vendredi 29 février 2008

A table

MM1 devant son assiette : "Maman, j'ai très mal au ventre, ça fait très très mal".

"Ah bon, t'as mal au ventre ?" lui répondis-je.

"Oui, j'ai très très mal, très fort, je crois que je vais vomir et avoir la diarrhée..."

Du coup, j'arrive même à la trouver pâlote, à lui toucher le front. Elle frotte ses yeux, ouvre sa bouche et se tient le ventre.

Dois-je seulement m'inquiéter ?
Dans un dernier sursaut de doute, je finis par lui demander "tu n'as plus faim ?"

"Non", j'ai plus faim !" et elle pose sa serviette et descend de sa chaise, oubliant son mal de ventre, son air malade et sa voix chevrotante.

Et dire qu'on ne l'a jamais forcée à terminer son assiette !
N'importe quoi !

jeudi 28 février 2008

La Courge est mauvaise langue !

Vendredi dernier, en rentrant du boulot, après une 5e journée remplie à ras bord, j’ai eu l’immense joie de découvrir que le facteur était venu déposer, en notre absence dans notre boîte aux lettres, une notification de passage pour nous remettre, en mains propres (nos 4 mains, donc), un envoi recommandé.

De quoi me stresser tout le week-end. Que va-t-il nous tomber dessus, cette fois-ci ? Combien, quoi, pour quoi, qui, comment…

La Poste belge a depuis quelques mois maintenant, réorganisé toute sa structure et au contact privilégié avec son facteur a succédé la plus grande anarchie en termes de visages et d’horaires de passage. Cela s’appelle la rentabilité.

Les bureaux de poste ont fermé les uns après les autres, laissant un unique endroit ouvert, de 9 à 17 heures 30, du lundi au vendredi, blindé de monde le samedi matin, cela va de soi. Cela s’appelle le service au client.

Je m’attendais donc à devoir braver la foule et les guichets surpeuplés du samedi matin pour retirer mon courrier, et par-là même calmer mon angoisse sourde. Que nenni. Sur l’avis de passage, c’était bien indiqué, il me fallait attendre le lundi après-midi et me rendre au supermarché, au point poste, pour retirer l’enveloppe.

Mon dieu, j’ai cru que La Poste avait enfin compris que des gens puissent travailler et rentrer chez eux après 17h30. J'ai vite déchanté.

Au supermarché, le point poste est à l’accueil du magasin. L’accueil du magasin est aussi une caisse, ouverte la plupart du temps. Au supermarché, à 18h15, donc 45 minutes avant la fin de la journée, il ne reste que 2 caisses ouvertes, dont celle de l’accueil.

Je n’avais aucun achat à effectuer dans ce magasin, mais j’ai appris que je devais faire la queue comme tout le monde. Ce qui au passage, est une fabuleuse idée, puisque les étalages aux caisses sont remplis de bonbons, de chips, de chocolats, de revues à l’effigie de DORA et autres personnages aussi mystérieux qu’agaçants. De quoi ravir mes miss et faire monter mon énervement.

Soit. Nous étions 2, avec nos cartes d’identité, photos récentes à l’appui. Le Prince porte un prénom masculin, sans ambiguïté possible. Je porte un prénom féminin, mais étranger, donc avec ambiguïté possible pour qui n’a pas l’oreille exercée, ou la curiosité culturelle adéquate.

Oui, elle a osé, la caissière faire mine de ne pas comprendre qui est qui de monsieur et de madame. Oui, elle a recopié chiffre par chiffre, nos numéros de carte d’identité, incapable d’en retenir 2 à la fois pour faire accélérer les choses, oui, elle a encodé le numéro de l’envoi dans un ordinateur en tremblant tellement qu’elle a dû s’y reprendre. Cela s’appelle l’efficacité.

Chacun son métier. Que les caissières gardent leurs caisses, les guichetières de la poste leurs guichets, et les bergers leurs moutons.

Mais qu’on arrête de nous parler de service, pitié.

mardi 26 février 2008

La fidélité

- "Vous avez votre carte de la pharmacie ?" me lance mon charmant pharmacien.

La carte en question n'est rien d'autre qu'une carte de fidélité. A chaque passage, j'économise des "cents" qui mis bout à bout, donnent 5 euros de réduction par-ci, 5 euros par-là. Avantageux donc, et je suis tombée dans le panneau d'être "bonne cliente" chez le même pharmacien depuis des années.
L'autre avantage d'être (re)connue dans ce genre de boutique, c'est la propension dudit pharmacien à refiler des médicaments "en urgence", et vous assurer que le papier attendra bien le lendemain.

