mercredi 28 novembre 2007

Parole de Cendrillon !

Après avoir passé une délicieuse journée à la maison en compagnie de mes 2 filles malades, me voilà enfin affalée dans mon canapé en train de regarder le désordre alentours et de faire, mentalement, la liste des choses faites dans la journée.

La liste est bien courte : vider le lave-vaisselle, faire tourner une machine de linge, préparer le repas. Une longue journée "à rester au chaud et se reposer" et finalement, à part rester au chaud, je ne me suis ni reposée, et surtout, je n'ai quasiment rien fait. Moi, l'hyperactive, en d'autres temps, j'aurais nettoyé toute la maison, fait les carreaux, décroché les rideaux, les laver et les rependre, préparé un bon petit repas, et téléphoné des heures durant...

La réponse est là, dans un exemple parmi tant d'autres :
- Les filles, maman va vider le lave-vaisselle à la cuisine, OK ?

J'ai à peine le temps de prendre le saladier du dessus que MM1 accourt en me suppliant de lui donner un bonbon, "un" qui se révélera une dure négociation entre "deux" et "trois", et MM2 qui la suit en criant "maman, maman" et en s'accrochant à mon pantalon, déterminée à recevoir elle aussi, un mini truc sucré à mâchouiller. Retour à 3 au salon, le lave-vaisselle toujours ouvert et ... plein.

Quelques minutes plus tard, quelques nouvelles boîtes de jeux sorties, l'attention rivée sur les nouveaux défis, je m'éclipse pour retourner à ma tâche de ménagère. Le poêlon bleu à sa place, les revoilà, l'une debout, l'autre sur les genoux, à venir chercher dieu sait quoi dans mes pattes.

Ne perdant absolument pas confiance dans ma capacité à réaliser cette tâche ô combien passionnante, je mets la présence de MM1 à profit en lui demandant de me seconder, chose qu'elle fait avec le sourire et l'entrain habituels. Ce fut sans compter sur sa petite soeur, qui voulait, elle aussi, participer à la tâche et à peine, j'eus le dos tourné, que les assiettes prises d'une main innocente dans le lave-vaisselle ont fini leur vie en mille morceaux sur le carrelage.

Vivement demain, tiens, j'aurai rien fait dans cette maison pour cause de boulot intensif, mais j'aurai pas l'impression d'avoir été contre-productive !

mardi 27 novembre 2007

MM2, la marche, et les trous

Ma fille,
Ca y est, tes 15 mois sont passés, et de plus en plus souvent, j'entends la question fatidique : "Alors, elle marche, MM2 ?", suivi d'une 2e question, qui n'en est pas une, "mais ça lui fait quel âge maintenant ?"

15 mois et tu tiens debout toute seule depuis 1 semaine à peine. Y'a vraiment pas de quoi étouffer un phoque, non ?

Je voulais que tu saches, ma toute petite, que je m'en contrefous du rythme auquel tu as décidé d'avancer, je continuerai à répondre aux questions avec le sourire, parce que tu marcheras, un jour. Et c'est tout ce qui importe. Le reste, on s'en fout.

D'ailleurs, je te comprends un peu, à quoi ça sert de marcher alors que tu files à 4 pattes plus vite que l'éclair, assez vite pour que tu puisses faire une bêtise comme tirer les cheveux de ta soeur et te planquer 6 mètres plus loin, l'oeil innocent et la bouche en coeur, l'air de ne rien comprendre à ce qu'il se passe...

A quoi bon se donner tant de mal à tenir debout et avancer en tremblotant, les jambes pas vraiment stables sur un sol qui semble s'effacer, alors qu'il suffit que tu lèves les bras et crie "maman" ou "papa" pour qu'on te prenne dans nos bras ?

Prends ton temps, ma fille, parce que dans quelques mois, tu m'entendras te dire 56 fois par jour "viiiite", "dépêche-toi", "on va être en retard", "ah non, on est encore en retard", "tu sais, ma chérie, mon chef va pas être content, hein !", alors profite bien.

Il y a juste une toute petite chose qui m'énerve, rien de grave, c'est à peine un détail qui me vaut des sourires en coin : à force d'arpenter les sols durs sur les genoux, tes pantalons cèdent un à un, tu sais, ces petits pantalons que ta mère a voulu de marque et bien chers, histoire de durer 2 enfants minimum et de les revendre ensuite... Raté.

Prends ton temps, certes, mais grouille-toi de parler que tu puisses leur dire que ta mère ne t'habille pas en haillons !

