mercredi 28 mai 2008

L'incertitude

J'aurais aimé qu'elle couche sa tête à côté de la mienne quelques secondes pour me souhaiter une bonne nuit, j'aurais aimé qu'elle me dise qu'à ses yeux, j'incarnais l'Amour au sens profond, j'aurais aimé qu'elle me porte, me serre tout contre elle pour recevoir mes larmes d'enfant, lorsque j'étais tombée, ou lorsque ma copine de classe n'avait pas daigné m'inviter à son goûter d'anniversaire.

J'aurais voulu être élevée dans le présent, dans l'instant, et non dans la crainte de ce qu'il pourrait se passer demain. J'aurais tant aimé grandir simplement, sans avoir si peur de mes sentiments, de mes émotions.

Je ne lui ai jamais dit que je l'aime. Et elle ne m'a jamais dit qu'elle m'aime.

Elle a préféré que je grandisse sans connaître cet étalage de sentiments, au simple cas où elle viendrait à décéder. Non pas qu'elle ait une plus grande probabilité de mourir qu'une autre personne, mais simplement, parce qu'idéologiquement, "on ne souffre pas de ce qu'on ne connaît pas".

Si tu goûtes au plaisir, tu souffriras de son absence, alors que si tu ne le connais pas, tu n'en souffriras pas. Elle avait confondu le plaisir du bonbon acidulé et le besoin fondamental de l'enfant de se sentir aimé.

Pourtant, je n'ai manqué de rien d'autre.
Pourtant, j'ai grandi sur un plancher instable, n'osant quelques fois plus bouger, de peur de voir les planches se rompre sous mes pieds.

J'ai pourtant su qu'elle tenait à moi. De part l'extrême rigueur qu'elle a à garder des souvenirs de moi, des photos, des bulletins scolaires, des bricolages, et surtout dans ce que les autres me racontent. Elle dit aux étrangers l'affection qu'elle porte à ses enfants, elle dit aux autres ce qu'elle nous cache si bien, si fort.

Elle revêt tant de costumes différents qu'elle s'est perdue dans sa vie compliquée de faux-semblants. Elle n'est pas partie jeune comme elle a pu le craindre, et moi, sa fille, je me demande vraiment si le lien, celui qui m'apporte tant au quotidien avec mes enfants, a encore du sens dans notre relation.

Je suis convaincue d'une chose aujourd'hui, c'est que j'ai semé tellement d'Amour autour de mes filles, que je peux partir en paix, elles n'auront jamais à se demander si leur maman les a aimées, avec son cœur, ses tripes, son âme. Elles pourront sauter à pieds joints sur le plancher sans avoir peur de tomber, c'est du béton qui se cache dessous.

Il restera le chagrin, moins lourd cependant que celui que je traine aujourd'hui.

lundi 26 mai 2008

Ceci n'est pas une recette

Maman, ça veut dire quoi "chendo", me demande MM1 ce soir, alors que je ramène MM2 de la cuisine.

"Chendo ? je ne sais pas, poulette, t'as entendu ça où ?"
"Mais làààà, tu viens de le dire à MM2 !!!"

Il m'aura quand même fallu quelques secondes pour appuyer sur la touche REW de mon cerveau fatigué et me souvenir que je disais à à MM2 "Tu me fais bisquer crescendo, toiiiiiii !"

Quelques minutes plus tôt, alors que je surveillais mes épinards frais cuire avec une pointe d'huile d'olive et quelques bonnes gousses d'ail (en me demandant s'il allait m'en rester après la cuisson, tellement le volume avait diminué), en vue de préparer une délicieuse quiche, MM2 s'était pointée en haut des 2 marches qui mènent à la cuisine :

"Mamaaaaannnn !!!!???!!!"
"Oui, chérie ?"
"tsé tsé"

J'avais compris. Elle avait sa tête de "bon-bon", celle qui sait qu'elle a 80 % de chances de se prendre un NON, et qui, du coup, rajoute la carte "séduction" à la demande. Afin de faire durer le plaisir, je fais donc semblant de n'avoir rien compris. Faut dire, elle murmurait ...

"Je n'ai pas bien compris, ma belle, il va falloir parler plus fort"
"tsé-tsé"
"Allô, que dis-tu, maman n'entend rien ... !"

De fait, maman est sourde, elle bat les oeufs en omelette, déroule la pâte feuilletée toute faite et la colle au fond du moule, et assaisonne le tout. Cette phase certes simple requiert une attention particulière, parce que c'est à ce moment précis que les épinards se perdent dans leur jus, qu'il faut égoutter le tout et ajouter un bon fromage de chèvre, avant de joindre les oeufs au mélange chèvre-épinards, et de verser le tout dans le moule.