- "Euh, oui, attendez..." et là, tout s'est compliqué.

Étudiante, j'avais un grand sac à main, si grand qu'il pouvait contenir de quoi survivre plusieurs jours, si jamais je venais à découcher, quelques bouquins à finir, des copies à revoir, des blocs de feuilles à noircir, du courrier, des clés, un téléphone portable, un antivol pour vieille voiture (que personne n'aurait jamais voulu voler), de l'eau, une pomme, du chocolat, de la monnaie, un peu de maquillage, du parfum.

Les années ont passé et je n'ai plus vraiment de raison de découcher, plus de bouquins en retard (ou plutôt tellement de bouquins en retard qu'un camion pourrait me suivre si je devais les transporter), plus de feuilles à noircir (c'est mon PC qui s'en charge), et les copies à revoir, je les laisse au boulot, comme il se doit. Le sac a donc perdu quelques tailles. Mais c'est plus un encouragement de chaque instant qu'un véritable besoin qui a changé.

Aujourd'hui, mon sac est tellement rempli que j'ai du mal à y entrer ma main pour y chercher une clé, un bout de papier, un stylo, de la monnaie. Je l'ai complètement vidé ce soir, espérant y trouver un ticket de loterie gagnant, un billet froissé mais entier de 200 euros, mais rien de tout ça : une tututte, un doudou, des biscuits pour nourrissons, des tickets de parking, d'essence, des factures et tiens, encore des factures à payer, des catalogues de trucs autant inutiles qu'agréables, et, bien sûr, aucune trace de cette p*tain de carte de la pharmacie.

3 secondes pour me dire que si je ne retrouve pas cette carte, je perds "juste" un euro à tout casser, donc pas de quoi me taper la tête contre un mur, mais c'est plus fort que moi, elle doit être là, je l'ai vue, hier, ou ce matin, je sais plus quand, mais je suis sûre qu'elle est là.

Je n'ai plus le choix, je sors donc un à un chaque objet se trouvant dans ce sac devenu trop petit sur le comptoir, devant mon pharmacien qui me regarde, l'air amusé. 18 effets personnels plus tard, ça y est, je la tiens. La garce, elle s'était barrée de son endroit habituel de rangement.

C'est donc satisfaite, avec l'oeil de la gagne que je la lui tends fièrement, ânonnant un "je le savais".

Pendant ce temps, MM2 démontait un présentoir de coupe-ongles dernier cri, ultra tendance, et tellement attrayant qu'elle se faisait déjà les dents dessus.

La fidélité, parfois, ça fait juste chier.

dimanche 24 février 2008

Sign of the times

Mars 2001, Egypte, au bord de la Mer Rouge, un magnifique hotel 5 étoiles.

Mémère se prélasse au bord d'une piscine, tournant paresseusement les pages d'un livre de poche abîmé par l'eau, le soleil, la crème solaire, usé par le farniente absolu.

- T'as vu, dit-elle au Prince, tous ces parents qui casent leurs gosses au mini-club toute la journée ? Pire, certains les abandonnent même au baby-club, regarde, le gamin sait pas encore marcher, et pouf, à la crèche de l'hôtel... Aaaaahhh, c'est beau l'éducation, tiens, je fais des gosses et je paye pour qu'on les occupe, quelle drôle de société ! Tu trouves pas ?

- Mmmmmmmmm... (Le Prince s'en fout, il est plongé dans le dernier Werber et tant qu'un parasol le protège du soleil et qu'une boisson fraîche lui permet d'oublier qu'il fait déjà 37 °C à 10 heures du matin, Mémère peut continuer des heures durant à critiquer tout l'hôtel sans le déranger outre mesure.)

- Non mais franchement, tu les as vus là, regarde la nana comment elle jubile de s'être débarrassée de ses mômes, et lui, là, tout content de faire son petit tennis tranquilou, pfffff... la-men-table !

Février 2008, Belgique, un petit village sur la carte.

- 'tain, je te jure, l'année prochaine, on bouffe des pâtes toute l'année, on s'habille "moins cher", on vend la bagnole, je bosse le week-end ou la nuit, je paye toutes les factures avec 3 mois de retard, mais on part en Egypte, ou ailleurs, mais dans un club de malades, tout compris, repas, boissons, services, tout, et surtout un mini-club de 7 heures à 22 heures, un service gratuit de baby-sitters expérimentées pour toute la nuit au besoin. J'en peux plus, j'en ai marre, je veux du soleil, glander, bouquiner, fermer les yeux sur mon transat et roupiller à l'heure que je veux, sans me soucier de quoi que ce soit !