Ta maman qui t'aime

lundi 26 novembre 2007

L'eau

Le verdict est tombé il y a des semaines. C'en est fini de ces images de famille heureuse, c'est terminé de se bercer d'illusions, c'est la fin des doux rêves de caresses et de comptines. Aujourd'hui, c'est l'attente du point final à cette aventure qui aura pourtant eu la chance de démarrer.
Les jours passent et les regards alentours se font de moins en moins gênés. La vie reprend ses droits, le quotidien ses gestes, et moi, j'ai juste l'impression de me noyer un peu plus chaque jour. Les larmes ne coulent plus pourtant, et je me demande dans quoi est-ce que je me noie. Je reprends juste assez d'air pour aller travailler, pour manger, pour dormir, pour faire ces quantités de choses anodines et inutiles, puis je recoule. Chaque bouffée d'air m'épuise un peu plus, je voudrais être une gomme pour tout effacer. Dieu, que c'est dur de se noyer, de sentir des mains se tendre mais de ne pas être sûre de vouloir les saisir, ni sûre d'en avoir la force. La douleur causée par l'eau dans les poumons est terrible, et plus je lutte, plus elle revient.
La délivrance s'est faite dans la terreur, dans la solitude et dans le noir. Mon corps entier se défendait de vivre cette expérience mais il le fallait, la nature reprend ses droits, les marées continuent même pendant la tempête.
Au petit matin, libérée d'un poids immense, d'un fardeau et d'un cercueil, j'ai cessé de me noyer, j'ai repris une respiration moins saccadée et j'ai refait surface, peu à peu.
A ce moment-là, je ne savais pas qu'un jour, j'allais pleurer de fatigue après une montagne de nuits blanches, ni que j'allais me sentir noyée sous les contraintes, les angoisses de mère, l'organisation d'une famille, mais je savais que la marée emporterait avec elle le chagrin évacué et amènerait d'autres surprises. Ce que j'ignorais, par contre, c'est que les surprises allaient à ce point changer ma vie, mon être, mon regard sur le monde.

dimanche 25 novembre 2007

MM1, Flylady en herbe

Cendrillon peut-être, Flylady certainement pas. Je n'ai pas besoin de cours pour ranger, laver, astiquer, et voir disparaître le berdol qui traîne ça et là, parce que je n'ai pas le temps, tout simplement.
Mais mon petit doigt me dit que d'ici peu, je vais avoir de l'aide...

En rentrant à la maison, un soir, je fais remarquer à MM1 comme la lune est belle, toute pleine, dans le ciel dégagé.

"Ooooooohhhh oui, elle est belle, la lune, maman, elle est toute allumée, mais il faut la nettoyer !"
"La nettoyer ? Pourquoi dis-tu qu'il faut la nettoyer, ma chérie ?"
"Mais, maman, y'a pleins d'tâches dessus !"

Il a donc fallu lui dire que ce n'était pas des tâches, qu'on ne lave pas la lune, mais franchement, je me suis trouvée bien en peine de lui expliquer le pourquoi du comment on voyait des "tâches" sur la lune !

vendredi 23 novembre 2007

Noël avant l'heure ?

J'ai eu un doute, ce matin. J'ai cru que je m'étais trompée de date, et que j'avais un retard considérable dans mes achats de Noël, que j'avais oublié de commander ma dinde. Et puis, je me suis souvenue que d'année en année, les fêtes de fin d'années commençaient de plus en plus tôt.
Ma ville a donc procédé ce jour à la décoration de Noël : guirlandes, sapins, et tutti quanti. Dans ma grande naïveté, j'avais pensé qu'on reviendrait à une gestion un brin plus raisonnable de l'électricité, en décalant d'une semaine l'usage intensif et souvent abusif des loupiottes de fêtes.

Les accros de l'ambiance de Noël sont déjà au rendez-vous depuis une bonne semaine. Certaines maisons sont déjà "endimanchées" et le compteur d'électricité tourne non stop, de jour, et bien souvent une bonne partie de la nuit. Et bien que je prenne énormément de plaisir à contempler mon sapin illuminé et scintillant dans mon salon, j'ai nettement plus de mal à comprendre comment on peut se ravir des décorations posées sur la brique de sa maison alors qu'on regarde la télé au fond de son fauteuil...

Si j'aime le visuel offert par les lumières douces et feutrées de certaines décorations, je déteste lorsque la magie me transporte en pleine fête foraine, loin du Père Noël et de son traineau.

mercredi 21 novembre 2007

Les fleurs du silence

Lorsque dans la nuit encore noire du petit matin, j'ai vu votre voiture s'arrêter le long de cette route que je connais par coeur, je savais qui vous étiez et ce que vous veniez faire. Le manque de luminosité m'a empêchée de voir votre visage, et je ne sais donc toujours pas si vous êtes cette mère éplorée, ce père détruit, ce mari inconsolable, ou cette femme en larmes.

Mais depuis plus de deux ans maintenant, je sais que vous souffrez et le montrez en venant régulièrement fleurir ce tronc d'arbre qui a vu un point final s'écrire en plein milieu d'un chapitre du livre de votre vie. Depuis presqu'un an, une jeune femme est venue rejoindre cet être disparu, à quelques troncs d'arbres de là. Et tous les jours, je passe devant ces tombes d'une route nationale, pourtant droite, offrant une visibilité idéale, une sorte d'endroit où on confierait sa voiture, sa vie à un débutant.

Si d'aventure une campagne de sécurité routière parvenait à me secouer les tripes, vous voir au petit matin, sous le vent et la pluie, venir arranger et fleurir ce lieu qui a vu l'être cher s'éteindre, m'a bouleversée.

Inconsciemment, je ralentis toujours devant vos tombes, et je partage une pensée pour vos familles endeuillées...

mardi 20 novembre 2007

MM1, Cendrillon et la Belgique

- Dis, ma chérie, tu sais où tu habites ?
- Ouiiiiiii, à Pétaouchnok-les-Combles !
- Et à quelle adresse exactement ?
- A la rue Machin Chouette numéro douzzzze !
- Impeccable, et sais-tu dans quel pays on vit ?
- Non !?!
- Mais si, rappelle-toi, on en a parlé hier.
- Non !
- Mais si, c'est la Bel....
- La Belle et la Bête ?