Mais MM2 tient bon, elle est du style coriace : "Mamaaaaannn, tsé-tsééééééé".
Les "s" diminuent, elle a abordé la phase "attention maman, je vais crier très fort, et tout le monde va se retourner, OK ?"

"Chérie, tu veux pas attendre 5 minutes ? Regarde, Maman doit préparer la quiche, c'est bon tu sais, tu viens voir ? Tu veux pas m'aider à verser les oeufs dans le moule ?"
"Naaaannnnnn, téter !!!"
"Pas tout de suite louloute, maman doit d'abord préparer le repas !"

Et chlan. MM2 pas contente, grosse crise, je me jette par terre, la tête dans mes bras et je verse de grosses larmes de crocodile, et je hurle "téteeeeerrrr, téééééééteeerrrrrr" de plus belle.

Il a fallu que je trouve de quoi l'occuper, à savoir, touiller dans le plat, mettre ses mains dans les oeufs, goûter, casser un oeuf que j'avais oublié de ranger, et trouver très amusante la texture gluantissime du blanc d'oeuf qui gisait près de sa coquille.

Alors, oui, MM2 m'a fait "bisquer crescendo", mais je me suis bien gardée d'illustrer mon ras-le-bol à MM1, qui se régale de répéter mes expressions à qui veut l'entendre, entre 2 "qui a pété, ça sent la chicorée, un, deux, trois, ça sera pas toi, qui a ..."

"Ma fille, "crescendo", ça veut dire "augmenter graduellement", "de plus en plus fort", tu comprends ?" Mais elle avait déjà replongé dans son dessin animé de princesse, tant ma définition n'était pas aussi "imagée" qu'elle l'aurait souhaité.
La quiche ?
Un délice, MM2 en a redemandé, se fendant d'un "mmmmmmmmmm" décapant à chaque bouchée !

vendredi 23 mai 2008

Cendrillon en chiffons !

Des fois, quand je nous regarde, le Prince et moi, le soir, une fois que les filles sont couchées et qu'enfin, la maison se fait plus calme, je me dis que si jamais quelqu'un devait venir sonner à la porte, je ne suis pas sûre que nous pourrions aller ouvrir, tellement notre tenue est ... comme dire ... hum hum ... "seyante".

Non, parce que je pense que le voisin pourrait bien venir demander un suppositoire pour sa fille qui chauffe, ou un taille-haie parce que le sien vient de lâcher, ou un oeuf pour sa femme, prise d'une envie subite de mousse au chocolat un vendredi soir, après une semaine horrible et stressante, que seule une délicieuse mousse au chocolat ferait oublier...

Diiiiing dooooonnnng
Merde. Qui c'est ? T'y vas ? Non, attends, t'as vu comment t'es attifé ? Laisse, j'y vais, quoique ... c'est pas vraiment mieux. Mon look "camping" ne cache plus rien, là, et ton look "campagne", pas vraiment mieux... hein ?
Attends, je vais regarder par la fenêtre si je peux voir qui c'est.
Aaaaaahhh, ça va, c'est Hector le voisin.
Ca va, ça va, c'est vite dit, je me cache, OK ?

Salut Hector ! Salut Prince ! Excuse-moi de te déranger mais je venais voir si t'aurais pas un tournevis en croix parce que je ne retrouve pas le mien et chérie me prend le chou avec la pile de l'horloge à remplacer.

Ben non, dans l'absolu, il ne dérange pas Hector. Il est même super sympa, et sa femme a bien raison d'insister, elle me confiait justement la veille que la pile était à remplacer depuis des lustres ... Mais là, habillés comme ça, qu'est-ce qu'on a l'air con. Et moi, ça me suffit à me sentir mal à l'aise.

Pourtant, c'est un bonheur pur que de retrouver mes habits de la nuit, ils sont moches, vieux, dépareillés, ne mettent rien en valeur chez moi, mais peu m'importe, je les aime bien; mais force est de constater que je casse le mythe d'un coup d'un seul : Cendrillon en guenilles est encore plus sexy !

Et chez vous, le soir, c'est plutôt "grunge" ou "clâââsse" ?

mercredi 21 mai 2008

Nos mains pleines

Elle est venue poser sa main délicatement dans la mienne, et tout naturellement, tout instinctivement, j'ai refermé mes doigts pour envelopper cette petite main, frêle, mais ferme, et je l'ai emmenée sur mon chemin.

Elle a couru vers moi en me tendant sa main, les doigts tout écartés, le sourire aux lèvres, et tout naturellement, tout instinctivement, j'ai saisi cette main, je l'ai attrapée, nos doigts se sont touchés et j'ai refermé les miens sur les siens, et je les ai emmenées sur mon chemin, l'une à ma droite, l'autre à ma gauche.