- Mère indigne, va !

jeudi 21 février 2008

Deux étoiles

Cendrillon s'assit sur une des marches du perron, replia ses jambes tout contre sa poitrine et enserra ses genoux de ses bras, comme pour fabriquer un oreiller imaginaire sur lequel elle déposa sa tête devenue trop lourde par les mots du Miroir qui résonnaient encore en elle.

Cendrillon ferma les yeux et se mit à compter les étoiles, le coeur au bord du vide. Elle avait besoin de se raccrocher à une activité tangible, réelle, mécanique pour ne pas éclater en sanglots.

L'espace d'une visite au Miroir, à qui elle avait voulu se confier, elle avait réalisé qu'un point final en plein milieu d'une phrase restait un point final en plein milieu d'une phrase. Peu importe la respiration qu'on reprenait, peu importent les mots qui allaient suivre, peu importe l'intonation, peu importent les 4 années passées depuis cet arrêt brutal.

Rien ni personne ne pouvait rien y changer. Le point resterait indélébile à tout jamais. Aucune fée, aucune baguette magique ne pouvait réécrire l'histoire. Cendrillon l'avait bien compris. Elle cherchait par contre un remède intemporel qui aurait anesthésié la douleur de ces parents privés de leur chair, elle voulait endormir la peine, panser la plaie, mais en vain.

Deux petites filles auraient dû fêter leur 4e anniversaire. Février les a emportées.

La nuit est tombée. Cendrillon rouvrit les yeux, elle avait froid. La lune se décrochait sur l'épais rideau foncé, deux étoiles scintillaient...

mardi 19 février 2008

Carton rouge

Il était une fois Mémère Cendrillon la tête dans son frigo, un soir de semaine, après avoir passé une journée entière à résoudre moult problèmes, à donner cours à des gars tout juste intéressés, à se chatouiller les neurones pour trouver la solution au blocage de machin dans son apprentissage, à imaginer le super fichier qui pourrait faire gagner un temps précieux à tous.

Elle n'a pas fière allure, la Mémère face au vide intersidéral dudit réfrigérateur. C'est qu'elle a omis de réfléchir à ce qu'elle allait bien pouvoir préparer à manger, trop occupée à chanter à tue-tête dans sa voiture, faisant mine de ne pas avoir vu MM2 fermer ses grands yeux pour une mini sieste réparatrice.

Mais il en faut bien plus à Mémère pour abandonner : après avoir ouvert 2 ou 3 boîtes et découvert avec surprise la présence de "restes" qu'elle avait complètement oubliés, elle trouva enfin l'idée.

Certes oui, MM1 avait faim, mais le dessin animé la tiendrait bien en haleine encore quelques 20 minutes. Pour sûr, MM2 aurait pu nettoyer toute la cuisine tellement elle bavait devant les fourneaux, mais la Mémère comptait sur ses talents d'animatrice de cuisine pour détourner l'attention de sa terreur et lui occuper l'esprit à défaut de lui remplir le bide.

20 toutes petites minutes, le temps de faire cuire du riz, des petits pois, du safran et des grosses crevettes.

MM2 a finalement trouvé son bonheur en retournant dans tous les sens une boîte contenant des biscuits que nous donnons au chien. Elle a bien entendu essayé de l'ouvrir. Mémère a fait semblant de ne pas bien comprendre ce que voulait sa fille, mimant sans cesse l'aboiement du chien afin qu'elle intègre bien que les biscuits n'étaient pas pour elle...

Puis, Mémère est retournée dans ses pensées. Et quelques minutes plus tard, MM2 avait disparu de ses pieds. Elle entendait ses filles au salon, complices, calmes, des soeurs, quoi !

Et Mémère, penaude, voire un tantinet émue, touillant dans sa casserole, se dit que c'est magique les enfants, la complicité, la communication, la parole ... tout juste si la larmichette ne vint pas saler le riz.

"A taaaaaable les filles" cria-t-elle, tout en apportant les assiettes de ses filles chéries, "à taaaaa..." et ce fut le silence.

MM2 avait embarqué la boîte de biscuits du chien, l'avait donnée à sa soeur, qui l'avait ouverte, et Mémère découvrit avec stupeur et quelques tremblements ses filles, les joues remplies de biscuits, la boîte presque vide, des sourires sur leurs visages.

Complices comme jamais.
Calmes comme jamais.
Soeurs comme jamais.

