dimanche 28 décembre 2008

Le jour, la nuit, 2 princesses...

Il y a les princesses du jour, et les princesses de la nuit.

Celles du jour parlent "rose, brillant et paillettes", elles aiment revêtir une robe de mariée et faire s'embrasser 2 barbies en imaginant que l'une d'elles est un garçon, elle prennent une voix suave quand la figurine rose parle et prennent une grosse voix bien méchante quand il faut jouer la sorcière, comprenez la méchante belle-mère, la cruelle sorcière qui veut la perte de la gentille princesse.

Après, bien sûr, on se demandera pourquoi les femmes ont une large propension à voir en leur belle-mère celle qui leur en veut, celle qui les juge et les critique tout le temps.

Les princesses du jour aiment les histoires de princesses, avec un début doux et langoureux, un milieu tumultueux et cruel et une fin avec des baisers et des enfants comme promesse de lendemain. Elles s'endorment en se posant des questions existentielles, à savoir "comment elle est morte la vraie maman de la princesse ?"

Les princesses du jour aiment les collants et les robes, elles aiment les cheveux longs et bien coiffés, avec un chouchou rose brillant, ou un serre-tête à paillettes, et sont très attentives à assortir la couleur de la chaussure à la pince dans leurs cheveux.

MM1 incarne à merveille la princesse du jour.

Et puis, il y a les princesses de la nuit. Elles se transforment dès que le soleil est couché, elles troquent leurs habits de ville contre le strass et les paillettes qui brilleront dans la nuit. Elles luttent contre le sommeil et partent une bonne partie de la nuit à la recherche du Prince charmant, en s'exhibant dans des boîtes de nuit, à peine vêtues, et en dandinant leurs corps d'une façon si libertine qu'il est impossible pour leurs parents d'assister à ce spectacle si désolant.

Le jour, ce ne sont pas forcément des princesses, certaines sont même de vrais garçons manqués. Elles ne croient plus aux contes de fées, si tant est qu'elles y ont cru un jour... Elles sont plutôt rebelles, jamais contentes de ce qu'elles ont, préférant toujours ce qu'elles n'ont pas.

Je serais gonflée de dire que MM2 incarne la princesse de la nuit. N'empêche, tous les soirs, une fois couchée, elle se relève sans faire craquer le vieux plancher de sa chambre et file se déguiser. Tous les soirs, en montant me coucher, je souris en découvrant ses nouvelles frasques, et en faisant un peu de place dans son lit qu'elle a rempli de livres, de jeux, et de robes de princesse. Mais je ne la déshabille pas, je la laisse endimanchée, toute en paillettes et de rose vêtue, de peur de provoquer une crise sans nom au milieu de la nuit, et puis, parce que ça me fait un grand sourire au fond du coeur.

vendredi 26 décembre 2008

Un cadal, des cadeaux

Cette année, nous n'avons rien offert à nos filles pour Noël.

Ayé, la messe est dite, nous sommes de vrais bons parents indignes, ni plus, ni moins.

Oui, mais. Attendez, ne partez pas, enfin, pas tout de suite.

D'abord, à notre décharge, le grand Saint Nicolas avait déjà pourri gâté nos enfants, mais au grand désespoir de MM1, ne lui avait même pas apporté de Barbie, quel salopard çui-là, alors.

La semaine suivante, c'est l'anniversaire de MM1 qui nous donna une bonne raison de la pourrir d'une couche supplémentaire, en réparant l'oubli du grand Saint, le nul qui omit la Barbie Princesse Liana, ce truc horrible qui a un bouton sur la main, que quand tu pousses dessus, t'as une horrible musique de daube qui chante une chanson sur un ton tellement pourave que personne ne comprend. Sauf que MM1 exige que je lui apprenne les paroles.

Donc, au passage, si quelqu'un sait où je pourrais trouver les paroles de la chanson que chante cette nulasse de Barbie qui sait même pas articuler, je suis preneuse !

Bref, l'anniversaire en a rajouté une très grosse couche, même que MM2 en a profité aussi. Ben oui, pensez-vous, avec son regard noir, on n'oserait pas la laisser sans paquet à ouvrir.