La fatigue s'est envolée, presqu'instantanément. Elles m'ont portée et j'aurais pu fermer les yeux tellement l'osmose était parfaite. J'étais la balance parfaitement équilibrée, portant un diamant sur chaque plateau, de la même valeur.

Ne rien dire, juste savourer ces secondes uniques, cette sensation quasiment animale, ce souffle de vie, de plénitude absolue, de partage d'énergie au contact de ce qui me porte, au quotidien.

mardi 20 mai 2008

Bébé ? Partiiiii

Avec le soleil de ces derniers jours, m'est apparue une évidence inébranlable : je n'ai plus de bébé.

Certes, MM2 prend encore le sein, nous fait encore des poussées dentaires douloureuses, met encore des couches, mais ce n'est plus un bébé.

Elle a perdu ses rondeurs, ses joues bonnes à croquer deviennent des joues de petite fille moins rebondies mais toujours aussi délicieuses à bisouter. Elle mange toute seule, décrétant le moment venu que le reste de son assiette pouvait sans problème se retrouver à même le sol, puisqu'un chien et un chat font office "d'aspirateur en temps réel".

Et puis, elle baragouine des mots, encore incompréhensibles pour la plupart, mais nous la comprenons presque toujours. Et si elle venait à trouver que le temps passé à me maquiller est trop long, elle m'apporte mes chaussons pour me faire comprendre qu'elle aurait bien envie de croquer dans sa tartine, et qu'il est largement temps d'accélérer le mouvement.

Et puis, ses cheveux ne cessent de pousser, et la chaleur m'a poussé à lui faire des couettes, et découvrir ainsi un autre visage, beaucoup plus fin. Elle vient m'apporter la brosse à cheveux, et fait pleins de "aïe" pour imiter sa sœur alors que je ne l'ai pas encore touchée.

Elle est belle. Elle est terriblement chiante. Mais je l'adore.

Elle a posé un pied dans la crise de l'opposition, adorant se jeter par terre au moindre "non" de notre part, refusant de nous écouter en arborant un sourire digne d'une star de cinéma, elle se rebelle dès qu'elle peut, et surtout, est passée experte dans l'art d'emmerder sa sœur lorsque celle-ci ne veut pas jouer avec elle.

Elle est câline. Elle ouvre tout grands ses petits bras et nous serre fort fort fort en posant sa tête dans notre cou, comme si elle voulait se fondre à nous, nous embrasse des dizaines de fois par jour, l'œil pétillant et vif, le sourire coquin et aimant.

Elle aime la vie. Elle prend tout ce qui passe devant elle comme un cadeau, elle explore, elle rigole, elle cajole et puis, tout s'envole !

C'est tout l'inverse de sa sœur. Et moi, ça me ravit d'avoir deux petites filles aussi différentes qu'explosives, aussi belles et intelligentes ! Et la simple constatation d'en avoir fini avec les tout-petits n'amène aucune tristesse, aucun regret, mais le simple vertige du lendemain, de les mener, loin devant elles, chacune sur son chemin, en prenant garde qu'elles ne s'éloignent pas trop et que leurs mains puissent toujours se toucher, que l'une puisse aider l'autre à se relever si elle venait à trébucher.

Je profite de quelques minutes d'accalmie au bureau pour poster ceci, parce qu'en fin de journée, juste après avoir survécu au bain, aux histoires, au coucher, aux "maman, j'ai soif", "maman, je dois faire pipi", "maman, ma sœur m'a tiré la langue", je ne pense pas pouvoir en dire autant !!

dimanche 18 mai 2008

La fête de l'école

A l'école de MM1, je ne connais que quelques mamans (mes plus proches voisines). Je fais partie des mamans qui déposent leur enfant tôt à la garderie et le récupère toujours à la garderie, tard, juste avant la fermeture de celle-ci.

Aussi, je ne mets pas de visage sur le nom des petits camarades de classe de MM1, parce que je n'ai pas l'occasion de les rencontrer. Pourtant, je suis très impliquée dans la vie scolaire de MM1, le cahier de liaison me permet de me tenir au courant, et ma fille, bavarde, me raconte assez bien ce qu'elle fait en classe. Pour les questions existentielles, je délègue au Prince, qui joue les "papas au foyer" le mercredi.

Et donc, la fête de l'école, c'est l'occasion pour tous les parents de visiter la classe, d'échanger quelques mots avec les enseignants, de rencontrer d'autres parents et leurs enfants et surtout, d'assister au spectacle de fin d'année.