Je savais que ça cachait quelque chose.

Autant dire que ma "paella-minute-maison", elle a eu un succès fou !

dimanche 17 février 2008

Héros d'un jour, héros de toujours

"Naaannnnn, c'est pas "spaiderman" Maman, c'est "spiiiderman", tu le connais même pas !" m'a dit récemment MM1. C'est vrai, quoi, qui je suis, moi, pour oser toucher au personnage number one des petits dans la classe de ma fille ?

Pour la fête de Carnaval, il y avait à droite, les Princesses, à gauche, les Spidermen. C'est sûr que pour ma fille, Spiderman, c'est un peu le prince charmant.

Mon Prince à moi est loin de ressembler à Spiderman. Et si, dans l'absolu, on me demandait "quel personnage imaginaire aurais-tu aimer épouser ?" (mais pourquoi donc se poser cette question si profonde..., hein ?), je n'aurais certainement pas choisi l'homme araignée.

Sans aucun doute, j'aurais choisi Bob le Bricoleur. Oui, j'assume. A 20 ans, j'aurais peut-être choisi l'aventure, mais là, à 30 largement passés, l'aventure, c'est de terminer une maison et réparer les premiers travaux qui datent de quelques années.

Voir mon Prince bidouiller une chasse d'eau, construire un potager, nettoyer le filtre à air sur la voiture, aspirer ma voiture en traquant la moindre miette, alors que je suis juste "en vrac" ces jours-ci, me fait dire que c'est mon héros bien réel !

vendredi 15 février 2008

MM2, la terreur !

Jeudi matin, 7h03. Dans 7 minutes, les filles doivent être dans la voiture. Moi aussi par la même occasion. Or, à l'instant précis, elles n'ont pas encore pris leur petit déjeuner. C'est jouable. Enfin, c'est ce que je préfère me dire, pour faire baisser la tension que je sens monter en moi.

Mais si MM1 coopère, MM2 en a décidé autrement. Après avoir vidé sa gourde d'eau sur la table, la voilà qui trempe son pain et qui nourrit le chien.

Le cri du coeur aurait pu être de la colère, mais je ne sais pourquoi, ce fut du dépit, du découragement. J'aurais pu, à ce moment-là, céder à la tentation du gros mot, mais il n'en fut rien.

"MM22222222222......., tu es... tu es... une terreur des mouches à caca !!!" est la seule phrase qui est sortie de ma bouche. Elle n'a eu aucun effet sur la principale intéressée, mais a fait, en revanche, beaucoup rire MM1, qui amusait sa soeur à pouffer, à glousser sur les âneries de sa mère...

17h45. J'arrive à la garderie reprendre MM1, en compagnie de MM2. MM1 s'approche de Carine, la dame qui les garde et lui dit, presque sur le ton de la confidence : "Elle, c'est ma soeur, c'est une mouche à caca !"

Evidemment j'ai rougi face au regard halluciné de Carine; j'ai pas eu d'autre choix que de me justifier bêtement, afin de ne pas passer pour une mère "un peu barge". Le soir, ma mission était toute prête : apprendre à MM1 à répéter correctement les expressions de sa mère.

jeudi 14 février 2008

Et ta tronche ?

Il y a eu le Coca-Cola, les Levis, Microsoft, le Prozac, les soupes Knorr, et le Nutella. Il y a le Sudoku, le Club Med, les légumes surgelés, et ... Facebook dans le palmarès des inventions qui peuvent se vanter d'être un succès planétaire.

Le trombinoscope le plus populaire du moment fait fureur aussi bien chez les jeunes que les moins jeunes. Le principe est de se créer une communauté d'amis et d'échanger avec eux au travers de différentes applications aussi pertinentes que "quelle couleur êtes-vous ?", "quel personnage de tel feuilleton êtes-vous ?", ou encore en s'envoyant des cadeaux virtuels "qui grandissent", on ajoute au fur et à mesure des tas de gadgets qui permettent de compléter son profil, et de dévoiler des infos sur les activités, événements, soirées auxquels on va participer, le tout sur fond d'un "wall" sur lesquels les "zamis" peuvent laisser des petits mots très "private joke" au vu de tous.

Je me suis inscrite par curiosité, juste pour faire moins con lorsqu'on parle de ce "place to be". Je m'amuse à essayer de comprendre comment ceux qui ont bien voulu être "mes zamis" fonctionnent, eux les pros, qui partagent au quotidien leurs humeurs en 3 mots, qui m'envoient des bisous virtuels, des plantes, qui me dédicacent des chansons que je n'arrive même pas à écouter... Bref, j'ai l'oeil critique et peine un peu à rentrer dans le jeu.