Nous voici donc arrivés à Noël, le portefeuille vide, le compte aussi, et avec deux zenfants si pourris qu'ils ne daignent même plus nous adresser la parole autrement qu'en tapant du pied au sol. Alors, on s'est dit que le Père Noël allait se montrer petit joueur cette année, et on a laissé les grands-mères oeuvrer, ainsi qu'un tonton, mais c'était tout.

Bien sûr, elles n'y ont vu que du feu, bien sûr, elles ne connaissent ni la valeur de l'argent, ni toutes les réflexions quant au choix du livre, ou de la couleur du pull, elles se délectent du papier qu'elles déchirent avec frénésie, et de la surprise ! Au final, c'est ce qui compte, non ?

N'empêche... MM1 voulait un bébé, un poupon noir, un garçon qui plus est, pour donner un petit frère à son bébé fille, et elle ne l'a pas eu, ce qui en soit n'est rien, puisqu'elle croule sous un tas de nouveaux jouets, mais si j'ai un petit pincement au coeur ce soir, c'est que je ne leur ai rien offert, je n'ai pas choisi avec soin le cadeau pour chacune d'elle, je n'ai pas eu à cacher les paquets, à les emballer, à rêver de leur yeux en les découvrant, et à savourer cette douce attente aux couleurs de fête.

L'année prochaine, on fera mieux.

mardi 23 décembre 2008

Mardi pâtisserie !

Lorsque Mah-Yu partage avec la blogosphère ses mercredis pâtisserie, je reste sans voix devant son courage, devant sa patience de faire participer ses 2 filles dont l'aînée est plus jeune que MM1 de 7 mois, et dont la cadette a sensiblement le même âge que MM2, aux activités culinaires.

MM1 et MM2 sont très souvent assises sur le plan de travail, avec des consignes hyper strictes lorsqu'une casserole chauffe à côté, et elles participent un peu à la préparation des repas : mélanger un truc, goûter un autre, ouvrir un paquet. Sauf quand on fait de la pâtisserie, ce qui arrive quand même souvent.

Quoi ? Mémère fait de la pâtisserie, mais Mémère n'est-elle pas diabétique ? Franchement, c'est bien, pâtisser, cuisiner, mais c'est pas recommandé, elle pourrait quand même trouver d'autres trucs adaptés aux enfants, là, non ?
Ben non.
MM1 me casse les pieds pour que je lui apprenne à lire, à écrire, à chanter des chansons en anglais-de-la-rue, à conduire la voiture, et pour que je lui explique comment on fait les bébés. Comme je ne suis absolument pas prête à me lancer dans toutes ces explications, j'essaie, en bonne mère indigne, de noyer sa soif d'apprendre dans ... la bouffe. Mouarf mouarf mouarf...

Hier, j'ai eu une idée divine. J'ai pensé à Mah-Yu et je me suis imaginée, moi aussi, relever le défi de pâtisser avec mes 2 poulettes (parce que je vous ai pas dit qu'elle, Mah-Yu, a un bébé en plus) et de profiter du Spirit de Noël pour nous lancer dans la confection de biscuits de saison, voire même de cookies.

Quelques visites de blog (dont un magique, ici) et les recettes étaient trouvées. Pas folle la guêpe, mon oeil s'est directement arrêté sur des recettes simples, tellement simples qu'elles étaient idéales pour être réalisées par ou avec (c'est plus crédible) des enfants.

D'abord, quand bien même on est la meilleure maman patissière du monde et qu'en plus, on est la plusssss meilleure maman organisée de la galaxie, le temps de préparation est invariablement doublé, voire triplé. La pâte, vulgaire ramassis de beurre, de farine, d'oeufs, devient un simili de champ de bataille, entre l'oeuf qui se balade d'une main de l'une à l'autre main de l'autre (c'est le mien, non, même pas vrai !!!), la farine qui se retrouve partout sauf dans le bol et le beurre, tartiné sur les vêtements, la table, le sol... C'est que 6 mains, c'est pas tout le temps pratique !!!

Ensuite, quand la pâte ressemble enfin à de la pâte, et que vient l'heure de la travailler au rouleau, c'est à ce moment précis qu'on se rend compte qu'elle colle au rouleau, au lieu de s'aplatir comme on le souhaite ! Je passe l'épisode "emporte-pièce", où les filles s'amusaient à les flanquer dans la pâte sans s'arrêter, tellement c'était chouette. Une pâte si durement étalée qui se retrouve trouée en moins de deux !!