Depuis mercredi, MM1 revient de l'école en nous parlant du "Disco" : elle dansait dans la baignoire, apprenant les gestes à sa petite soeur, et moi, je la trouvais douée, même si on n'était pas parvenu, le Prince et moi, à deviner la chanson sur laquelle les petits de 2,5 ans à 3 ans allaient danser.

Elle dansait de bon coeur, prenant un réel plaisir à dandiner ses fesses, à lever ses bras, et à nous dire "qu'on savait pas aussi bien danser qu'elle, que nous, on connaissait pas le Disco !"

Hier, jour J, heure H, MM1 a pleuré et n'a pas voulu danser. Elle trouvait archi moche le petit top vert à paillettes cousu par la maîtresse, et archi moche aussi, le maquillage kitch infligé par l'autre maîtresse. MM1, elle est dans son trip "princesse" et pas trop "disco"; et donc, au lieu de danser sur "Alexandrie, Alexandra", elle a hurlé "Mamaaaaaannnn" tout le long.

Leeeeeeees sirènes du poooort d'Aleeeeexandrie, Mammmmmmaaaaaannnnn, chantent encore la même Mammmmmaaaannnnn mélodie, woooo woooo .... lalalaaa

Il y avait bien un autre petit loulou qui ne voulait pas danser, mais lui, a commencé à pleurer lorsqu'il a réalisé que MM1 pleurait et que cela lui donnait une certaine légitimité. Les autres ont super bien dansé.

J'étais triste. Je voyais ma poulette en larmes au milieu de ses petits copains et je ne comprenais pas pourquoi elle se mettait tant de pression, elle qui était si zen 20 minutes auparavant ... Devant les milliers d'applaudissements de parents, de grands-parents, d'oncles et de tantes, d'amis, les enfants ont recommencé la danse, et MM1 a pu venir sur mes genoux, toute hoquetante, me confier "j'aime pas le discooooooo, j'aime pas mon t-shiiiiiiirt, et il est moooooche mon maquillage", le tout en s'effondrant de chagrin.

Après le spectacle, on a rhabillé la miss et on l'a réconfortée comme on le pouvait, en l'assurant que ce n'était pas grave gnagnagna (mais bon sang, j'étais déçue, et triste...). MM2, qui avait suivi la scène avec beaucoup d'intérêt, avait regardé la danse assise confortablement sur les genoux de son papa, mais dès qu'elle a réalisé que sa grande soeur se faisait câliner par sa maman, elle ne voulait rien d'autre que prendre sa place, tant et si bien que le Prince a dû s'éloigner, afin de ne pas gâcher le 2e tour de danse ...

Tous les parents félicitaient leurs enfants, les rhabillaient, les bisoutaient, et MM2 courrait vers moi, bien résolue à reprendre sa place, en criant "Maaaaaammmmmaaaaaan, téééééé-ter !" de manière si forte, si intense qu'un rire mêlé de stupeur et de moquerie surgit autour de nous.

Et moi qui voulais passer inaperçue, garder mon anonymat de "business woman qu'on voit jamais à l'école", c'est foutu.

"Aaaaaaah, c'est vous, Cendrillon, la maman de MM1 qui a pleuré pendant tout le spectacle et de MM2 qui hurle "téter" comme une furie à .... elle a quel âge, déjà ? Je vois souvent le papa, maintenant, on sait qui vous êtes, ça permet de refaire les couples, hin hin hin ..."

Bon, on les change d'école ou je me cache jusqu'à l'année prochaine ?

jeudi 15 mai 2008

Le sabre magique

Tchak - tchak - tchak pense-t-elle, se regardant dans le miroir, celui de la salle de bain, alors qu'elle sort de sa douche et se tamponne la serviette sur le corps, laissant la chaleur de la pièce sécher sa peau impeccablement.

Tchak ?

C'est le bruit du sabre magique de ma tête, celui qui redessine mon corps et efface ses imperfections, du mou là, du trop par-ci, du trop carré par-là.

Ça dure 3 secondes, mais ça dure depuis très longtemps. Je me revois enfant, m'amuser dans les glaces déformantes et à découper mentalement tout ce qui dépassait de ma silhouette originale. Depuis l'adolescence et la découverte de la séduction, le ciseau de l'enfance a pris la forme du sabre de cristal, magique et lumineux qui fait le même son vif, tranchant, et aiguisé que le sabre des héros de mangas que mon petit frère avalait avec ses céréales au petit déjeuner. Sans doute parce que mon père avait un sabre très ancien qui ornait le salon, et que nous avions entendu combien il était tranchant et donc hors de question d'y aposer ne serait-ce qu'une ébauche de petit doigt !