Elle ne pense pas si bien dire, la Belle-gique et la Bêt-ise réunies ne font pas bon ménage... En attendant un gouvernement, nous assistons, nous, pauvres Belges, incrédules, à la fin du compromis branlant qui faisait de notre pays un haut lieu de la négociation.

lundi 19 novembre 2007

Quart d'heure médisance

-Bonsooooiiiiirrrrr ! Tu vas bien ?
(Et meeerrrrde, vlà Ducon et ses 3 monstres, fallait que je tombe sur lui, et chlan, tiens, la bise, beurk, pourquoi est-ce qu'il doit systématiquement me faire la bise ? Il peut pas venir chercher ses 3 gnômes sans faire la bise à la première mère qu'il croise ? )

- Salut ! Oui, et toi ? ta femme, les enfants ?
(je sais même pas pourquoi je lui pose la question, j'en ai rien à secouer de sa smala, je peux pas le blairer mais c'est mon voisin d'en face, et puisqu'on est amené à se rencontrer via les enfants qui sont dans la même école, son petit dernier dans la classe de MM1, va falloir que je fasse des efforts surhumains de sociabilisation et de politesse)

- Ouiiii, tout va bien, chez vous aussi ? MM1 est contente d'aller à l'école ?
('tain, il va me poser la même question 3 fois par semaine le glandu lààààà, parce que ça commence à bien faire, il devient lourd...)

- Ben oui, écoute, comme je te l'ai déjà dit, elle adoooore l'école !
- Aaah oui, c'est juste !
- Bon ben c'est pas tout, faut aussi penser à rentrer hein !!! MM1, tu viens chérie, on rentre à la maison, tu dis au revoir à Daisy et à tous tes petits copains et on s'en va ! (S'il te plaît, mon amour, magne tes fesses ! et au passage, si tu pouvais éviter les 3 morveux de Ducon, ça m'arrangerait bien, vu l'état de leurs joues avec au moins 3 couches de morve séchée...)
- Dis au fait, t'as vu, nos enfants ont l'air de bien s'apprécier ! (tu parles que j'ai vu, et c'est pas drôle du tout, si tu savais ce que j'en pense !)
- Ah bon ? Non, je n'ai rien vu... (ben ouais, j'allais quand même pas abonder dans son sens, non ?)
- Allez zou, on file, salut la compagnie ! (tiens, ça c'est une leçon de savoir-vivre, ou comment se tailler sans coller une bise à 18 personnes !)
Et sur le chemin du retour, MM1 m'explique combien elle s'est amusée avec PetitDucon3 à la garderie, et qu'elle veut même l'inviter pour son anniversaire. Au bord de la crise cardiaque, j'ai remplacé le repas par un dîner crêpes, fallait bien ça pour me consoler d'imaginer ma fille dans les bras de ce morveux.

dimanche 18 novembre 2007

D'un coup de baguette magique

Il y a des moments où il faut aimer les défis. La preuve.

Jeudi matin, à un peu plus de 48 heures d'une soirée importante à mes yeux, je commence quelques essais garde-robe, et très vite, je laisse tomber, rien ne sied pour l'occasion. Puis, il faut l'avouer, il est tôt, je ne suis pas encore bien réveillée et déjà, je dois jongler entre MM2 qui grimpe sur le tabouret et fait mine de plonger dans la baignoire vide et MM1 qui me supplie de l'accompagner manger sa tartine.

C'est décidé, je dépose la grande à l'école, j'attends l'ouverture des boutiques à 10 heures et il me restera tip-top 1h30 pour dégoter la tenue, avant de rebrousser chemin pour récupérer la miss à la sortie des classes.

La vendeuse ouvre à peine le rideau d'acier que je suis déjà là, avec MM2 dans sa poussette. J'arpente alors la boutique (oui, pendant le petit-dej, j'avais pris soin de réfléchir où aller, et ne disposant pas d'un temps illimité, j'avais intérêt à cibler le bon endroit !) de long en large, de droite à gauche, et finalement, m'en remets aux bons soins de la vendeuse. Voilà, je vous explique, bla bla bla, samedi soir, soirée, tenue, mais avec un impératif : être à l'aise. Hors de question de compter les minutes qui me séparent du déshabillage tant la tenue est inconfortable.

La boutique est déserte et la vendeuse fait très bien son boulot, elle me propose des tas de choses fort intéressantes, fort jolies et le temps de les essayer toutes, d'en réessayer l'une ou l'autre, de les réassortir avec un truc nouveau, bref, le temps passe et MM2 s'impatiente.

J'avais prévu le coup et la miss, pour l'occuper, rien de tel que quelques bons biscuits qu'elle dévore rien que du regard lorsqu'elle les voit. Sauf que ce jour-là, à cette heure-là, au lieu de les suçoter bien gentiment, la miss les a émiettés, un à un, sans que je ne remarque quoi que ce soit, trop occupée à relever mon défi.

Et quand, entre la robe, le pantalon+tunique, MM2 a hurlé et a voulu sortir de sa poussette, c'est tout naturellement que je l'ai détachée, et réalisé alors que le magnifique plancher de la boutique était en train de changer d'aspect au vu des miettes, que dis-je, des centaines de miettes qui tombaient de ma fille. J'ai tant bien que mal réussi à en contenir une bonne partie dans la poussette et ai alors dit à la vendeuse combien j'étais désolée et que j'espérais qu'elle ne venait pas de tout aspirer. Evidemment, elle a confirmé ce que je craignais, à savoir qu'elle venait de tout nettoyer, juste avant d'ouvrir...