C'était la fête. Les 8 minutes de cuisson n'auront pas suffi à me permettre de déblayer le gros, tellement y'en avait partout. Puis vint l'heure du glaçage et de la déco, mais là, vraiment, on a attendu que MM2 dorme, c'était mieux pour notre santé à tous.

Le résultat ? Bof. Nan, pas de photo. Ils sont pas très beaux mais ils sont bons, c'est toujours ça !

N'empêche, je vais de ce pas réviser les probabilités et les racines carrées, ça l'occupera à Pâques !

dimanche 21 décembre 2008

La so-atail

MM2, comme beaucoup d'enfants du reste, a souvent été taxée "d'estomac sur pattes". Elle dévorait 400 grammes de purée, peu importe que celle-ci contienne du chou, du poireau, du céleri ou des épinards. Très tôt, elle a croqué des gros haricots rouges au petit déjeuner, et raffole depuis toujours des pois chiches.

Depuis qu'elle a été guérie de son reflux, cette enfant n'a fait que découvrir avec un plaisir immense, la nourriture. En mangeant, elle faisait de drôles de bruits, de contentement sans doute, qui nous faisaient bien rire.

Depuis quelques mois maintenant, MM2 est entrée avec fracas dans l'âge de l'opposition. Associée à l'apprentissage du langage, il faut avouer que nous traversons une étape difficile, ponctuée de roulades au sol, de crisettes en tous genres, et saupoudrée de "ma tou seul" et de "nan" à tout va !

Si j'en crois les éminents spécialistes de la petite enfance, l'opposition se termine vers 2 ans et demi. Et donc, d'ici 2 mois, nous devrions retrouver notre petite fille, charmante et adorable. Mouarf, je m'étrangle rien qu'en l'écrivant !

Dans cette dernière ligne droite, MM2 a choisi de s'opposer à son assiette. A peine découvre-t-elle ce qu'il y a dedans qu'elle s'exclame bien fort "veux pas, aime pas, caca !"

Bien sûr, la tentation est grande de l'attacher sur sa chaise et lui faire ingurgiter sa ration. Mais ce serait débile, profondément débile. Ce genre d'image n'est là que comme soupape, n'est-ce pas ? Que les pâtes adorées le lundi deviennent immangeables le mardi, que la pizza se transforme aussi rapidement en goulash hongroise, et que les petits pois si verts, si mignons prennent l'apparence de mini Hulk, aussi appétissants qu'une vieille tarte aux pommes défraîchie... nan, vraiment, il ne faut surtout pas chercher de la cohérence, de la raison, de la justice : un enfant qui s'oppose à table est un calvaire. Surtout quand vous apprenez que chez ses grands-parents, il mange sans broncher, même des trucs qu'il n'a jamais goûtés de sa courte vie.

Soit. Mémère prend la chose avec patience. On tente le jeu, l'humour, et oui, parfois, histoire de rajouter une cuillère ou deux, j'ose avouer que je lui cours après, la fourchette en main, même si oui, je sais, c'est pas bien.

L'idée, c'est de gagner, c'est de se confronter, de s'opposer, lui dire que c'est moi le chef et pas ce petit bout de même pas un mètre. Sauf qu'avec MM2, pour gagner, la confrontation n'est pas le meilleur moyen, loin de là. La boulette zouzou, c'est le sale caractère par définition. C'est l'archétype de l'enfant entier, avec tout le bien et tout le mal que cela suppose.

C'est un bébé de 4 mois qui a préféré crever la dalle de 6h30 à 16h plutôt que d'accepter de boire mon lait dans un bib, ou à la tasse, ou à la cuillère, ou à la seringue... C'est une gamine de 2 ans qui a résisté aux mains du kiné qui tentait de la faire tousser, 3 séances durant, le regardant fixement dans les yeux, l'air de dire "tousser, moi ? Jamais devant toi !", parce qu'en sortant, elle se mettait à tousser comme une enragée... 2 anecdotes qui encadrent des dizaines d'autres du même acabit, à tous âges.