La trentaine bien avancée, je ne parviens pas à me défaire de ce tic de remodelage, même si, entendons-nous bien, le but n'est pas de changer d'apparence, mais juste d'enlever les quelques couches gardées de l'hiver, euh, que dis-je, de plusieurs hivers !!!

Suis-je la seule à avoir ce tic ?

mardi 13 mai 2008

Fais-lui une place ...

D'un naturel ultra réaliste, à tendance "avec un soupçon de pessimisme", j'ai néanmoins toujours eu la profonde certitude, que lorsque tout va mal, un jour, la roue tourne.

Ne jamais subir, et ne jamais renoncer, si ce n'est par choix, par conviction, pour tourner une page trop douloureuse. Affronter les mots, cisailler les maux, débroussailler les lianes pour avancer, sachant que je pourrai me relever, même à la millième chute.

Mais parfois, la roue ne tourne pas. Elle s'est encrassée au point de se bloquer. On a beau l'huiler un peu, la nettoyer parfois, elle restera en l'état, avançant péniblement, et s'arrêtant souvent, trop usée, trop peu entretenue, aussi.

Bien sûr, si la roue était moins lourde, moins "chargée", elle avancerait mieux, elle bloquerait moins, mais il est des bagages dont on ne se sépare pas, qu'on porte en nous malgré nous, qui font notre histoire, heureuse ou malheureuse.

Cette femme n'avance plus. Sa roue ne tournera plus. Je n'ose faire le bilan de son histoire tellement sa vie est misérable, triste, et cruelle. Je l'écoute me raconter, par bribes, son enfance, son histoire de mère, avortée au bout de 2 ans, le jouet qu'elle est devenu entre les mains d'un homme manipulateur et destructeur, puis d'un second, d'un troisième, comme si, inlassablement, l'histoire devait se répéter et la roue se bloquer, au même endroit, comme si elle n'avait pu éviter, contourner, repérer l'obstacle, qui se présentait, énorme, devant elle.

Comment fait-elle pour sourire encore, elle qui a reçu tellement de coups, qui porte tellement de blessures, comment fait-elle pour y croire, pour nous aimer autant, elle qui n'a jamais rien reçu. Comment faire, nous, pour recevoir tout cet amour contenu depuis des années et des années, sans nous sentir piégés, sans nous sentir envahis, nous, qui avons appris à vivre sans elle ?

Elle qui ouvre sa fenêtre à la mouche envahissante, là où je prends de quoi l'éliminer sur le champ, elle qui a placé confiance et amour dans la nature et les animaux, là où je crois en l'homme, en son esprit, en son discernement, comment faire pour que nos deux êtres s'accordent, se retrouvent autour de mes enfants, de ses petits-enfants ? Comment lui donner pleinement sa place de grand-mère, elle qui fut privée de son rôle de mère, et qui porte cette blessure au quotidien, blessure qui ne cicatrisera jamais tout à fait ...

dimanche 11 mai 2008

Bonne fête, Maman !

La tradition veut qu'à l'approche de la fête des mères, les portes des classes se ferment aux mamans afin de laisser les petits confectionner de leurs mains innocentes et potelées le cadeau qui fera fondre le coeur de celle qu'ils appellent "Maman". "Chuuuuut, c'est un secret, une surprise pour Maman" a bien expliqué la maîtresse, "il ne faut rien lui dire".

Mais MM1, il y a quelques jours, au cours d'un trajet en voiture, a abordé, innocemment, le sujet. "C'est bientôt la fête des mamans !", histoire que je saute sur l'occasion !

"Oui, ma chérie, c'est dimanche prochain ! Tu en as parlé à l'école ?"
"Oui, même qu'on a fait un sablier !"
"Un sablier ?"
"Ouiiiii, même que j'ai trempé mes mains dans la peinture et que je les ai collées sur le sablier..."

J'avais un peu de mal à imaginer ledit sablier, rempli de mains colorées... "Tu es sûre que c'est un sssssablier ?"
"Méééé non, un ttttttablier !!!!"
"Mmmmmmmm !" Le Prince a eu vite fait de me traiter de mauvaise mère qui tire les vers du nez de sa fille de "troizans" et quelques...

Soit. L'idée du tablier me plaisait. Cuisiner avec sur le devant les mains de ma chérie de toutes les couleurs était une image agréable, douce et attendrissante.

Vendredi soir, en rentrant à la maison, un embouteillage imprévu m'a fait arriver trop tard à la garderie pour récupérer MM1, c'est avec son papa qu'elle est rentrée, portant son présent tout contre elle. A peine avait-elle entendu ma voiture, qu'elle criait "Maman, maman, j'ai un cadeau, j'ai un cadeau et m'offrait ...

une plante dans un pot recouvert de terre glaise façonnée comme une tasse (avec une anse donc) et sur la tasse il y a un bonhomme, deux yeux, le sourire, le nez faisant office d'anse !!

