgical, dans un bloc opératoire, un anesthésiste, des bras liés et attachés, des perfusions, une pompe à insuline, mais aussi parce que l'idée que je me suis faite de MA naissance est une idée terrifiante.

Il m'est arrivé de raconter cet épisode à un docteur extraordinaire, lorsque je tentais de me préparer à la naissance de MM2. Pourquoi autant de résistance ? Pourquoi accoucher était devenu une course contre moi-même, pourquoi aller au bout de cette grossesse était un besoin, une raison d'être … Pourquoi envisager la césarienne comme un échec ?

Qui m'a dit comment je suis née ?
Ma mère.

Bien sûr, je ne me souviens pas "être née", l'instant précis inscrit sur mon acte de naissance reste une donnée suspendue dans le temps. Mais je me rappelle poser cette question à ma mère : "comment je suis née ?" et les instants qui ont suivi.

"J'aurais voulu un garçon, et qu'il naisse en mai. J'ai eu une fille et elle est née en juin."

Chlan. 1er coup de poignard dans un petit cœur encore curieux.

"Mais comment je suis sortie de ton ventre, maman ?"
"Tu devais naître, mais en pleine nuit, je me suis sentie très mal, ton papa m'a emmenée à l'hôpital et je suis immédiatement partie au bloc opératoire, parce que tu avais arraché le cordon et que tu te vidais de ton sang. On m'a ouvert tout le ventre, tu as vu ma grande cicatrice ? Je ne pourrai plus jamais mettre un bikini, en plus, je cicatrise très mal."

"Et j'avais mal quand je suis née ?"
"Toi, non, tu n'avais pas mal, mais tu avais perdu beaucoup de sang, tu ne pesais plus qu'1 kg 900. On t'a mise en couveuse 1 mois."

"c'est quoi une couveuse ?"
"C'est un petit lit dans une grande boîte transparente où il fait bien chaud pour aider les bébés trop petits, trop maigres à reprendre des forces."

"Un mois ? Et tu es restée avec moi ?"
"Non, je suis rentrée à la maison pour me reposer. Mais je venais te voir derrière la vitre, tous les jours."

"Tu me donnais le biberon ?"
"Non, c'était l'infirmière qui le faisait."

"Et mon petit frère, il est aussi resté dans la boîte transparente ?"
"Non, ton petit frère, il est né tout seul, tout s'est super bien passé."

Dans mon esprit d'enfant de 4-5 ans, j'ai interprété les photos que je voyais dans l'album. J'avais 1 mois. Il n'y a pas de photos de moi dans la couveuse, ni d'elle qui me tient dans ses bras, et me parle tout doucement.

Je suis née quand j'avais 1 mois. Avant, on m'a abandonnée. On a pensé que la couveuse remplaçait le ventre maternel, et que ma gestation allait durer 10 mois au lieu de 9. J'ai aussi enfoui très profondément en moi l'image d'un bébé in utero qui tirait très fort sur le cordon afin de l'arracher. Était-ce une tentative de suicide ? Je l'ai imaginé, très longtemps.

Et puis, je me souviens avoir été fascinée par cette étrange et horrible cicatrice qui avait défiguré le ventre de ma mère. Verticale, elle partait du dessous de ses seins pour atteindre son pubis. Et elle était moche, toute boursouflée, et mauve foncé. C'est ma naissance, ça. C'est ma porte de sortie.

Et "cet enfant d'un kilo neuf cent" qu'on vient voir derrière une vitre comme un objet de musée, tous se sont certainement préoccupé de son poids, de son anémie, mais qui s'est occupé de lui ? Des inconnues dont il ne reconnaissait pas l'odeur. Il a découvert la voix de sa mère alors qu'il l'avait peut-être oubliée, et s'est contenté de ce qu'on lui offrait.

Je ne sais rien sur ce bébé, sauf qu'il dormait peu, et avait besoin de lumière la nuit.
Je ne sais rien non plus sur le ressenti de cette femme, qui un jour, a raconté à son unique fille, la terrible nuit qui a fait d'elle une maman pour la première fois.

Alors je brode mon histoire sur des faits, et sur ce que j'en ai fait.
Lorsque MM1 me demandera comment elle est née, je lui raconterai sûrement cette émotion énorme qui m'a envahie, cette impression magique d'avoir gagné une bataille sans nom, cette élan d'amour incontrôlé qui me faisait lever 10 fois malgré des côtes froissées, cette volonté sans limite de nourrir ce bébé toute seule, et cette vie qui avait changé à tout jamais.

Parce qu'on naît aussi à travers le récit de ses parents.

(Merci à Siamoise, que je ne connais pas, et qui a laissé un commentaire très touchant sur un de mes billets récemment.)

mardi 2 septembre 2008

Mémère Petit Baigneur

Bon, alors Mémère, t'as pris ta décision ?
T'as osé enfilé ton bonnet de bain, t'as mis tes palmes et ta combi "petit baigneur" ou t'as décidé que la seule activité sportive digne de toi serait celle de tourner quelques pages du bouquin en cours ?

Gnagnagna. On ne se moque pas. On ne dit rien, mais OUI, j'ai osé. Je rentre de l'aquagym, version mémères, comprenez fin 2e âge, début 3e.

Et oui, j'ai mis mon bonnet de bain. Mais j'ai un truc infaillible : ma myopie.
Impossible de faire de l'aquagym avec des lunettes, parce que ça "sploutche" de partout, et sans lunettes, je l'ai déjà expliqué un jour, les détails s'estompent, les formes aussi, les couleurs sont moins nettes, bref, tout est nuageux.

Je n'ai donc pas "vu" les autres, ni leurs bonnets tout aussi moches que le mien, ni reconnu aucun visage. Drôle d'impression tout ça. Dans mon monde cotonneux de myope astygmate, je me suis trouvée fort à l'aise, contente d'être "ailleurs", et ravie de bouger mes cuisses flasques, mon ventre mou, mes bras fatigués.

Je suis quand même sortie quelques minutes de ma torpeur, arborant des tout petits yeux pour mieux les regarder, les autres, et constatant la moyenne d'âge, je me suis sentie pleine d'énergie, de jeunesse et d'entrain. Pas pour longtemps, malheureusement.
La prof, elle est costaud. Très costaud, et bêtement, je me suis dit que ça allait bien m'arranger. Que nenni ! La prof, elle n'a pas arrêté. Et 20 machins comme ça, on sert les fesses, on rentre le ventre, et tout, et tout, et 40 de ce côté, c'est parti, mon kiki !

Hum. 20, 40 ... j'y suis pas arrivée. La première essoufflée, c'était moi, sans compter les crampes, les tiraillements, la douleur dans les mollets. Par contre, ces dames autour de moi, chapeau ! Je n'ose croire qu'il s'agisse uniquement d'entrainement ... ma condition physique doit être vraiment très mauvaise.

Et là, je suis tout simplement épuisée, mes yeux se ferment et je ne vais plus tarder à retrouver mon lit. Mais il me reste une crainte, de taille : est-ce que je saurai marcher demain, est-ce que je ne vais pas sentir des brûlures dans les jambes ? Surtout que l'asenceur est en panne au boulot ...