Je ne me souviens plus à quelle occasion ma fille a eu le loisir de goûter "la sauce cocktail", je me doute qu'il doive s'agir d'un apéro carottes-chou-fleur-sauce cocktail dans laquelle elle devait tremper la carotte qu'elle suçotait allégrement pour ensuite la retremper. D'imaginer la tête des gens qui ont certainement dû remarquer son petit manège, de là à imaginer la contagion du rhume, du virus de la quinzaine et hop, plus personne n'a osé touché à ladite sauce rose-orangée, lui laissant le chemin libre pour la future addiction.

Parce que oui, aujourd'hui, si elle repousse son assiette à tous les repas, elle ne rechigne pas à mettre la table et n'oublie pas de se planter devant le frigo, la main sur la poignée, me demandant, avec une tête de petite fille adorable : "mets a so-atail tabe maman ?"

Je vous laisse imaginer ma réponse...

mercredi 17 décembre 2008

L'apprenti-magicien

L'émotion de l'anniversaire passée, je ne pouvais faire l'impasse sur le premier anniversaire "avec les copains de classe" organisé ce week-end.

Naïvement, j'ai pensé que 8 enfants dont 2 à moi entre 14 et 17 heures, c'était du domaine du "largement possible", et de l' "entièrement gérable". Je me suis dit, tout simplement, "ils vont jouer, on prendra le goûter, et ils rejoueront".

J'avais gardé de très bons souvenirs des goûters d'anniversaire de mes copains de classe. C'était toujours trop court, je ne voulais jamais partir et surtout, je détestais quand ma mère ou mon père se pointait la première ou le premier pour me récupérer.

Et puis, en plein milieu de semaine dernière, entre 2 évaluations de stagiaires, un terrible doute m'a envahi. Et si ... Et s'ils démontaient mon salon ? Et s'ils s'ennuyaient, ces gamins, en me disant "qu'est-ce qu'on peut faire, maaaadaaaame ?"

Alors qu'il faisait déjà presque nuit, que ma tête saturait de corrections diverses, et de remises en question partielles, je téléphonai à une copine, elle, qui m'avait raconté, il y a quelques mois, comment un apprenti-magicien avait captivé les yeux des petits copains de son fiston.

En cette période de fêtes, et d'examens pour les élèves, j'étais convaincue de faire fausse route, et de téléphoner à une maman affolée qu'on puisse quémander les services de son fils un dimanche après-midi, veille d'examen.

Peu scrupuleuse, j'appelai, à tout hasard comme on dit. Et la maman a demandé un temps de réflexion. Lorssqu'elle m'a rappelée pour me dire OUI, j'étais ravie et rassurée quant au timing de l'après-midi.

C'est donc une Mémère vachement décontractée qui a accueilli les marmots, et les parents, forte de son idée de génie. L'apprenti-Magicien est arrivé, avec un blazer noir, comme Zorro arrive, toujours au bon moment.

Parce que oui, il faut l'avouer, les filles avaient déjà commencé à se crêper le chignon, pour savoir qui allait faire "la maman", qui "le bébé", qui "la mamie", sachant que toutes voulaient être la maman bien sûr (chose que je ne comprends pas d'ailleurs, je rêverais de jouer à la mamie, moi !). Les garçons étaient plus calmes, mais on en était qu'au début.

Extraordinaire que cette idée de spectacle de magie ! Les grands ont adoré, et même si MM2 a décroché au bout d'une vingtaine de minutes, elle a quand même écouté religieusement le magicien. La magie, pour elle, a pris fin définitivement, lorsque l'apprenti a sorti un colombe de nulle part. L'oiseau s'est envolé et MM2 s'est mise à le houspiller vivement, le traitant de "vilaine wazo" et visiblement dérangée par les quelques plumes qui s'étaient délicatement posées au sol.

N'empêche, je ne remercierai jamais assez mon amie de m'avoir filé les coordonnées du magicien, ni mon subconscient de m'avoir envoyé des signaux alarmants à temps. Parce qu'après le goûter, il restait tout juste 30 minutes de jeu, et bon sang, ce fut chaud-chaud, entre les garçons qui jouaient "à la guerre" en mimant prises de catch, et les filles qui se disputaient le tour de jeu pour faire avancer la Barbie géante patineuse artistique téléguidée, cadeau amoureusement offert par le petit des voisins.

Je passe les séances maquillage "en princesse", valisette reçue en cadeau aussi, et mes mains tremblantes face à la demande très sérieuse de ressembler à une vraie princesse, avec le vernis sur les doigts toussa toussa...

Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut que je m'y prenne à temps l'année prochaine, et qu'en plus, je déborde d'imagination, parce que le magicien sera has-been d'ici-là !

lundi 15 décembre 2008

Am Stram Gram...

« Madame Cendrillon, ici le docteur Miracles. Voilà, votre prise de sang est positive, vous êtes enceinte. Félicitations ! On se voit dans une dizaine de jours à mon cabinet. »

C’était un samedi d’avril. C’était formidable, mais pourtant, je n’osais pas me réjouir trop vite. Je savais qu’on venait de gagner une bataille, et non des moindres, mais qu’on pouvait se faire ratatiner à la moindre occasion. J’avais appris, souvent à mes dépens, que la nature ne se montrait pas toujours clémente et pouvait même s’acharner, des fois.

La trêve fut de courte durée. Le lendemain, j’avais de violents maux de ventre, et le lundi, la douleur était telle que je m’évanouissais dans le cabinet du gynécologue, qui avait bien entendu accepté de me recevoir en urgence, afin de contrôler l’état de mes ovaires après cette 5e FIV.

Même après l’arrêt des hormones stimulant les ovaires, les miens avaient continué la stimulation, sous l’effet dopant des hormones de grossesse. C’était donc bon signe. Mouais, mais ça douillait aussi. Au repos complet, je regardais l’horloge et essayais tant bien que mal d’oublier la douleur pour me concentrer sur l’unique bonne nouvelle : j’étais enfin enceinte. Même si ça ne commençait pas comme dans un conte de fée…

Au lieu de se calmer, la douleur s’installa de plus belle, m’empêchant de bouger, de manger, de dormir. Au bout de 72 heures, le Prince m’embarqua dans notre carrosse et m’emmena aux urgences, où il s’est vite avéré qu’un de mes ovaires se tordait méchamment.

Sauver l’ovaire, et la grossesse.
Sauver l’ovaire ou la grossesse.
Risquer.

Je suis descendue au bloc un samedi matin, enceinte, certes, mais prête à tout pour que cette douleur s’arrête. Prête aussi y laisser ces quelques cellules qui avaient élu domicile dans mon ventre. Mais cette fois-ci, la nature était avec nous et on a pu sauver et l’ovaire, et la grossesse.

Les 9 mois qui suivirent furent loin d’être roses (quoique…), mais semaine après semaine, l’idée de devenir maman avait enfin éclos, malgré l’étiquette de grossesse pathologique qu’on me collait au ventre, j’arrivais à compulser, dès le 7e mois, en vidant les magasins de leurs articles pour bébé, dans une frénésie contenue depuis bien trop longtemps.

Le 15 décembre 2004, à 15h14, ma fille voyait le jour par césarienne, alors qu’il faisait un froid de canard dehors. A l’époque, je considérai cette naissance comme l’aboutissement d’une très longue bataille, et la victoire n’en était que plus belle. J’acceptai avec résignation cette césarienne, consciente qu’un col nécrosé ne pourrait évoluer favorablement. Seule l’issue m’importait : ce bébé qui portait déjà toute une histoire.

Je n’imaginais pas, à cet instant précis, qu’une nouvelle lutte s’engageait pour l’allaiter, ni que j’allais faire de cet allaitement un outil de réparation, celui par lequel j’allais reprendre possession de ce corps, loin des médecins, des échos, des diagnostics. J’allais enfin pouvoir investir dans ce lien, lien qui était resté de si nombreuses années rêvé, en suspens entre le miracle et le quotidien. Enfin, j’allais pouvoir conjuguer au présent toute une série de verbes que je m’empêchais jusqu’alors de prononcer.

Il y a 4 ans tout pile, ma fille venait de naître, faisant de nous des parents émus et émerveillés comme tant d’autres parents sur la terre. Notre première rencontre fut vite suivie d’une première séparation, celle du passage obligé en néonat dans le protocole de la maternité, pour toute maman diabétique.

Dans quelques heures, il y aura 4 ans, je la récupèrerai, ivre de joie, d’amour et d’émotion, oubliant d’un coup d’un seul les années de misère qui ont précédé. Cet enfant symbolisait à lui seul nos attentes les plus profondes, et il est étonnant de voir aujourd’hui, combien MM1 s’inscrit dans ce registre, malgré toute notre attention de la préserver.