Bref, les miettes, c'était presqu'oublié. Mais MM2 qui galope dans la boutique, sa mère à moitié à poil lui courant derrière, la montre en main pour ne pas arriver en retard à l'école, le tout en choisissant une tenue dans laquelle elle se sentait assez à l'aise que pour pouvoir se mouvoir en toute liberté, ça, c'est du sport.

Franchement, la marraine de Cendrillon, la fée qui d'un coup de baguette magique l'avait habillée d'une robe magnifique, j'aurais bien eu besoin de son aide sur ce coup-là !

vendredi 16 novembre 2007

Telle est prise qui croyait prendre

Hier, fête du roi oblige, je ne travaillais pas. En faisant quelques courses, mon regard s'est arrêté sur l'étal du poissonnier. Du saumon sauvage. Magnifique ! Je franchis la porte, essayant de calculer mentalement le prix de ma dépense.
J'en ai pris 300 grammes, en me disant que j'en prendrai la moitié et diviserai l'autre moitié entre les 2 filles. J'ai un peu douté, mais le prix annoncé par le poissonnier m'a convaincu que j'avais tout bien calculé comme il faut. De toutes façons, MM1 va me dire "j'aime pas le poisson" et MM2 boude son assiette depuis plusieurs jours, certainement une 7e dent qui se pointe.

Je prépare donc le saumon avec du riz complet et du brocoli, un peu de sésame et une sauce vinaigrette à base de shoyu. Je ne cesse de raconter aux filles, qui adorent venir s'asseoir sur le plan de travail pendant que je cuisine, combien le saumon est beau, nettement moins rose que celui d'élevage et qu'on va se régaler, essayant par tous les moyens d'appâter le client !
Je les installe à table, m'installe avec elles, et commence l'exercice délicat de donner à manger à MM2, tout en encourageant MM1 à poursuivre son repas et en essayant de terminer mon assiette avant que son contenu ne soit complètement froid.
MM1, d'emblée, a déclaré que le steak était délicieux, MM2 a avalé sa portion en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, et lorsque MM1 a réclamé du rab, je n'ai pas eu d'autre choix que de sacrifier mon magnifique morceau de poisson. MM2 a fait de gros yeux, suivait du regard chaque fourchette, et un 2e morceau a fini dans son assiette.
Soit. Voir mes filles manger avec autant d'appétit me comble de joie, c'est vrai. J'ai plutôt tendance à pester lorsque je jette des repas entiers à la poubelle.
Mais là, j'ai tout juste eu le temps de goûter un petit bout de poisson, et j'ai ralé. Je l'ai déjà dit, mais je le redis : jamais contente !

jeudi 15 novembre 2007

Pas sur la même longueur d'ondes

Je venais de passer un temps certain dans les méandres d'un logiciel de bases de données, et personne n'avait bronché. Il faut avouer que je n'avais rien tenté pour m'assurer que mon auditoire me suivait toujours, consciente d'être face à un public fatigué et pas follement intéressé. J'avais aussi remarqué que certains surfaient sur le net, d'autres gribouillaient quelques notes, tandis que les derniers fixaient leur écran et luttaient pour garder les yeux ouverts.

Cet état de torpeur était un signe évident qu'une cassure dans le rythme devenait urgente. Je remballai donc la théorie au profit d'applications variées. Alors que j'expliquais le contexte du premier exercice, je fus interpellée par un "j'ai pas compris".

J'étais donc en train de dire que "si le client veut un abonnement, vous cochez la case ABO, s'il n'en veut pas, vous ne cochez évidemment pas cette case".

J'ai d'abord pensé que cette personne n'avait pas "entendu" et non "pas compris" ce que je venais de dire. J'ai donc répété. "Je comprends toujours pas". Il ne s'agissait donc pas d'un problème d'audition, malheureusement. D'une patience à toute épreuve professionnelle, j'ai bien tenté de faire appel à d'autres canaux d'apprentissage, mais rien n'y a fait.

Une case cochée = le gars veut s'abonner
Une case pas cochée = le gars ne veut pas s'abonner

Ce qui semblait clair et simple à la majorité, relevait de la langue étrangère et très lointaine (genre le tonguien) pour cette personne. D'un naturel tenace, j'ai pourtant abandonné. Parce que parfois, l'évidence tarde à venir. Sauf que dans la situation présente, elle n'est tout simplement pas venue.

Je l'ai donc laissée mariner dans son jus, consciente que le blocage auquel elle devait faire face trouvait son origine non pas sur l'histoire d'un gars qui veut ou ne veut pas un abonnement et d'une ridicule case à cocher, mais certainement ailleurs, dans son histoire face à ses apprentissages. Et là, lâchement, j'ai eu envie de me tailler, et de ne pas prendre le temps de défaire ce noeud, du moins d'essayer.

Midi. Ouf...

mercredi 14 novembre 2007

Porte de sortie

Tu n'as pas 3 mois et je suis la plus heureuse des mamans. Avoir cette chance incroyable de t'allaiter contribue à cet état de grâce, savoir que tu as besoin de moi renforce ce lien, comme si cette relation passait aussi par le contact physique. D'ailleurs, je vais très vite comprendre la toute-puissance du sein. Tu as froid, tu as faim, tu es triste, en colère, fatigué, mon bébé, viens téter. Ce n'est pas tant l'apport de nourriture qui me convainc mais l'effet apaisant de voir plusieurs besoins comblés en une seule et unique action.