Par contre, c'est un formidable outil pour retrouver des gens perdus de vue. Cet annuaire géant est très pratique pour retrouver ses ex, ses copains d'enfance, ou de classe, pour découvrir ses collègues sous un jour nouveau.

Franchement, avec mon blog, je fais pâle figure à côté du géant Facebook. J'ai l'impression d'avoir pris 5 ans de plus dans la tronche à ne pas savoir qui c'est qui m'envoie des bisous cachés, et à ne pas tout saisir de l'engouement actuel pour l'outil.

Alors, Facebook, carte de visite, nouveau CV, simple outil en faveur du développement de son réseau personnel ou carrément "rien à voir" ?

mardi 12 février 2008

Deux histoires

Elle vient tout juste de partir, après nous avoir écouté pendant 2h45.
Elle, c'est une étudiante en psycho, toute jeune, qui travaille sur son mémoire de fin d'études.
Lorsque j'ai vu son annonce sur Internet, j'ai d'abord hésité, puis j'en ai parlé au Prince, puis je l'ai contactée. Notre profil pouvait l'intéresser. De fait.

C'est bien sûr la première fois que je réponds aussi ouvertement à une petite annonce sur Internet. Que je communique mes coordonnées à une parfaite inconnue, que je la reçois chez moi. Quelques échanges par e-mail et le tour était joué.

Elle est arrivée simplement, avec un look d'étudiante. Elle semblait intimidée et bafouillait un peu à son arrivée. Nous nous sommes installés et elle nous a dit comment elle désirait organiser le travail. Ce soir, elle allait nous écouter lui raconter comment nous avions géré 5 longues années de Procréation Médicalement Assistée et 5 fécondations in vitro avant de faire de nous officiellement des "parents". Elle a guidé l'entretien par des questions qu'elle avait soigneusement préparées. Elle nous a ensuite écouté lui raconter l'arrivée de MM2, la grossesse, le questionnement, les angoisses.

Je me suis retrouvée très émue face à elle, à lui livrer cette partie si compliquée de notre vie, de me rappeler cette souffrance, ces émotions diverses, les deuils, mais aussi d'écouter le Prince parler, lui qui parle peu.

Raconter nos enfants à travers ces épreuves, raconter le désir, la colère, le chagrin, l'espoir, l'attente, raconter les autres, les mots qui blessent, les trahisons, raconter le lien, si fort, qui se tisse peu à peu autour de nos histoires, raconter notre famille, tout bêtement.

Cela fait bien longtemps que j'ai jeté toutes les ordonnances pour hormones en tous genres. Cela fait bien longtemps que je ne vis plus avec cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, mais il m'arrive souvent d'y repenser, avec beaucoup de recul, à cette époque difficile.

Et cette certitude : d'être celle que je suis aussi grâce à ce parcours. Certes j'y aurai laissé de nombreuses plumes, mais il me suffit de caresser doucement mes têtes de brunettes pour savoir que j'aurais signé, les yeux fermés, pour 5 autres années pour savourer ces instants.

dimanche 10 février 2008

L'impatience

J'ai l'air de bien gérer. L'air seulement. Et entre 17h30 et 19h00, je ne gère plus rien.

Aussi, lorsque MM1 m'a tendu un DVD, sa tututte dans la bouche, son doudou sous le bras, ses yeux épuisés par une longue semaine de vacances de carnaval passée chez son ancienne nounou, je n'ai pas pris le temps de regarder quel était ce DVD qu'elle voulait regarder. J'ai trouvé l'idée juste "bonne", cherchant à occuper mes filles pendant que j'allais pouvoir préparer un petit dîner "aux normes".

Je dois avouer que, chez nous, le branchement télé-lecteur DVD-vidéo nécessite pas loin de 3 télécommandes. Le Prince a bien entendu essayé de réunir ces 3 "zapettes" en une seule, dite universelle, mais la logique a voulu que le lecteur DVD, de la même marque que la télécommande universelle, ne lui réponde pas.

C'est dire que la mise en route d'un dessin animé peut s'avérer longue, parfois. Et ce jour-là, le manteau encore sur le dos, les yeux à la recherche de MM2 qui avait déjà trouvé une nouvelle bêtise à faire, à savoir remplir la machine à laver avec les croquettes du chat, j'ai cru que j'avais manqué une étape dans la mise en route du film.