Et si aujourd’hui encore, je reste amputée des naissances de mes filles, je resterai marquée à vie par cette vie que l’on tire de mon ventre, par ces sensations lointaines et pourtant puissantes de ce ventre dans lequel deux mains s’activent, par ce cri intense et magique qui me transperce lorsqu’on aspire le liquide amniotique alors qu’elle est encore en moi.

Ce cri, je l’entends encore souvent, il est gravé dans mon cœur, à tout jamais.

Bon anniversaire, mon amour.

jeudi 11 décembre 2008

Je le jure

Si je peux vraisemblablement penser qu’un jour, je prendrai le temps d’apprendre à jouer du violon, il est un rêve, ou plutôt, une expérience que j’aimerais vivre, sur laquelle je n’ai aucune prise, malheureusement, puisqu’elle fait appel au hasard.

Non, je ne parle pas de gagner des millions à la loterie, même si, oui, ça rentre dans le cadre décrit ci-dessus. Quoique … je ne risque pas de m’en remettre au hasard, puisque je ne joue jamais à la loterie.

Plus sérieusement, j’aimerais, un jour, faire partie d’un jury de la Cour d’assises. Certainement que je dormirais mal la nuit, que je me poserais 1001 questions, si pas plus, que j’aurais le bide retourné de visualiser des pièces à conviction, des photos, du sang, d’entendre la violence, de me la représenter, mais la responsabilité d’un vote basé sur la conviction profonde d’un citoyen dans lequel la Justice a mis sa confiance ne me fait pas peur.

A l’heure où la Belgique vit un procès dont on parle dans toutes les chaumières, je suis sidérée de constater combien une femme coupable d'avoir assassiné ses 5 enfants peut être jugée et condamnée chaque jour dans ces mêmes chaumières.

Et cette femme, qui porte le masque de l'anonymat aussi bien que je le porte, se transforme en une bête féroce qui de ses propres et blanches mains a commis un quintuple infanticide, de manière extrêmement violente.

Que des dizaines d'experts se soient penchés sur son dossier, l'aient interrogée, aient tenté de comprendre l'étau dans lequel elle se trouvait n'a que peu d'importance aux yeux de la vindicte populaire : elle a tué ses 5 enfants.

Une vie n'est pas une vie. La vie d'une petite vieille vaut moins que la vie d'un enfant, si l'on en croit l'intérêt du Belge moyen. Et la justice est pourrie, cette justice qui relaxe des assassins au bout de quelques années d'enfermement, et qui s'acharne sur d'autres. Aucune mesure.

J'aimerais un jour participer à un procès d'assises, parce que je me vois sans cesse marcher sur ce fil d'équilibriste, prenant mon équilibre, un coup à droite, un coup à gauche, dans la nuance, dans l'empathie, dans la raison, et dans le cœur. J'aimerais vivre cette expérience parce que je suis convaincue, mais profondément convaincue, que chaque homme, chaque femme, quelque soit le crime commis, doit pouvoir avoir ce temps, ce lieu, cette occasion de d'expliquer aux autres hommes, aux autres femmes, son geste, et d'éclairer les zones d'ombre de l'être humain, au plus profond de ses tripes, là où il se retranche parfois.

lundi 8 décembre 2008

Les pieds dans le plat

Mémère Cendrillon, alias la cruche de la magie de Noël.

Episode one, samedi 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas.

Depuis quelques jours, les filles louchent devant leur calendrier de l’Avent, rempli de bonbons. C’est un petit meuble munis de petits tiroirs, dans lequel on glisse ce qu’on veut comme jouet, bonbon ou chocolat.

Le tiroir numéro 6 ne comportait ni chocolat, ni bonbon, mais un joli bracelet Petshop rose, que les filles se sont fait un plaisir de porter toute la journée. Sauf que MM1 croyait avoir perdu le sien chez Ikea*, avant de ne le retrouver, quelques heures plus tard dans la poche de son manteau.