Tu as quelques mois de plus à présent, et la tétée demeure l'instant des retrouvailles, maintenant que j'ai repris le chemin du travail. Tu as prouvé, à plus d'une occasion, que l'apport nutritionnel de la tétée, tu pouvais largement t'en passer, mais la pause câlin, non. Et même si le rythme des tétées a baissé, l'apparition des douleurs dentaires et premiers bobos de saison font qu'il reste très pratique de venir se réfugier dans mes bras, dès les premiers signes de contrariété.

Depuis peu, c'est toi qui demandes. Et ça, c'est nouveau pour moi, je n'ai pas eu l'occasion d'en arriver là, avec ta soeur. C'est nouveau et terriblement émouvant. C'est toi aussi qui dit « non » lorsque tu ne veux plus. Aujourd'hui, je suis certaine d'une chose, c'est que le verbe sevrer se conjuguera à la première personne du pluriel, simplement parce que c'est ton chemin vers l'autonomie.

Moi qui ai donné la vie sans accoucher, je réalise que cet allaitement au-delà de toutes mes espérances, comble un vide, un manque, et répare une blessure. Je sais que je vais y arriver.

mardi 13 novembre 2007

Tu vous-lais me dire quelque chose ?

Il y a quelques années, en quittant ma capitale chérie pour venir m'enfermer dans un trou perdu, au milieu des vaches et des champs, je n'aurais jamais deviné que j'allais perdre le "vous" lorsque des inconnus allaient m'adresser la parole.

J'avais déjà dû encaisser la disparition du "mademoiselle" au profit du "madame", et ce, même en cachant ma main, et donc mon alliance sous un gant en hiver, dans une poche en été.

C'est ainsi que j'ai d'abord cru être atteinte de surdité partielle et pensé avoir mal compris, mais la lecture labiale que j'ai l'habitude d'exercer me prouvait le contraire : au village, on se tutoie, même si on n'a pas gardé les cochons ensemble.

Ainsi, la caissière me tutoie, et ce, bien avant de me voir débarquer en famille chercher le morceau de boudin chez la bouchère, les voisins, même ceux qui ne me connaissent pas me tutoient, et même le docteur du village s'y est mis. Mais à force de continuer sur le "vous", certains, dont le médecin, ont repris le chemin de la distance.

Depuis la rentrée des classes, je suis assez hallucinée de constater que je dois être la seule mère coincée qui s'obstine à vouvoyer le personnel enseignant, la cantinière, la dame qui s'occupe de la garderie et le personnel d'entretien. Et comme je suis d'un naturel bavard, et que je pose un minimum de questions le soir en récupérant ma fille, tout le monde me regarde "de travers".

Alors, j'ai beau y réfléchir, retourner la question dans tous les sens, tutoyer ces gens m'est impossible. Je vais donc garder mon "vous", celui du respect, de la politesse et de la distance. N'en déplaise aux autres mamans.
Et tant pis si Cendrillon passe pour celle qu'elle n'est certainement pas.

lundi 12 novembre 2007

La blonde-attitude ?

Ils sont rares, ces moments, où je laisse ma petite famille aux bons soins du Prince, afin de m'aérer le cerveau quelques heures. Ils sont rares, mais dieu qu'ils sont bons.
L'autre soir, j'ai donc quitté ma campagne calme et endormie pour me rendre "dans la capitale". Le temps de faire un bisou aux filles et au Prince, et me voilà au volant de mon carosse, roulant sous un ciel bas, chargé, pluvieux et noir.

Le grand bonheur de la route, c'est de savourer la solitude, le calme et le bonheur de pouvoir choisir la musique que j'ai envie sans devoir négocier "1 chanson de Henri Dès contre 1 chanson pour maman", de ne pas devoir faire "pause" toutes les 3 minutes pour répondre à MM1 qui pose des questions ultra philosophiques à cette cadence : "maman, pourquoi y'a le ciel là-bas ?", "maman, c'est où ici ?" suivi de "maman, et ici, c'est où ?", de ne pas devoir m'arrêter dans la 1re station-service parce que MM2 a décidé d'enlever son bonnet, alors que j'avais réalisé un double noeud sous le menton, et que du coup, elle est à 2 doigts de s'étrangler...

Ah qu'il est bon ce moment du départ vers une petite soirée tranquille "entre filles", moment où la pression redescend, où je peux ranger la montre et enfin respirer. Ce soir-là, j'ai choisi une musique très pop, très colorée et entrainante pour m'accompagner. Mais très vite, j'ai remarqué que le son qui sortait des enceintes était "différent", comment dire, moi qui ai du mal à reconnaître une guitare accoustique d'une guitare sèche, qui confond flûte et haubois, je vais me contenter de dire que le son était un peu capitonné, enfermé, sourd.

Après avoir appuyé sur tous les boutons du lecteur, d'avoir sorti et soufflé sur le CD, des fois qu'une poussière serait responsable de ce son pourri, après avoir déréglé les "bass", "trebble" et autres paramètres, je me lamentais déjà et pensais tout bas à la tête de mon garagiste à qui j'allais devoir ajouter sur la liste des points à vérifier : "panne bizarre de lecteur CD".

Et puis, comme il commençait à faire drôlement chaud dans la voiture, j'ai enlevé mon chapeau...

dimanche 11 novembre 2007

Et psy un jour...

Ca commence tôt, très tôt, dès le plus jeune âge avec un "arrête de pleurer, t'as même pas eu mal". Si tu pleures, t'es un bébé, un faible, un nul. Alors contiens tes larmes. Garde bien tout pour toi et pleure seul, dans ton coin. Ou ne pleure pas, ça s'apprend, si si.