Souvent, je démarre le DVD et MM1 vient me chercher quelques minutes plus tard : "Maman, il faut encore appuyer !". En effet, on a volontairement oublié de lui apprendre comment faire. D'ici à ce qu'elle trouve les chips et se matte la téloche, y'a qu'un pas. Cette fois-là, elle est venue me dire "Maman, je comprends rien au DVD. De fait, il était en allemand. J'ai failli lui dire "ce n'est pas grave, ma fille, tu vas apprendre l'allemand comme ça !", mais j'ai bien vu à sa tête que l'heure n'était pas à la rigolade.

Le temps d'attraper MM2 avant qu'elle ne se brûle à la casserole, me voici, la télécommande en main, à m'acharner sur les boutons "Language" et "Menu" pour changer cette satanée langue. Mais rien ne se passe, sinon une icône "interdit" qui clignote sur l'écran.

Je lâche MM2, qui recourt terminer sa besogne de croquettes à laver, je lache quelques jurons et ... ô miracle, la porte s'ouvre sur le Prince qui rentre du boulot, heigh-ho heigh-ho...

"ooooh, qui est là ? papaaaaaa !!!! Alors, tiens chéri, les 3 télécommandes, je capte rien, le DVD tourne en allemand et ta fille n'est pas contente, je retourne en cuisine, sauver la bouffe du chat, OK ?"

Et quelques minutes plus tard... le Prince me rejoint aux fourneaux et affiche un sourire à peine dissimulé. "Alors, lui dis-je, t'as trouvé pourquoi on peut pas changer la langue du DVD ?"

(Il se marre) "Le DVD, c'est celui-là. Et si t'avais attendu 10 secondes de plus, t'aurais entendu du japonais !"

Ben tiens !

vendredi 8 février 2008

Comme si...

Les mois de novembre et de février nous offrent des paysages magnifiques, des levers de soleil rougeâtres, rosâtres, orangés et des couchers de soleil tout aussi sublimes.

- Regarde ma chérie par la fenêtre, le soleil se lève, tu as vu ? Qu'est-ce que c'est beau, tu ne trouves pas ?
- Si
- On dirait un arc-en-ciel...
- Où ça ?
- Là, par la fenêtre, regarde !
- Ben je vois pas... Il est où l'arc-en-ciel ?
- Chérie, j'ai dit "on dirait un arc-en-ciel", ça veut dire que ça ressemble à un arc-en-ciel, c'est comme un arc-en-ciel...
- Mais mais je le vois pas, l'arc-en-ciel ... (elle commence à pleurnicher)
- MM1, arrête de pleurer, je vais t'expliquer : il n'y a pas d'arc-en-ciel...
- Mais maman, tu as dit "arc-en-ciel"
- ... Oui, en effet, j'ai dit que ça ressemblait à un arc-en-ciel, c'est comme quand tu te déguises en princesse, ça veut dire que tu ressembles à une princesse, tu comprends ? Tu n'es pas réellement une princesse, tu fais semblant, tu fais comme si tu étais une princesse.
- (Gros pleurs) Mais siiiiiii, je suis une princesssssse. Ouiiiinnnnnnn...

La route avance. Je maudis ma voiture de remplacement qui n'a pas de radio, ni de lecteur cassette, encore moins de lecteur CD. Ca m'apprendra à discuter avec ma fille si tôt le matin, alors que je n'ai même pas eu le temps de prendre mon café. Ca m'apprendra à faire des comparaisons idiotes, moi qui ne cesse de lui dire qu'elle est belle comme une princesse, sage comme une image, pfffff...

mercredi 6 février 2008

Plouf plouf plouf...

Les protagonistes :

A droite, Mesdames et Messieurs, une cafetière Senseo, noire, récente, en bon état de fonctionnement, que la propriétaire utilise au quotidien pour 2 tasses de café prises sur le pouce vers 7 heures du matin la semaine, 8h30 le week-end.

A gauche, MM2, 18 mois dans quelques jours, experte dans l'escalade de meubles, de tabourets, de chaises et avides de sensations nouvelles, et ce, 7 jours sur 7, et au minimum 10 heures par jour.

Au centre, Mémère Cendrillon, propriétaire de ladite cafetière et mère de ladite fillette, qui avait pris congé en ce jour de carnaval, officiellement pour rester auprès de ses filles, officieusement, afin d'éviter les embouteillages dû au défilé costumé ayant lieu dans la ville où elle travaille.