Lorsqu’elle réalisa que le cadeau tout frais tout neuf n’était plus à son poignet, MM1 se mit à pleurer, désespérée comme elle peut l’être. Au volant de la voiture, je tentai tant bien que mal de la consoler, lui expliquant combien je comprenais qu’elle soit triste mais que par ailleurs, je savais où acheter le même bracelet puisque c’était moi qui avais acheté celui qu’elle avait perdu…

- Pourquoi tu dis que tu sais où acheter le bracelet, maman, dit-elle entre deux sanglots longs ?
- Je le sais parce que c’est moi qui ai rempli le calendrier de l’Avent.
- Quoi ? C’est toi qui as mis les bonbons dedans ?
- Ben oui, c’est moi, chérie, le calendrier sert à attendre Noël, tu comprends ?
- Mais… mais… moi, je croyais que c’était Saint Nicolas qui me l’avait envoyéééééé (et rebelotte, sanglots longs, mythe brisé, ce n’est que moi, l’ingrate mère qui gave ses enfants de sucre et les décore de bracelets Petshop). Ouiiiinnnnn

Silence sur toute la ligne. J’aurais voulu rembobiner mes paroles, mais trop tard, visiblement.

*Oui, j’ai osé affronter Ikea, un samedi, seule avec mes 2 filles à la recherche d’une solution de rangement pour les jouets qu’elles allaient encore recevoir en cette fin d’année. Oui, je sais, je suis folle !

Episode two : dimanche 7 décembre, visite de Saint Nicolas à la maison.

C’est mon petit frère qui se déguise chaque année depuis 3 ans maintenant. C’est tout un spectacle qui impressionne les petits et amuse les grands. Les parents contribuent en rédigeant quelques mots personnalisés que le Grand Saint partage avec l’enfant, ce qui rend l’affaire très crédible, bien entendu.

8 enfants sont passés voir Saint Nicolas dimanche matin, tous ont reçu leurs cadeaux, les ont déballés, avant de se les prêter, de plus ou moins bonne composition.

Les enfants ont remercié Saint Nicolas qui s’en est allé poursuivre ses visites dans d’autres maisons. Mon frère est parti se changer, a quitté la maison et est revenu sonner comme si de rien n’était. MM1 a embrassé son tonton et a immédiatement flairé le coup :

- C’est bizarre, tonton Alex, il a les mêmes chaussures que Saint Nicolas.

Et lorsque tout le monde fut parti, après la sieste :

- Tu sais maman, j’ai bien vu que tonton Alex avait les mêmes chaussures que Saint Nicolas.
- Tu crois ma chérie ? Pourtant, Saint Nicolas, il est très vieux, et Tonton Alex, il est jeune, ça m’étonnerait qu’un vieux monsieur porte les mêmes chaussures qu’un jeune homme…
- Elles se ressemblaient alors…
- Oui, c’est tout à fait possible, ma chérie.
- Tu crois que je suis sotte, maman ?
- Oh non, ma puce, certainement pas, elles devaient se ressembler beaucoup.

J’ai senti la faille, le doute, le questionnement intérieur. C’est sûr, le Tonton Alex est libéré de ses fonctions pour l’année prochaine.
Donc, je suis officiellement à la recherche d’un nouveau Saint-Nicolas pour 2009 et accessoirement, je me demande si mon frère va oser dire à ses 850 amis sur FaceBook qu’il a joué le Saint-Nicolas ce dimanche…

jeudi 4 décembre 2008

Faut-il qu'elle pleure...

Perdue dans ses pensées, Cendrillon s'installa nonchalamment devant le Miroir, lasse et un peu tristoune, il faut le dire.

- Miroir, qu'ai-je fait de mes colères d'enfant ?

- Que veux-tu dire, Cendrillon ? As-tu à ce point oublié la petite fille que tu étais ?

- Je me souviens, Miroir, avoir été une enfant boudeuse, handicapée de la parole dès qu'il fallait aborder ses émotions, dire "je suis fâchée", "je suis triste", "je suis heureuse"... retranchée derrière son silence; je me sentais forte en ne parlant plus.

- Regarde Cendrillon, regarde-la, c'est toi, tu te souviens ?
- Non... Enfin si... Je ne sais plus.

- Tu la trouves heureuse cette enfant ? Tu la trouves forte ?

- Non. La vérité, Miroir, c'est que je m'en veux terriblement. Sur 100 colères, seules quelques bribes ont été dites, et encore, sur 1000 chagrins, je n'ai que mon oreiller pour raconter, et je finis par me parler, à moi seule qui m'écoute. On me dit boudeuse, je suis occupée à partager mes émotions avec moi...