A peine plus grand, face à une douleur "réelle" cette fois-ci, l'enfant est "gâté" : "viens voir, tiens, un bonbon ! Aaaaahhhhh, t'as vu, t'as plus mal, là, hein ?" alors que la morphine coule au compte goutte dans la perfusion...

L'adolescent qui doute, qui aime passionément et se retrouve finalement seul, avec pour seule compagne une terrible envie de mourir, s'entend dire que l'être aimé n'en valait certainement pas la peine, qu'une conquête de perdue en amènerait une dizaine de nouvelles... mais qui sinon lui sait quelle douleur fait pleurer son coeur, jour et nuit, des semaines durant ?

Et lorsqu'on affronte le deuil et que sous le choc, les larmes ont tant de mal à couler, on tente par tous les moyens de "distraire" celui qui souffre au lieu de partager sa peine, comme si cela ne nous regardait pas, finalement, toute cette tristesse...

Et puis, parce qu'enfin, il est temps de tourner la page, parce qu'il faut, parce qu'il existe une espèce d'horloge sociale qui rappelle qu'il est temps de retrouver le sourire et refaire "bonne figure".

Qu'il est bon, doux et libérateur d'avoir un endroit où déposer ses bagages devenus trop lourds, de s'assoir et d'enlever ses chaussures qui serrent au point de vouloir rentrer dans la chair, qu'il est bon de laisser venir l'émotion sans se sentir bête, ou simplement trop sensible, qu'il est bon de pouvoir respirer à nouveau sans sentir un bulldozer écraser sa poitrine.

Qu'il est doux, si doux de prendre MM1 dans mes bras, et de la laisser pleurer au creux de mon épaule 5 bonnes minutes, tout simplement "parce que je suis fatiguée, maman", et de constater qu'après cette libération, ma petite fille est transformée.

jeudi 8 novembre 2007

Passé (re)composé

Je compose et recompose au présent ce qui m'a décomposée au passé.
La première fois qu'on m'a ouvert le bide pour extraire un petit trésor qui s'était fait tant attendre, je me suis présentée au bloc résignée et si excitée à l'idée d'une nouvelle vie, d'une famille, de tant de challenges et de responsabilités, que j'en oubliais les angoisses et les nuits blanches...

Le sourire laissé sur le haut de mon pubis était très laid, mais je l'ai accepté, telle la porte dessinée qui avait servi de passage à ma fille adorée.

Lorsque le couperet est tombé pour la naissance de MM2 et que je me suis présentée au bloc afin de me faire ouvrir le bide une 2e fois, je n'étais plus du tout dans l'excitation de faire naître un bébé en avance sur le planning pour raison médicale sérieuse, cela va sans dire. La relation d'exception que j'ai avec mon gynécologue m'a permis de lui poser toutes les questions qui me torturaient, mais j'en avais oublié une, de taille. De fait, de ses blanches mains gantées, l'expert couturier était tout fier de m'apprendre qu'il m'avait oté le moche sourire et m'en avait fait un tout nouveau.

Ben, j'ai ralé. Le moche, j'avais fini par l'accepter, ou plutôt, je "composais avec", l'associant à une événement somme toute inoubliable et heureux. Et là, cette deuxième déchirure, que je vivais comme une amputation dans ma vie de femme, m'offrait un nouveau sourire tout neuf, tout beau, et je n'en voulais pas.

Envolés les caprices de star, mon morceau de chair était parti dans les oubliettes du bloc opératoire, il n'y avait vraiment pas de quoi en faire un drame, aux dires de mes proches tout en affaire devant un si joli bébé au teint mat.

Donc, deux césariennes, 1 cicatrice, la plus jolie, certes, mais pas la mieux vécue.
Et aujourd'hui, presque 15 mois plus tard, le sourire est en train de s'estomper. Bientôt, il disparaîtra. Je connais des tas de femmes qui se réjouiraient de voir enfin leur cicatrice s'effacer, et moi, je râle de les perdre. Je me sens amputée une 2e fois, sans la douleur physique toutefois.
Jamais contente.

mercredi 7 novembre 2007

Cendrillon retrouve Blanche-Neige

Enfin, je me suis décidée à prendre des nouvelles de mon amie Blanche-Neige. Plusieurs fois, je m'étais rendue voir le Miroir dans le château où elle habitait mais je ne l'y avais pas trouvée.

Son portable était coupé, bien sûr et j'ai donc opté pour le fixe. Je suis tombée sur son Prince, qui m'a raconté, un peu honteusement d'ailleurs, qu'elle était partie, qu'elle l'avait quitté pour aller il ne savait où, ce qui le torturait et tout et tout.

En raccrochant, non sans avoir promis au Prince de le rappeler à la moindre nouvelle de sa douce, j'avais une petite idée où la trouver. Je posai donc une journée de congé et me dirigeai vers la forêt, vers cette maison où je m'étais déjà rendue, une fois auparavant.

Toc, Toc, Toc...

- "Cendrillon ? Mais que fais-tu ici ?" me dit-elle en ouvrant la porte.
- "et toi ? ce qu'il se passe est si grave pour que tu te taises et disparaisses ?" lui répondis-je en souriant.

On a pris le thé et mangé un bout de chocolat, on s'est assises par terre, et on a bu dans des casseroles, parce que tout est minuscule dans la cachette de Blanche-Neige. Elle a fini par me raconter les motifs de sa fuite, son exaspération du quotidien, mais surtout, cette peur viscérale de voir ses enfants grandir, ce besoin de sentir la vie en elle et de garder un minuscule bébé contre son coeur pour se sentir mère, totalement utile et dévouée à son enfant. Elle m'a confié l'incompréhension de son Prince qui n'attendait que de voir ses ouailles grandir afin de partager des activités vraies et prenantes. Elle a déposé au creux de mes oreilles son sentiment de grande solitude et parce que ses enfants n'avaient plus besoin d'elle pour s'endormir.