Je ne sais si MM1 a vu mon trouble, tant j'étais certaine de porter un tablier coloré pour lui confectionner son repas, mais je sais par contre qu'elle était fière de réciter le compliment d'usage qui accompagnait le cadeau :

"Une petite fleur pour maman
Des villes, des champs,
Je ne sais pas
Mais elle lui plaira
Car elle porte bonheur
Chut ! C'est un secret
Chut ! Elle dit je t'aime
Bonne fête Maman !"

Et moi, j'ai été non seulement impressionnée, mais fière, fière, fière de voir qu'elle mettait tant de coeur à me réciter ces quelques mots !

N'empêche, je n'ai toujours pas compris ce que venait faire l'histoire du sablier-tablier avec des mains collées dessus. Je doute fort qu'à trois ans, une petite fille puisse avoir autant d'imagination pour me mener en bateau ou me faire avaler des couleuvres, parce que sinon, on n'est pas rendus ...

jeudi 8 mai 2008

Soleil, lunettes et patience

Enfin le retour du beau temps ! Enfin le soleil, le jardin, les grandes ballades, les visites à la plaine de jeux, l'envie d'acheter une petite piscine pour se rafraichir, et permettre aux miss d'y plonger leur arrosoir en plastique et ainsi m'aider à humidifier les dernières plantations.

Avec le retour du soleil, obligation pour les filles de se tartiner de crème solaire, de mettre un chapeau et des lunettes de soleil.

L'année dernière, MM2 avait des lunettes de bébé, mais n'était jamais exposée en plein soleil, les lunettes lui servant plus d'anneau de dentition que de protection (si j'avais su, d'ailleurs…).

Les lunettes de MM1 devenant un brin "justes", il était temps de les remplacer. Mardi soir, direction l'opticien.

"On va où, maman ?" me demande MM1.
"Acheter des lunettes de soleil, doudoune"
"Des lunettes de soleil ? Pour quoi faire ?"
"Tu as vu que le beau temps était enfin revenu ? Et bien, le soleil brûle la peau si on ne la protège pas et brûle aussi les yeux si on ne met pas de lunettes de soleil"

J'ai un peu stressé en voyant que nous n'étions pas les seuls à nous décider un mardi soir à venir rendre visite à l'opticien, mais c'était sans compter sur la sympathie des gens qui nous ont gentiment laissé passer devant eux.

J'ai donc assis les miss sur le comptoir, et en bonne mère organisée (toujours un brin indigne, mais c'est une autre histoire), j'ai directement demandé les modèles que j'avais choisis pour mes pépettes, mes critères étant doubles, d'une part la qualité des verres, et d'autre part, la solidité, mieux, la flexibilité des branches. Car bien entendu, les lunettes ont pour mission de durer au moins un été, un vrai, pas un été de 3 semaines comme les mauvaises langues diront des étés belges.

A peine MM2 a-t-elle vu les lunettes qu'elle s'est mise à réaliser un exercice périlleux, à savoir secouer vivement la tête de droite à gauche dans un signe de protestation évidente et secouer les jambes de bas en haut avec la même véhémence. Hors de question de lui approcher la monture du visage. Les gros sanglots ont alors suivi, pire que si elle était tombée du comptoir et s'était ouvert le crâne.

J'ai donc reposé les lunettes de la petite et me suis tournée vers la grande. A peine ai-je approché la monture du visage de MM1 que pareil, elle s'est mise à hurler qu'elle ne voulait pas de lunettes, caca, beurk. Le vendeur a alors tenté une petite blagounette toute gentille qui a eu don d'exaspérer un peu plus, et la fille, et la mère.

"M'enfin, MM1, arrête ton cinéma s'il te plaît, nous venons acheter des lunettes de soleil, tu en as déjà mis des lunettes de soleil, qu'est-ce qui t'arrive ?"
"Je veux des roses"

C'était dit. L'une en avait peur, l'autre en voulait bien, mais des roses.

"OK, chérie, mais avant de choisir la couleur, on va choisir le modèle, OK, voir si elles tiennent bien sur ton nez et tout et tout."

"Naaaaaannnnnnn, elles sont moches, elles sont très moches, tout caca beurk, je les déteste, et le môssieur, il est pas gentil…"
"Ecoute, MM1, tu cesses immédiatement tes caprices, les lunettes roses, j'ai dit OK, mais tu restes polie et demandes pardon au Monsieur. Tu en profites pour arrêter de pleurer et laisser faire maman qui essaye 3 montures sur ton visage, OK ?"