A présent, les faits :

Il était 11h20, heure critique. MM2 est fatiguée, Mémère s'active aux fourneaux, MM1, sa grande soeur, réclame son DVD préféré, afin de se soustraire à l'activité que sa mère lui propose depuis une heure au moins : ranger le salon et ainsi faire disparaître toute trace du tsunami qui s'y est installé confortablement et qui ne demande qu'à s'y encroûter.

Mémère, éminçant quelques poireaux, n'a pas vu sa cadette arriver sur la pointe des pieds dans son dos, pousser son tabouret contre le plan de travail et découvrir la présence de la cafetière. Le bruit de la Senseo a néanmoins alerté Mémère, qui, Mesdames et Messieurs, notez-le bien, a grondé sa fille et l'a redéposée, au moins 3 fois, nous a-t-elle dit, sur le sol, lui expliquant fermement qu'on ne jouait pas avec la cafetière.

C'était sans compter sur l'esprit retors de la fillette, qui est remontée sur son tabouret et a oté la petite plaque qui cache un récipient destiné à recueillir les dernières gouttes de café que l'empressement matinal fait oublier, que ledit récipient était "bien rempli" de café froid, noir et non dilué.
Mesdames et Messieurs, quoi de plus drôle que la découverte d'un liquide coloré, que cette sensation de plénitude et de toute puissance lorsque des petites mains innocentes tapottent le liquide avec entrain, avec joie, avec plaisir !

La victime :

Venons-en à parler crûment, Mesdames et Messieurs, les publicitaires nous mentent !
Le magnifique ensemble Cyrillus que portait MM2 est mort, et rien ne le fera renaître, aucune lessive miracle ne rendra son éclat, sa blancheur, sa transparence.
Paix à son âme...

lundi 4 février 2008

La poisse, ça colle bien

Certes, elle tremblait un peu, ma voiture, mais rien qui ne m'inquiétait. Il a fallu que le Prince la conduise ce week-end et me communique son inquiétude pour que je me rende au garage ce matin, de très bonne heure, avec mes miss, avant de les déposer et aller bosser.

Je ne savais pas, en confiant mes clés à mon garagiste habituel - vous vous souvenez, monsieur "juste une bricole" - que l'heure qui allait passer allait me vider de toute mon énergie, déjà toute relative après une nuit-2 réveils.

Imaginez juste un garage, partie show-room : que des voitures neuves, brillantes, exposées de manière aléatoire, idéal pour un jeu de cache-cache pour fillettes de 18 à 37 mois. Persuadée que tout cela n'allait durer que quelques minutes, le temps de remettre un plomb au pneu, c'est de bon coeur que je les surveillais de près, histoire de ne pas alourdir ma note d'une réparation en carrosserie.

Je n'ai donc pas remarqué que mon garagiste était déjà revenu de son petit tour pour essayer ma voiture. D'habitude, lorsqu'une "bricole" pointe son nez, il garde son sourire, même si moi je l'ai déjà perdu. Ce matin, lorsqu'il a pris son visage dans les mains et a appelé son collègue, j'ai retenu ma respiration, j'ai su que l'instant était grave, pour mon porte-feuille du moins.

Pendant ce temps, les miss m'avaient suivie dans l'atelier, et l'angoisse m'avait soudainement empêchée de sourire, de trouver drôle leur idée de tomber les genoux dans la seule tâche d'huile pas encore essuyée de tout l'atelier.
J'essayais vainement de comprendre ce que me disait Monsieur La Bricole, à savoir que je ne pouvais plus rouler avec ma voiture. Trop dangereux, pièce cassée, cher, très cher, pas normal, jamais vu ça, madaaame. Mais MM2 ne me facilitait pas la tâche : dans mes bras, elle se débattait voulant rejoindre sa soeur à courir autour des voitures. La poupée que je lui avais permis de prendre avec nous, dans un bref sursaut d'espoir que cela l'occuperait 2 minutes, ne cessait de tomber à terre, et moi, abasourdie par le diagnostic posé sur ma citrouille chérie, je me suis accroupie, des dizaines de fois, avec 10 kg dans les bras, dos bien droit, pour ramasser le pauvre bébé dénudé qui allait bientôt pouvoir porter plainte pour maltraitance.

Puis, ils m'ont amené une citrouille de remplacement. Et il a fallu vider le coffre, et pire, changer les sièges auto. Les enlever, ça a été. Enfin, relativement. J'ai un peu pesté, tiré un peu brusquement à droite, à gauche, mais ce fut chose faite en quelques longues minutes. Et puis, Monsieur La Bricole m'a un peu aidée.