J'ai été très peinée de voir à quel point son désarroi était grand et de constater que je n'allais pas être très efficace dans l'aide que j'aurais aimé lui apporter, parce que je me ravis, chaque jour qui passe, davantage de voir des sourires se dessiner sur le visage de ces tout petits, ensuite des rires, de constater qu'ils communiquent avant même de dire un seul mot, de les voir répéter, nous imiter, acquérir leur autonomie motrice, de rire de leur humour, de leurs déductions, de savourer leurs câlins gratuits (et de savourer aussi ceux qui cachent une demande particulière), de les voir apprendre, jouer, construire, parler, chanter ...

Si le tout petit bébé que je gardais contre mon coeur m'émouvait, l'enfant que je vois grandir m'émeut tout autant, sinon davantage.

Mais on est mère chacune à sa manière, et en cela, je n'étais d'aucune aide à Blanche-Neige. Mon ressenti n'allait certainement pas l'aider, et ce vide intersidéral qu'elle ressent au plus profond de ses tripes, je ne le ressens pas.

Blanche-Neige avait préparé un délicieux gâteau pour ses copains les nains, au bout de quelques heures de papotte et de larmes versées, on s'est rendu compte que du festin, il ne restait plus une miette.

Cendrillon repartit le ventre plein.
Blanche-Neige, le coeur moins lourd, avait compensé son chagrin.
Et les nains n'en surent rien.

mardi 6 novembre 2007

Tu me rattrapes, OK ?

Connaissez-vous cet exercice ?

Mettez-vous debout et fermez les yeux. Demandez à une personne de confiance de se mettre derrière vous et laissez-vous tomber dans ses bras, vers l'arrière donc.

C'est un exercice difficile, car il suppose une confiance absolue en la personne qui doit vous rattraper.

Je fais rarement cet exercice, mais par contre, il m'arrive très souvent de visualiser la scène, lorsque je ne parviens pas à lâcher prise face à une situation tendue. Me remémorer l'effet de tomber en arrière et de devoir faire confiance pour oser se lâcher, me permet souvent de considérer les choses sous un angle nouveau.

D'un naturel névrosé, je n'aime pas avoir le sentiment de perdre le contrôle, de ne plus gérer, de ne plus être maître de la situation. Or, rebondir, dans ces cas-là, c'est la seule porte de secours que je m'autorise. Rebondir : ce sursaut que j'ai aussi lorsque je me laisse tomber en arrière.

Faire confiance et lâcher prise, c'est accepter de déposer le contrôle dans les bras de ceux qu'on aime, la vision étroite et embrumée se clarifie, d'autres pistes se dessinent, les gros nuages passent. La pression redescend.

Dans la vie, on a beau dire qu'on ne peut compter que sur soi, on est souvent deux à partager le pire, mais aussi le meilleur.

lundi 5 novembre 2007

Au rayon boucherie, cherchez MM1

Cela fait un bail que je ne mets plus les pieds dans un hypermarché, trop de monde, trop de choix, trop de visages, trop de stress et trop de monde aux caisses. Seule avec les 2 miss, c'est mission impossible.

Pendant tout un temps, j'ai fait mes courses sur Internet, cela me faisait gagner un temps précieux, mais cela me posait un problème de taille, une frustration sans borne, celle du choix justement.

Oui, je suis une femme compliquée, et je l'assume. Je déteste me trouver devant un rayon entier de marques de café différentes, mais j'aime prendre le temps de choisir mes tomates, ma salade et lire les étiquettes des produits que j'achète.

Je me suis donc rabattue sur un petit supermarché de campagne, 7 allées et une boucherie, du frais tous les jours, les courses faites en moins d'une heure, emballées et payées. L'avantage est certain, mais il demeure toutefois un inconvénient : celui d'être reconnue.

Parce qu'avec les 2 poulettes, je suis célèbre au supermarché du coin. Les 7 vendeuses nous reconnaissent, ne tarissent point d'éloges sur les filles (Mon dieu, madame, elles ont encoooore grandi, vos filles ! Elles vous ressemblent, c'est incroyable ! Et les nuits, ça va mieux ?, et j'en passe...), mais surtout, elles se marrent bien !

MM2 assise dans le caddie, c'est plutôt rock 'n roll : elle montre un talent tout particulier pour agripper les courses déjà dans le caddie, et ce en exécutant un tourner-plonger à faire hurler la mère que je suis "mais MM2, ça suffit tes bêtises ?" (je vous livre la version "soft", il va s'en dire que je dois me retenir pour ne pas sortir les gros mots qui instinctivement me viennent à la bouche). Du coup, il n'est pas rare de me voir ramasser une demi-douzaine de boîtes de thé en pestant contre ma cadette.

Tout cela ne serait rien si MM1 restait sagement à mes côtés, mais ce serait sans compter sur la bouchère qui est devenue, au fil du temps, la grande copine de ma fille. Ainsi, il est courant d'entendre MM1 crier à travers le rayon, "suis là, maman, je veux du boudiiiiiiiinnnnnnn". Oui, la bouchère donne systématiquement un morceau de boudin à MM1 qui s'empresse de l'avaler comme si elle n'avait rien à manger à la maison, avec l'air triste que le festin soit de si courte durée. L'affaire m'oblige évidemment à prendre ne serait-ce que 2 tranches de jambon, histoire de maintenir les relations commerciales entre ladite bouchère et ma fille.