L'image se brouille. Cendrillon respire un bon coup et commence à entrevoir un lien avec ses enfants.

Elle souffre d'assister aux colères que font ses filles, elle se sent désemparée, mal à l'aise, elle voudrait à tout prix les effacer, les guérir, les faire taire, avec sa tête, sa raison, parce que c'est comme ça qu'elle faisait, enfant, pour se calmer, elle, toute seule.

De se regarder enfant, en proie à cette violence toute contenue, de se voir si seule, si concentrée pour ne pas exploser, pour ne même pas pleurer, lui fait penser à ce qu'elle aurait aimé à ce moment précis : qu'on la laisse pleurer, ou mieux, qu'on lui offre cet espace confiné et sécurisé pour laisser parler ce ventre, qui à défaut d'avoir toujours raison, avait ce besoin naturel et impérieux de se défaire d'émotions trop envahissantes.

Elle aurait aimé qu'une seule fois, sa mère, ou son père, la prenne sur ses genoux, la tienne dans ses bras et lui dise qu'elle avait le droit d'être en colère, d'être fâchée, d'être triste, et d'en pleurer, que cette étreinte qui ne dure que quelques minutes lui évite une torture interne intense de plusieurs heures, de plusieurs jours avec l'entraînement...

Cendrillon prit congé du Miroir, rentra chez elle et se coucha. Elle venait de faire la paix avec l'enfant qu'elle était et savait qu'elle avait libéré un grand poids dans son coeur.

Demain, elle offrirait ses bras, ses genoux, son attention à ses filles qui elles, n'avaient pas peur de dire leurs tourments. Elle était prête à les entendre.

lundi 1 décembre 2008

Part III : La petite Sirène

On dit de MM1 que c'est une "vraie fille", elle est en plein dans le trip princesses, elle aime le rose, les paillettes, et le glamour. Pour l'instant, le nec plus ultra, c'est le mariage, avec une mariée et un bouquet de fleurs, et un marié, pour faire le bisou.

On dit de MM2 que c'est plus "un garçon manqué", elle fait moins dans le détail, surtout lorsqu'elle s'amuse à étaler 4 gamins d'un coup par terre, le temps d'aller se remplir un verre d'eau. Elle aime les légos, même si elle adore les "bébés".

MM1 fête ses 4 ans dans quelques jours et il était prévu qu'elle reçoive pour l'occasion "une robe de princesse". Il est vrai qu'entre 2 attractions, il y a 1 "point-bouffe-crade" et 1 magasin qui fait rêver les enfants et les mamans et stresser un peu les papas, si si si.

Après avoir étudié la question, MM1 s'est décidée pour la robe d'Ariel, la petite Sirène (merci à la vendeuse, au passage, de m'apprendre le prénom de la créature, mon inculture Disney étant à ce point poussée). J'étais ravie que son choix se porte sur cette robe-là, parce qu'elle n'était point rose, mais blanche avec des reflets bleutés, ce qui avait pour effet de lui rappeler la robe de mariée sur laquelle elle rêve tout haut.

Pendant le temps des essayages, ô miracle, MM2 s'était endormie dans sa poussette, ce qui a rendu l'exercice hyper simple. Voir la robe d'Ariel sur MM1, voir ses yeux briller de fierté m'aura convaincue que non, on n'est pas venus pour rien (et les yeux brillants n'étaient pas liés au petit 39 qu'elle affichait depuis 2 jours...). Certes, ces robes sont chères, même si fabriquées en Chine.

Un peu désolée pour MM2 qui n'avait pas son anniversaire, je me décidai de lui acheter les ailes de la Fée Clochette, un magnifique boa et le diadème assortis. Je me languissais de les voir, toutes les deux, costumées "made in Disney".

La première chose que MM1 raconta à sa Mamy qui avait gardé la maison en notre absence, fut l'achat de la fameuse robe, et tandis que nous la déballions, MM2 plissa des yeux, se demandant quel épisode elle pouvait bien avoir loupé.

C'est à ce moment précis qu'avec un sourire digne d'une magicienne, je sortai les accessoires de la Fée Clochette pour elle, mais sa réaction fut sans appel :

- "pas ça, veux rooooobbb", caca ça, pas beau.

Il se peut donc bien que j'aie deux filles princesses "rose-paillettes-glamour", ça craint du boudin, moi, j'vous l'dis !