
- "Vous avez votre carte de la pharmacie ?" me lance mon charmant pharmacien.
La carte en question n'est rien d'autre qu'une carte de fidélité. A chaque passage, j'économise des "cents" qui mis bout à bout, donnent 5 euros de réduction par-ci, 5 euros par-là. Avantageux donc, et je suis tombée dans le panneau d'être "bonne cliente" chez le même pharmacien depuis des années.
L'autre avantage d'être (re)connue dans ce genre de boutique, c'est la propension dudit pharmacien à refiler des médicaments "en urgence", et vous assurer que le papier attendra bien le lendemain.
- "Euh, oui, attendez..." et là, tout s'est compliqué.
Étudiante, j'avais un grand sac à main, si grand qu'il pouvait contenir de quoi survivre plusieurs jours, si jamais je venais à découcher, quelques bouquins à finir, des copies à revoir, des blocs de feuilles à noircir, du courrier, des clés, un téléphone portable, un antivol pour vieille voiture (que personne n'aurait jamais voulu voler), de l'eau, une pomme, du chocolat, de la monnaie, un peu de maquillage, du parfum.
Les années ont passé et je n'ai plus vraiment de raison de découcher, plus de bouquins en retard (ou plutôt tellement de bouquins en retard qu'un camion pourrait me suivre si je devais les transporter), plus de feuilles à noircir (c'est mon PC qui s'en charge), et les copies à revoir, je les laisse au boulot, comme il se doit. Le sac a donc perdu quelques tailles. Mais c'est plus un encouragement de chaque instant qu'un véritable besoin qui a changé.
Aujourd'hui, mon sac est tellement rempli que j'ai du mal à y entrer ma main pour y chercher une clé, un bout de papier, un stylo, de la monnaie. Je l'ai complètement vidé ce soir, espérant y trouver un ticket de loterie gagnant, un billet froissé mais entier de 200 euros, mais rien de tout ça : une tututte, un doudou, des biscuits pour nourrissons, des tickets de parking, d'essence, des factures et tiens, encore des factures à payer, des catalogues de trucs autant inutiles qu'agréables, et, bien sûr, aucune trace de cette p*tain de carte de la pharmacie.
3 secondes pour me dire que si je ne retrouve pas cette carte, je perds "juste" un euro à tout casser, donc pas de quoi me taper la tête contre un mur, mais c'est plus fort que moi, elle doit être là, je l'ai vue, hier, ou ce matin, je sais plus quand, mais je suis sûre qu'elle est là.
Je n'ai plus le choix, je sors donc un à un chaque objet se trouvant dans ce sac devenu trop petit sur le comptoir, devant mon pharmacien qui me regarde, l'air amusé. 18 effets personnels plus tard, ça y est, je la tiens. La garce, elle s'était barrée de son endroit habituel de rangement.
C'est donc satisfaite, avec l'oeil de la gagne que je la lui tends fièrement, ânonnant un "je le savais".
Pendant ce temps, MM2 démontait un présentoir de coupe-ongles dernier cri, ultra tendance, et tellement attrayant qu'elle se faisait déjà les dents dessus.
La fidélité, parfois, ça fait juste chier.