Il reste néanmoins 2 situations quelque peu gênantes : la première, c'est lorsque MM1 décrète qu'elle veut monter dans le caddie alors que celui-ci est rempli aux trois-quarts, et que je lui dis non. La deuxième, c'est lorsque le gérant du supermarché a la merveilleuse idée de mettre en tête de rayon des articles de l'héroïne de ma fille et qu'elle m'en réclame la panoplie complète.

C'est alors que je passe à la caisse avec MM1 la figure remplie de larmes malgré le morceau de boudin avalé avec délectation et MM2 qui, solidaire de sa soeur, l'accompagne dans sa rébellion "t'es pas ma copiiiiine". C'est à cet instant terrible de solitude que la caissière compatissante trouve toujours un petit mot de réconfort à mon égard, moi, maman à qui il arrive de dire "non-je-tiens-bon" à mes filles adorées.

samedi 3 novembre 2007

La goutte

Depuis que MM1 est rentrée à l'école, je me frottais les mains de satisfaction devant les économies que j'allais faire : fini la nounou à payer, vive l'école gratuite ! C'était sans compter sur les trop nombreuses visites chez le médecin parce que la miss nous ramène chaque microbe de sa classe, et le partage avec nous, amoureusement.

Hier donc, veille de week-end, MM2 se réveille de sa sieste le souffle crépitant, l'oeil hagard, les joues brûlantes de fièvre, et une toux à réveiller le chat, qui dort paisiblement sur le canapé. Je l'emmène chez le toubib, à qui je demande au passage s'il ne fait pas une carte de fidélité, et s'il n'y a vraiment pas moyen qu'il me fasse des prescriptions et des certificats médicaux vierges, vu que je paye quand même plusieurs fois pour exactement le même diagnostic. Sauf que moi, écouter les bronches, je ne sais pas y faire.

Grosse nouveauté hier chez le docteur : elle rajoute à sa prescription des gouttes pour le nez de MM2 qui ne cesse de couler. Ces gouttes m'avaient déjà été prescrites pour MM1, quelques mois plus tôt, mais je n'en avais plus. J'en ai donc racheté et me suis étonnée de voir le conditionnement changé.

Parce que franchement, des gouttes nasales, c'est si simple quand c'est dans un petit flacon avec une pipette en caoutchouc qu'il suffit de presser pour que le tube se remplisse de solution et de déposer dans la narine et d'exercer la même pression pour relâcher le liquide dans le nez. 2 secondes maximum et on n'en parle plus.

Sauf que là, le nouveau conditionnement, c'est ultra-tendance-dernier-cri encore plus performant que l'ancien et surtout c'est noté "sine conservans" sur le flacon.

Donc, me voilà avec un nouveau système de gouttes (plus cher, cela va de soi), le flacon est certes plus grand, mais opaque. Mon bébé couché, je dois lui mettre une pipette opaque, elle aussi, dans la narine et "puffer" afin de lui déposer une seule goutte dans chaque narine.

Et là, je dis bravo les commerciaux, bravo les marketeurs, bravo les scientifiques qui sont loin de la réalité d'une mère ou d'un père face à son rejeton de 14 mois, fièvreux mais pas apathique, qui en ras-le-bol qu'on lui touche le nez à essayer de le moucher, de le laver, qu'on le gave de sirops dégueulasses en tout genre, à tenter de lui foutre une seule malheureuse goutte dans chaque narine, après avoir déjà reçu 18 coups de pied dans le bide et le thorax à avoir osé le sérum physiologique.

Alors, je m'en balance du "sine conservans", je vote le retour des bonnes vieilles méthodes, des flacons de grand-mère pas high-tech du tout, mais efficaces ! D'ailleurs, à force de me prendre la tête, à essayer de comprendre comment fonctionne ce puff de malheur, la moitié des gouttes ont fini sur la paume de ma main, qui s'en voit débouchée, du coup !!!

jeudi 1 novembre 2007

Oui, mais

"Bonjour madame Chose, comment allez-vous ?, MM1, dis bonjour à madame Chose, s'il te plaît."
"Bonzour" dit-elle en se cachant dans mon manteau, affichant par-là une fausse timidité évidente.
Et blablabla, madame Chose demande des nouvelles de la petite famille, j'en fais de même, on s'approche tout doucement du moment où nous allons prendre congé l'une de l'autre et continuer notre chemin, comme si de rien n'était...

Mais madame Chose a une idée de génie lorsqu'elle s'adresse à MM1, elle se met même à sa hauteur et lui pose LA question qui tue "et dis-moi, tu es contente d'avoir une petite soeur ?"

Parce que jusque là, tout s'était bien passé, ma fille était polie, timide, et était restée sagement à mes côtés pendant que je conversais avec la dame.

MM1, qui d'un coup d'un seul, avait perdu toute once de timidité, lui rétorqua de sa voix franche et assurée "oui, mais, heu, je vais avoir un frère !"

Et là, madame Chose de pointer son regard sur mon bide et de bredouiller des félicitations, et moi de rétablir la vérité "mais enfin, MM1, qu'est-ce que tu racontes ?"

"Oui, mais, je veux un grand frère dans mon ventre"...
Elle est contente madame Chose, à poser des bêtes questions à des petites filles en mal de grand frère !