Par contre, pour les remonter dans la voiture de remplacement, le garagiste m'a prévenue : "je vous laisse faire" a-t-il annoncé. Le Prince était loin, au boulot, mon téléphone portable n'affichait plus qu'une seule et unique barre d'autonomie, et moi, j'étais là, dans ce garage, pas foutue d'attacher ces maudits sièges auto, à crier sur mes filles qui dans mon dos, faisaient rire jaune le garagiste, en déroulant un gros rouleau de papier absorbant, tel un vulgaire rouleau de papier WC. Manquait plus qu'elles ne s'enroulent dedans, "ben quoi, maman, c'est Carnaval!"

dimanche 3 février 2008

La bague au doigt

"Ma fille, bon sang, depuis que tu as des enfants, toi et le Prince ne faites plus rien, vous ne sortez plus, vous êtes d'un triste, d'un casanier, merde, la vie ne s'arrête pas ! Vous êtes jeunes, profitez-en !", m'a dit un jour ma mère.

Seulement voilà, ma mère ne conçoit pas qu'on puisse vivre sans aller au restaurant, et inviter des amis ou être invité chez eux ne relève pas de la sortie, à son sens.

Soit. Elle n'a pas tort en ce sens que nous ne sortons pas souvent. Mais nous n'avons ni ses moyens, ni sa disponibilité. Et après de très longs mois de nuits entrecoupées de plusieurs réveils, tétées-cauchemars-dents qui poussent-coq qui chante-loup qui veut me manger, m'endormir sur mon assiette n'était pas en tête du hit parade de la sortie idéale. Par contre, une nuit suivie d'une grasse matinée, sans enfant, avec une option "on ne les récupère qu'après la sieste le lendemain" aurait certainement évoqué un parfum de liberté et de passion.

Hier pourtant, nous avions décidé de sortir, en amoureux, pour fêter nos 6 ans de mariage, hu hu hu. Mémère, en femme relativement organisée, s'était occupée de réserver un resto dans lequel elle avait déjà mis les pieds il y a quelques années, mais sans le Prince, et y avait fort bien mangé, du reste. Dans son souvenir, l'ambiance feutrée et le décor cosy se prêtaient admirablement bien à l'événement. C'est donc simplement qu'elle demanda une "table pour deux".

Lorsque les enfants furent en pijama, que la tétée et les instructions pour le repas, le sirop, le doudou, le rituel du couché furent donnés à la gentille marraine de MM2 venue les garder, il était déjà tard, mais tant pis. Notre table nous attendait, dans une salle que je devais ne pas avoir vue lors de ma première visite, salle à l'ambiance nettement moins feutrée, à la déco peu cosy, grouillante de groupes venus fêter je ne sais quelles retrouvailles. Là, une table, entre deux autres. A côté d'un couple de sexagénaires venus dîner en compagnie de "Ma chérie", petit bichon blanc plutôt agé au poil un tantinet jauni. Nous avons donc dû subir l'incessant va-et-vient vers son écuelle de fortune de viande découpée en petits morceaux et sa "maman" qui se réjouissait que "Sa chérie" mange si bien.

Une fois acceptée l'idée que nous dînerions assez prêt d'un couple inconnu, qu'on pouvait suivre leur conversation sans tendre l'oreille, que le spectacle d'un bichon affamé allait nous faire sourire, mais aussi "rire jaune" tant le tableau était d'un romantisme effréné, nous avons dû subir, en cascade, de la viande pas cuite, du vin au goût d'un mauvais vinaigre, c'est dire, et l'absence des desserts commandés : il n'y en avait plus. Et la serveuse n'a rien trouvé de plus classe que de nous apporter "les restes" sur une assiette. Sans parler du serveur qui a tenu à goûter le vin, le trouvant "comme d'habitude".

La proximité des clients du restaurant ne nous permettait assurément pas de parler passionément, ni même de tirer un quelconque bilan de ces six années passées à rénover une maison et y accueillir deux adorables miss. Nous avons donc parlé de tout, de rien, c'est-à-dire de l'euthanasie et de la dignité des hommes, des femmes rongés par une maladie trop avancée pour être guérie, par exemple.

La bonne nouvelle, c'est qu'on n'a pas payé le vin. La mauvaise, c'est qu'on s'en rappellera, mais pas nécessairement dans le bon sens. Promis, l'année prochaine, je cuisinerai pour le prince, ce sont les enfants qui sortiront !!!

Alors, combien d'entre vous auront pensé, avec un titre pareil, que je n'allais pas parler du scoop number one du week-end ?