Parce qu'évidemment, les lunettes roses n'étaient pas de stock, il a fallu les commander, et impossible pour MM1 de comprendre cela.

Nous étions pas loin de 10 personnes dans le magasin.
Un vrai cirque.
Ca chuchotait dans tous les coins :
"Bouhhh, elle cède, moi, avec des gosses pareils, pas de lunettes !"
"Elle ne mérite pas ça, la pauvre, hein !"
"Mon dieu, je ne pourrais plus !"

Pendant ce temps, MM2 mâchouillait la paire qu'elle avait refusé d'essayer, et s'amusait à lancer les autres paires derrière le comptoir.

Ma patience avait atteint ses limites. J'ai branché le mode "on se grouille, on se casse d'ici vite fait", et en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, MM2 avait ses lunettes sur son nez, et le modèle pour MM1 était choisi, le coloris commandé, le tout payé.

Je n'ai même pas compris que le vendeur me disait au revoir, tellement mes filles pleuraient, vexées de s'être vu imposé l'essayage d'une paire de lunettes.

Le pire, c'est que j'ignore encore comment le Prince s'y est pris pour que depuis hier, MM2 se promène toute la journée, ses lunettes le nez, sans broncher, sans même y toucher, toute fière de sa dégaine.

Mais, sincèrement, si j'avais su, j'aurais attendu, et je serais passée en dernier lieu, afin de préserver mon anonymat !

mardi 6 mai 2008

Musée ou magasin de jouets ?

A peine MM1 faisait-elle "Gazou gazou, areuh areuh" que le Prince et Mémère salivaient sur des tas de magazines de jouets, choisissant les plus colorés, les plus stimulants, les mieux faits, les plus "bio", les plus chers aussi, convaincus du haut potentiel desdits jouets sur le développement psychomoteur et affectif de notre progéniture adorée.

Ainsi, à peine eût-elle ouvert sa main que nous lui collions un hochet qui entamait un refrain enjôleur. Le problème, c'est que très vite, le refrain enjôleur se transforma en rengaine insupportable.

Ensuite vient la kyrielle de jeux pour la position assise, stimulant la préhension des objets, puis les divers pousseurs pour stimuler la position debout, puis la marche.

Bientôt les poupées, les poussettes, les dinettes, les puzzles et le coloriage.

Youpie ! L'aire de jeux est saturée, on pense entendre le téléphone sonner à chaque fois que la boule rose atteint le bout du tunnel, les livres magiques chantant une chanson différente à chaque page nous donnent la nausée tellement le bébé se bidonne en recommençant 156 fois le même geste, celui qui nous fait entendre "une souris verte, qui cou" en boucle, sans jamais pouvoir entendre la suite, y'a toujours bien une pièce coincée quelque part qui coince aussi le son qui se met vite à grésiller, l'adorable xylophone en bois bio et du commerce équitable siouplait se retrouve planqué sous un meuble alors que les baguettes l'accompagnant figurent au top ten des jouets préférés d'une chipie qui a enfin compris comment se relever sur ses pattes et qui découvre par la même occasion le vertige de la sensation de taper une télévision, une table, ou tout autre objet que le malheureux xylophone oublié.

Et si par malheur, vous essayez de subtiliser discrètement l'objet du délit, c'est la grosse crise. Par besoin d'avoir lu 45 bouquins sur "comment déchiffrer le langage de votre bébé" pour comprendre ce que réclame le rejeton en peine.

Bref, la chambre, le salon, la salle de jeux, la barraque entière est saturée. Un magasin de jouets. Y'en a partout. On est obligé de rajouter des meubles pour ranger la marchandise, et de rassembler pièce après pièce les jeux sans quoi bébé n'y touche plus.

Vient alors le temps du "je cache un jeu, je le ressortirai plus tard, cela réveillera son intérêt" ... Expérience délirante. Il faut un stock, un nouveau grenier, creuser des caves, bref, de la place.

Il est bien loin le temps où le Prince et Mémère se régalaient devant les magazines de jouets. Aujourd'hui, ils sont fatigués de recharger des piles tous les 2 jours, de refaire les puzzles afin de s'assurer que toutes les pièces y sont, ils n'en peuvent plus d'entendre les mièvres musiques pour endormir des poupons, les faire manger ou les changer, ils regardent chaque paquet cadeau avec circonspection, se demandant quel engin va encore venir envahir leur maison ...

Et 3 ans plus tard, lorsqu'ils regardent leurs filles s'éclater avec 2 bouteilles d'eau vides et des pinces à linge, ils sont presque sûrs d'une chose : l'heure de la brocante approche !!!

