J'aurais aimé qu'elle couche sa tête à côté de la mienne quelques secondes pour me souhaiter une bonne nuit, j'aurais aimé qu'elle me dise qu'à ses yeux, j'incarnais l'Amour au sens profond, j'aurais aimé qu'elle me porte, me serre tout contre elle pour recevoir mes larmes d'enfant, lorsque j'étais tombée, ou lorsque ma copine de classe n'avait pas daigné m'inviter à son goûter d'anniversaire.J'aurais voulu être élevée dans le présent, dans l'instant, et non dans la crainte de ce qu'il pourrait se passer demain. J'aurais tant aimé grandir simplement, sans avoir si peur de mes sentiments, de mes émotions.
Je ne lui ai jamais dit que je l'aime. Et elle ne m'a jamais dit qu'elle m'aime.
Elle a préféré que je grandisse sans connaître cet étalage de sentiments, au simple cas où elle viendrait à décéder. Non pas qu'elle ait une plus grande probabilité de mourir qu'une autre personne, mais simplement, parce qu'idéologiquement, "on ne souffre pas de ce qu'on ne connaît pas".
Si tu goûtes au plaisir, tu souffriras de son absence, alors que si tu ne le connais pas, tu n'en souffriras pas. Elle avait confondu le plaisir du bonbon acidulé et le besoin fondamental de l'enfant de se sentir aimé.
Pourtant, je n'ai manqué de rien d'autre.
Pourtant, j'ai grandi sur un plancher instable, n'osant quelques fois plus bouger, de peur de voir les planches se rompre sous mes pieds.
J'ai pourtant su qu'elle tenait à moi. De part l'extrême rigueur qu'elle a à garder des souvenirs de moi, des photos, des bulletins scolaires, des bricolages, et surtout dans ce que les autres me racontent. Elle dit aux étrangers l'affection qu'elle porte à ses enfants, elle dit aux autres ce qu'elle nous cache si bien, si fort.
Elle revêt tant de costumes différents qu'elle s'est perdue dans sa vie compliquée de faux-semblants. Elle n'est pas partie jeune comme elle a pu le craindre, et moi, sa fille, je me demande vraiment si le lien, celui qui m'apporte tant au quotidien avec mes enfants, a encore du sens dans notre relation.
Je suis convaincue d'une chose aujourd'hui, c'est que j'ai semé tellement d'Amour autour de mes filles, que je peux partir en paix, elles n'auront jamais à se demander si leur maman les a aimées, avec son cœur, ses tripes, son âme. Elles pourront sauter à pieds joints sur le plancher sans avoir peur de tomber, c'est du béton qui se cache dessous.
Il restera le chagrin, moins lourd cependant que celui que je traine aujourd'hui.