Et chez vous, c'est plutôt style musée ou magasin de jouets ?

dimanche 4 mai 2008

Dites-le avec des fleurs

Au bout de 6 ans de vie en pleine campagne, Mémère commence à perdre son accent de citadine et a fini par comprendre que les fleurs, faut les planter, les arroser et les mettre au soleil quand l'étiquette indique "plein soleil".

Bon, même si le progrès est visible, la partie est loin d'être gagnée. Mémère n'arrive toujours pas à toucher de la terre sans avoir la nausée, à approcher une vache sans hoqueter de dégoût, à s'habituer aux mouches, aux moustiques, aux libellules, aux frelons, abeilles, guêpes et autres joyeusetés volantes.

Par contre, elle a peu à peu développé son ouïe, elle qui n'entendait pas les oiseaux chanter, s'arrête et savoure dès le réveil cette douce mélodie. Elle qui regardait les plantes et les fleurs "de loin", trouvant le pot en terre cuite nettement plus intéressant que son contenu, s'attarde aujourd'hui à renifler, sentir et toucher les plantes.

Près de chez nous, un immense champ de tulipes, de toutes les couleurs. Un tapis chaleureux le long d'une nationale. En rentrant des courses, j'ai enfin pris le temps de m'y arrêter, afin d'aller admirer ce champ de plus près. Des fleurs à couper, des couteaux à prêter, et une tirelire pour payer. Incroyable. Un self-service dans un champ. Les filles sont devenues dingues, elles choisissaient pleins de tulipes et je venais les couper, je leur donnais et elle courraient, joyeuses, au vent, criant "c'est moi qui ai les plus belles tulipes" pour l'une, "aaaaahhhhhh mamaaaaaaa, hiiiiiiii" pour l'autre.

Notre bouquet ne ressemblait à rien, je suis nulle en coupage de fleurs, mais peu importe. Mon bouquet est beau, je le regarde et je vois le sourire immense de mes filles, qui adorent cueillir les minuscules marguerites des pelouses communales et qui se sont vues transporter dans un univers magique et féérique, tant le tableau était somptueux.

Longue vie à ces champs de fleurs !

vendredi 2 mai 2008

Le farniente

Aujourd'hui, j'avais décidé de ne rien faire sinon me reposer, flâner, ranger un tout petit peu, cuisiner un minimum, faire la sieste, lire les pages 13 et 14 du bouquin d'Anna Gavalda que j'ai commencé il y a plusieurs soirs déjà, jouer et colorier avec les filles, profiter du jardin si le soleil se montrait généreux, pianoter sur l'ordinateur, trier les dernières photos, et ...

doucement, commencer à sortir les vêtements d'été pour les miss.

MM2 s'en foutait royalement des robes, des jupes, des shorts et des maillots de bain. Seuls les chapeaux comptaient, elle les a tous essayés. Par contre, pour MM1, fashion victim confirmée, chaque robe a dû être essayée, afin de vérifier son potentiel dansant, puis délicatement posée sur un cintre.

En soi, c'eût pu être simple. Long, mais simple. L'une essayait ses robes, l'autre ses chapeaux de soleil, casquettes et autres bonnets d'hiver mal rangés. Mémère essayait tant bien que mal de faire des tas, le tas devant à droite des vêtements "été" pour MM1, à gauche pour MM2, derrière à droite des vêtements "hiver" de l'une, à gauche, de l'autre.

Dans les faits, ce fut nettement moins drôle, la petite ayant décidé de mélanger les tas et de planquer ses chapeaux sous le lit ...

et là, ce fut la catastrophe. En me mettant ventre à terre, en tendant la main sous le lit, bien loin devant, j'ai vu ce que je n'aurais pas dû voir. Bien sûr, leur présence ne m'a pas plus étonnée que ça, mais les ayant surpris, je n'aurais jamais pu les laisser là, tels des hôtes indésirables : des nounous, des loulous, des pluches, des moutons, bref, appelez-les comme vous voulez, la poussière avait eu le temps de s'agglutiner autour d'un malheureux cheveu tombé et par une formule chimique dont j'ignore la substance, avaient réussi à tapisser le sol d'un manteau grisâtre.

Ma journée repos était foutue : j'ai dû leur faire la peau. Les aspirer sans coeur, puis noyer les éventuels rescapés avec une solution légérement mousseuse qui laisse un parfum agréable. Tout ça en bougeant le lit, toujours pleins de fringues d'été à droite, d'hiver à gauche.

Alors maintenant que tout est propre, rangé, trié, pendu, le soleil a intérêt à se pointer et rester un peu, parce que là, je vous ai épargné la crise du "je veux mettre mes collants avec ma robe rouge" du week-end dernier alors que justement, le thermomètre a daigné afficher une vingtaine de dégrés...